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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 23:21

Mc 8,34-38  CONDITIONS POUR SUIVRE JÉSUS

( voir aussi Matthieu 16,24-28. Luc 9,23-27 )

 

Après que Jésus ait annoncé à ses disciples « qu’il fallait » qu’il porte sa Croix et donne sa Vie, Marc rassemble ici diverses paroles de Jésus concernant les engagements de ses disciples, que Matthieu et Luc rapportent à d’autres endroits.

Ces paroles regroupées portent sur l’idée de « renoncement ». Les quatre premières obligent à un choix décisif : il faut ou bien renoncer au Christ (4e sentence), ou bien renoncer à soi-même (1ère sentence). La perspective eschatologique évoquée par la quatrième sentence amène l’annonce de l’arrivée toute proche du règne de Dieu venant avec puissance (cf. 9,1).

v. 34 : « Appelant la foule avec ses disciples, Jésus leur dit : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

Cet appel de la « foule » paraît étrange en cette région païenne de Césarée de Philippe… C’est bien la preuve que cet enseignement rassemblé ici par Marc n’est pas lié topographiquement ni chronologiquement à la profession de foi de Pierre. Mais si Marc mentionne la « foule » c’est pour préciser que ce ne sont pas les seuls Douze qui doivent suivre la voie douloureuse, mais bien l’ensemble des disciples de Jésus.

Cette première sentence de Jésus est la plus importante ; c’est elle qui commande les autres. Trois conditions sont imposées à quiconque veut être disciple de Jésus.

Il faut d’abord « se renier », c’est-à-dire, renoncer à ses goûts et à ses vouloirs personnels pour adopter ceux de Jésus, comme lui-même, à Gethsémani, renonça à sa volonté pour accepter celle du Père : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux » (Mt 26,39). « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42). C’est ce que chaque chrétien accepte, s’il a conscience de la valeur des mots, chaque fois qu’il reprend pour son compte la prière par excellence, celle que Jésus lui a apprise : « Notre Père […] que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6,9-10). Le chrétien est donc mis en demeure de laisser à Un Autre la direction de sa vie : « Si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20).

Il faut aussi « prendre sa croix » : c’est-à-dire, imiter l’obéissance de Jésus : « obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur la croix » (Ph 2,8). L’expression grecque indique qu’il s’agit d’actes qu’il faut sans cesse répéter, comme l’a souligné saint Luc : « qu’il prenne sa croix chaque jour » (Lc 9,23).

Il faut enfin « qu’il me suive » : il s’agit ici d’une durée, d’un état : c’est toute la vie qui doit être menée dans une fidélité constante à Jésus.

Marcher à la suite de Jésus, c’est devenir son disciple, vivre tous les jours en sa compagnie, apprendre ce qu’il enseigne, pour servir à son exemple la cause des hommes. Comme cette cause est dangereuse, le disciple risque d’y laisser sa peau… À la suite de Jésus les Apôtres ont donné le témoignage de leur vie. Cela reste vrai pour nous aujourd’hui. Celui qui veut suivre Jésus doit de toutes façons, renoncer à tout ce à quoi il tient, dans la mesure où l’exige l’humble service de l’homme, à la manière de Jésus, quitte à renoncer à beaucoup de possessions, de relations, de promotions et à supporter allègrement épreuves, contradictions, souffrances et mort. En d’autres termes, celui qui veut suivre Jésus, doit renoncer à fonder sa vie autrement que sur la volonté de Dieu qui est de servir et de sauver l’homme.

v. 35 : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui, perdra sa vie pour Moi et pour l’Évangile, la sauvera ».

Il s’agit d’une option décisive : c’est l’un ou l’autre : qui veut sauver sa vie [son être (c’est le même mot en araméen)], la perd à coup sûr ; celui qui accepte au contraire de tout perdre à cause du Christ, - « Pour Lui, j’ai accepté de tout perdre », écrit saint Paul (Ph 3,8), - sauve en réalité sa vie non seulement temporelle mais éternelle. Les mots “et pour l’Évangile” sont propres à Marc ; ils révèlent son intention d’adapter la parole historique de Jésus à ses lecteurs romains, à une époque où l’Évangile de Jésus-Christ, mort et ressuscité, avait été proclamé chez eux. Jésus et l’Évangile sont ici identifiés. Être chrétien et témoigner de l’Évangile, ce n’est pas d’abord militer pour des idées ; c’est plutôt vivre d’une personne. Seule la foi en la résurrection de Jésus , qui révèle que la mort du Christ n’est pas un échec, mais une victoire, fait accepter les vues de ce verset 35.

Cette sentence explique la première et fait apparaître une loi de salut. Le mot « Vie » est employé ici dans un double sens qu’il est nécessaire de voir :

Premier sens : la vie, sous sa forme actuelle et temporelle. Cette vie passera.

Second sens : la vie devenue tout autre, par-delà la mort, donc éternelle.

Tenir à la vie actuelle, par instinct égoïste de conservation, c’est la perdre, car c’est la recroqueviller sur elle-même et l’attacher à un monde inconsistant.

Perdre volontiers sa vie, par fidélité à Jésus et à l’Évangile, c’est la sauver, car c’est l’ouvrir en réalité à un amour qui la dépasse et l’éternise en Dieu.

Ainsi se révèle ruineuse toute installation béate en ce monde qui passe…

v. 36 : « Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie ? »

v. 37 : « Quelle somme pourrait-il verser en échange de sa vie ? »

Les troisième et quatrième sentences montrent que ce qu’il faut sacrifier, c’est ce que nous avons de plus cher, notre vie, notre être… C’est en effet un bien inestimable. Eh bien ! Même cela doit être sacrifié. La perspective est ici nettement celle des persécutions et du martyre.

(v. 36) : notre vie, c’est notre personne, notre intériorité, notre être profond. Vouloir assurer sa vie en s’emparant du monde entier, c’est courir à la ruine ! Le monde entier ne peut que nous échapper, car lui aussi est en « travail d’enfantement » (Rm 8,22). De même la personne humaine est destinée à un dépassement d’elle-même, dans la foi absolue que, selon la bonne nouvelle proclamée par Jésus, ce qui est précaire, transitoire, mortel, ne l’est finalement qu’en apparence. Un jour, tout ce qui existe sera changé, l’homme et l’univers tout entier. Le monde nouveau qui sortira de l’ancien sera enfin le Royaume de Dieu. S’accrocher à ce monde inachevé, et qui passe, c’est vraiment de la folie qui conduit à la catastrophe.

(v. 37) : il n’y a rien de plus précieux pour l’homme que la vie, à plus forte raison la vie éternelle. Il n’y a aucune monnaie d’échange qui soit valable ! Aimé de Dieu, sauvé par lui, j’ai vraiment plus de valeur que toutes les richesses périssables du monde entier ! Ne pas me laisser éblouir stupidement ! C’est par le renoncement que je parviendrai à me réaliser en plénitude…

v. 38 : « Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les anges ».

Il y aura un dernier jour où le Fils de l’homme viendra dans la gloire : alors le monde sera définitivement transformé et le Royaume de Dieu sera achevé. On verra ce jour-là (mais il sera trop tard pour changer !) qui avait raison ! et quelle était la véritable réalité !

Réalité du monde temporel que les hommes, en s’y accrochant, croyaient solide !

Réalité du monde éternel, sorti de l’autre, comme l’arbre, du grain de sénevé.

On peut rougir de Jésus de Nazareth en refusant de croire à la Bonne Nouvelle, et en menant sa vie à la conquête de l’avoir, du savoir et du pouvoir…

Jésus rougira au dernier jour de tous ceux qui auront refusé de le suivre dans leur aveuglement à ne pas voir le Royaume de Dieu qui se préparait.

L’expression “génération adultère et pécheresse” fait penser à une tournure analogue que l’on trouve en Matthieu, à propos du signe du ciel refusé par Jésus (Mt 16,4 et 12,39) : « génération mauvaise et adultère ». La génération est adultère en ce sens qu’elle a été infidèle à son Époux divin, l’union du Seigneur et de son peuple étant, depuis Osée, comparée souvent à une union conjugale.

Qui est donc Jésus pour avoir de telles exigences ? Jésus est le « Juge eschatologique » de la fin des Temps, annoncé par le prophète Daniel 7, 13. Il est le “Fils de l’homme” venant sur les nuées du ciel. Jésus s’attribue là, un pouvoir extraordinaire….

« Seigneur, je veux Te faire confiance, Te croire sur parole et Te suivre jusqu’au bout ! »

Par GITANS EN EGLISE - Publié dans : MARC
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 10:41

Mc 8,31-33  PREMIÈRE ANNONCE DE LA PASSION

( voir aussi Matthieu 16,21-23. Luc 9,22 )

 

Cette première annonce ouvre la deuxième partie de l’Évangile de Marc. Jésus n’accepte pas telle quelle la déclaration de Pierre (Mc 8,29) ; il veut dissiper tous les malentendus auxquels elle pourrait donner lieu. Par trois fois (8,31 ; 9,31 ; 10,33-34) il va affirmer que la souffrance et la mort font partie de la Mission du Messie, avec en toile de fond la résurrection.

Le titre « Fils de l’homme » qu’il se donne ici, est un titre archaïque, qui ne disait plus grand-chose aux lecteurs de Marc, qui pourtant le rencontraient un certain nombre de fois (2,28 ; 8,31 ; 9,31 ; 10,33 ; 13,26 ; 14,62). À l’origine, il désignait un envoyé céleste revêtu de la puissance de Dieu pour sauver le peuple Juif et pour fonder le Règne de Dieu. Il vient de la tradition juive assez récente, au IIe siècle avant le Christ, période de persécutions violentes. À cette époque, le prophète Daniel, en particulier dans le chapitre 7 de son livre, dans un langage imagé, porte un jugement sur l’histoire des empires païens qui viennent de se succéder. Les empereurs babyloniens, mèdes, perses, grecs, ont suivi leur volonté de puissance et on persécuté le peuple juif. Mais voici qu’arrive le « Fils de l’homme ». Il désigne d’abord un collectif : le peuple des croyants qui sort victorieux de cette épreuve de force où il a souffert. Il va juger les nations qui l’ont persécuté. Il désigne aussi une personne, celui qui en sera le chef. Lui-même vainqueur du mal qui l’a accablé, il siègera à la droite de Dieu, pour juger les hommes. Chez Marc, ce titre est presque toujours utilisé pour exprimer le destin futur de Jésus. Il est toujours employé par Jésus, jamais par d’autres. Jésus l’utilise de préférence à celui de Messie.

Les « anciens » ne sont pas ceux que désigne l’expression « tradition des anciens » (7,3) ; ce sont les notables et les grands propriétaires de Jérusalem, les représentants de l’aristocratie au pouvoir. Les « chefs des prêtres » sont les chefs des principales familles sacerdotales de Jérusalem, parmi lesquelles on choisissait le grand prêtre, qui devenait le responsable du Temple et de la vie religieuse de la nation. Les « scribes » sont les interprètes de la Loi, les conseillers juridiques et religieux. « Les anciens, les grands prêtres et les scribes » étaient les trois groupes qui formaient le Sanhédrin, grand Conseil du Grand Prêtre, le Conseil suprême juif.

Dès le début de la seconde partie de l’Évangile, nos yeux restent tournés vers Jérusalem et la Passion de Jésus.

v. 31 : « Et pour la première fois, Jésus enseigna à ses disciples qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite ».

Jésus annonce ce qu’il va souffrir et par qui il va être rejeté ; et enfin, la double issue qui l’attend : sa mort et sa résurrection. Ce texte nous parle : nous savons ce qui va réellement arriver à Jésus au cours de sa Passion. Mais les disciples ne réagissent pas. Ils ne peuvent s’imaginer une telle fin. Ils pouvaient, tout au plus, repenser aux textes de l’Ancien Testament qui parlaient du sort réservé à certains prophètes persécutés, salis, jugés, condamnés, martyrisés par les autorités. Mais ils ne pouvaient pas penser que cela arriverait à Jésus…

« Il fallait que… » : Jésus n’a pas eu besoin d’une révélation particulière sur sa mort prochaine. Comme certains militants, dans des pays où la répression règne, il pouvait sentir, dans les regards, les réactions, les rumeurs, les menaces, que les autorités veulent sa vie et qu’ils sauront trouver les moyens de l’avoir.

Il ne peut pas « faire marche arrière », ni revenir sur son enseignement et tous ses actes. « Il fallait qu’il aille jusqu’au bout ». Dans certaines situations, le compromis est impossible. Dieu, son Père, sera avec lui, dans ce « jusqu’au bout » : c’est cela qu’il attend de lui. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie… Personne n’a pu me l’enlever. Je la donne de moi-même » (Jn 10,17-18). Il y a sans doute une référence à la description du « Serviteur de Dieu » donnée par Isaïe (52,13 à 53,12), qui éclaire la situation et le sens qu’elle peut avoir aux yeux de Dieu. « Il fallait… » : c’est le Dessein d’amour de Dieu, le choix de Jésus, uni au Père et à l’Esprit…

Les disciples comprendront progressivement les paroles de Jésus, et surtout après la Résurrection, en repensant à ce qui s’est passé, et en en reparlant entre eux dans leurs réunions et leurs célébrations, en comparant avec ce qu’ils vivent et avec les textes des prophètes. Les choses sont certainement plus claires au moment où Marc écrit, trente-cinq ou quarante ans plus tard.

v. 32 : « Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. »

Jésus venait de heurter une certaine espérance messianique tenace (cf. Ac 1,6). La réprimande faite par Pierre est significative.

La spontanéité de la réponse est bien typique de Pierre. Il est sans doute le « porte-parole » des disciples  et de l’Église de Marc. Pierre proteste. Il ne se gêne pas pour faire la leçon à Jésus. Sa réponse laisse bien apparaître combien à l’époque, on n’arrivait pas à concevoir que le Messie puisse mourir d’une mort honteuse et être rejeté par le peuple. C’était un scandale !

La conception de Pierre (il attend un messie glorieux), encore trop proche du royaume temporel et politique, s’effondre tout d’un coup, quand Jésus annonce “un messie qui va mourir”. Quelle catastrophe ! Il est prêt à se battre pour que cela n’arrive pas ! (Mettons-nous à sa place, à ce moment-là !).

v. 33 : « Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : “Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes”. »

À son tour, Jésus « passe un savon à Pierre », et qui n’est pas de pure forme ! S’il le traite de « Satan », il ne s’agit pas d’une vague injure. En s’opposant à ce que Jésus prenne ce chemin, Pierre fait le jeu de Satan. Il tente de le détourner d’aller jusqu’au bout de sa mission.  Cela rappelle la tentation de Jésus au désert (Mc 1,12-13). Elle est racontée plus en détail par Matthieu et Luc (Mt 4,1-11 ; Lc 4,1-13). On retrouvera cette épreuve à Gethsémani (Mc 14,36). Pierre a touché chez Jésus un point sensible : d’où sa vive réaction ! Pierre est immédiatement remis dans le droit chemin : celui du disciple à la suite de son Maître : « Suis-moi… regarde-moi… mets tes pas dans les miens… Tu comprendras peu à peu les vues de Dieu… Alors tu seras émerveillé au lieu d’être scandalisé ! »    . De fait, Pierre saura donner sa vie pour le Christ ; il mourra crucifié comme lui…

Par GITANS EN EGLISE - Publié dans : MARC
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 17:21

Mc 8,31 à 10,52  LES TROIS ANNONCES DE LA PASSION

 

C’est ici que commence la seconde partie de l’Évangile de Marc.

Par trois fois Jésus va annoncer à ses disciples et à la foule, les souffrances de sa Passion et la mort qui l’attendent à Jérusalem. Et c’est pourquoi il en prend la route. Il y a comme un complot dans l’air…

Jésus trouve la situation si peu sûre, qu’il quitte la Galilée, son lieu de résidence ; il ne s’est jamais senti aussi seul, aussi isolé. Ses disciples, eux-mêmes, semblent ne pas prendre au sérieux ses paroles

La foule est toujours attirée par Jésus, mais incapable de saisir son message. Pour elle, Jésus est peut-être le Messie, mais un messie nationaliste. Si elle est encore enthousiaste, elle n’est pas sûre. Elle est donc dangereuse. On peut craindre d’elle autant une révolte, qu’un retournement brutal, si elle est déçue dans ses espérances.

Les chefs sont maintenant et dans leur ensemble contre Jésus. Pour eux, il est un fomenteur de trouble et un danger public. Ils sont donc décidés à le liquider. Au besoin par tous les moyens. Les raisons ne leur manquent pas. Jésus sait tout cela ; aussi, pour le moment, il préfère se mettre en sûreté.

Les disciples le suivent toujours. Ils sont sans doute inquiets, mais fidèles. Ils ne sont plus qu’un petit groupe. Avec peut-être déjà un traître. Jésus les entraîne avec lui, dans un pays où ils seront à l’abri, mais il est décidé à leur faire prendre conscience  de la situation et à leur dire clairement le secret du Royaume, qu’il garde en lui.

Jésus va laisser entrevoir très simplement sa fin. Par trois fois il va annoncer sa Passion, chacune de ces trois annonces étant suivies d’un enseignement.

La première annonce : Mc 8,31 : « Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté… tué… et trois jours après, ressusciter… »

Marc précise par qui il est rejeté : « les anciens, les chefs des prêtres  et les scribes ». Il laisse poindre sa résurrection.

Cette annonce est placée juste avant la Transfiguration qu’elle introduit.

Le seconde annonce : Mc 9,31 : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ».

Jésus s’adresse ici uniquement aux disciples. Il se préoccupe de les préparer pour ces heures difficiles. Mais ceux-ci « ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger ». Leur préoccupation à ce moment ? – Qui, parmi eux, est le plus grand !...

La troisième annonce : Mc10,33-34 : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort, ils le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera ».

Jésus désigne ceux à qui il sera livré et évoque pour la première fois les étapes douloureuses de sa Passion, avec toujours au bout, sa résurrection. Mort et résurrection sont inséparables. Cette annonce en est comme le prélude…

Ces trois annonces unissent à chaque fois, la « mort » et la « résurrection » de Jésus : c’était comme le « premier credo » des communautés chrétiennes naissantes. Ces « trois annonces » forment un crescendo : dans la dernière, Jésus donne tous les détails de la Passion, qui se passera à « Jérusalem » où « il sera livré aux païens » ; on « crachera sur lui » et on le « flagellera »…

Mais en tout cela, Jésus reste le seul maître de la situation : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie… Personne n’a pu me l’enlever. Je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner… » (Jn 10,17-18). Et encore : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par-là de quelle genre de mort il allait mourir. » (Jn 12,32-33).

Par GITANS EN EGLISE - Publié dans : MARC
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 23:49

Mc 8,27-30  PROFESSION DE FOI DE PIERRE

( voir aussi Matthieu 16,13-20. Lc 9,18-21. Jn 6,67-71 )

 

Nous arrivons au centre de l’Évangile de Marc. La question qu’il ne cesse de poser depuis le début est maintenant sur les lèvres de Jésus. Les réponses qu’on lui donne sont sans doute dignes de mention ; mais celle de Pierre apparaît comme la seule qui aille assez loin. Nous sommes parvenus à un premier sommet de l’Évangile de Marc (Mc 1,1)..

v. 27 : « Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : “Pour les gens, qui suis-je ?” »

v. 28 : « Ils répondirent : “Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes”. »

Cet épisode se passe près des sources du Jourdain, tout à fait au Nord du pays, en terre païenne, loin des foules galiléennes. (Il s’agit aujourd’hui de Bânias, en territoire Syrien). Jésus est seul avec ses disciples. Une bonne occasion de faire le point et de tester leur foi.

À plusieurs reprises déjà, Marc avait noté que les gens se demandaient qui pouvait bien être Jésus (Mc 3,20-22 ; 6,14,16). Si Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, ce n’est pas pour l’apprendre, car il le savait déjà : on le prend pour Jean-Baptiste, pour Élie, pour un prophète… Mais c’est pour pousser ses disciples à formuler librement ce qu’eux pensent véritablement de lui. Il les provoque à dire leur foi, leur conviction, leur hésitation, avec des mots à eux.

v. 29 : « Il les interrogeait de nouveau : “Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?” Pierre prend la parole et répond : « Tu es le Messie ».

La réponse des disciples, exprimée par Pierre, est plus claire que celle de l’ensemble de la foule. Leur foi va plus loin. Jésus n’est pas celui qui prépare la venue d’un autre. Il est l’envoyé de Dieu. Il est celui qui peut répondre à l’attente profonde du peuple. Il est le Christ.

Le titre de « Christ » que Pierre décerne à Jésus, est celui que Marc avait mis en tête de son Évangile (Mc 1,1).

« Christ » et « Messie » veulent die la même chose. Le premier en grec, langue dans laquelle sont écrits les Évangiles ; le second en araméen, langue parlée par Jésus. Littéralement, ces deux mots signifient « consacré par une onction d’huile », autrement dit : celui qui a reçu l’onction de Dieu, celui qui a été choisi et saisi par Dieu.

Il s’agit donc bien de la reconnaissance de l’identité profonde de Jésus. Jésus n’est pas seulement « l’un des prophètes », par lesquels Dieu amenait l’histoire à son achèvement… Il est cet achèvement même, « celui que les prophètes annonçaient », le Messie, l’oint, le « Christ » !

C’est une étape importante dans le débat sur la personne et la mission de Jésus qui est le fil conducteur de l’Évangile de Marc.

v. 30 : « Jésus leur défendit alors vivement de parler de lui à personne ».

Il s’agit bien du « secret messianique » : non pas que Jésus refuse ce titre donné par Pierre : au contraire, Jésus l’assume pleinement ; mais il ne faut pas le divulguer prématurément pour éviter qu’il soit mal interprété par les foules. Il faudra que Jésus passe par la mort et la résurrection pour que son identité soit officiellement manifestée.

Marc sait bien, au moment où il écrit (avant l’an 70), qu’un long cheminement est nécessaire pour comprendre peu à peu qui est Jésus et ce qu’il demande. Un long cheminement jamais terminé, fait de certitudes et de questions, de découvertes « emballantes » et de tâtonnement.

Pierre dit que Jésus est le Christ. Il ne dit pas encore qu’il est “Fils de Dieu”, au sens fort du mot, comme Marc le comprend dans les paroles du soldat romain au pied de la croix (15,39), et comme il l’écrit en titre de son Évangile (1,1).

Le récit de MARC diffère de celui de MATTHIEU en quelques points importants ; Matthieu ajoute à la profession de foi de Pierre en la messianité de Jésus, la mention de sa filiation divine : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Il exprime en cela très légitimement la foi des chrétiens après la Pentecôte. Matthieu ajoute aussi un éloge de Pierre par Jésus (Mt 16,17-19).

 

Par GITANS EN EGLISE - Publié dans : MARC
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 22:33

  Mc 8,22-26  LA GUÉRISON DE L’AVEUGLE DE BETHSAÏDE

 

Ce miracle n’est rapporté que par l’évangéliste Marc. Il présente beaucoup de ressemblances avec la guérison du sourd-bègue (7,31-37).

Placé entre l’épisode précédent où Marc vient d’accentuer l’inintelligence des disciples (l’apostrophe de Jésus aux disciples : “Vous ne comprenez pas encore ?”, est restée sans réponse…), et l’épisode suivant où Pierre, à Césarée, reprend la parole pour manifester sa foi, le récit de ce miracle vient redonner espoir aux disciples qui en sont les témoins. L’aveugle qui recouvre la vue progressivement (v.24) jusqu’à tout voir distinctement (v.25), c’est ce qui va se passer pour les disciples qui commencent eux aussi à recevoir la lumière, qui aboutira à la profession de foi que Pierre fera en leur nom à tous. Nous trouvons une catéchèse semblable en Jean 9, à partir de la guérison de l’aveugle-né.

v. 22 : « Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. On lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher ».

Jésus et ses disciples descendent à Bethsaïde. Le nom de ce village était déjà apparu en 6,45, comme le lieu de destination ordonné par Jésus  aux disciples, après la première multiplication des pains. En réalité, ils avaient accosté à Génésareth (6,53). Mais « ils n’avaient rien compris », dit le narrateur, « au sujet des pains » - « leur esprit était bouché » (6,52). Tant que dure leur opacité, ils errent sur le lac et aux alentours. Arrivés à destination, à Bethsaïde, en 8,22, ils ne tarderont plus à reconnaître Celui qui est au milieu d’eux (8,27-29). On voit ici que certains éléments, apparemment anodins, comme le jeu des traversées en barque, sont au service de la composition thématique de l’Évangile.

v. 23 : « Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : “Est-ce que tu vois quelque chose ? »

v. 24 : « Ayant ouvert les yeux, l’homme disait : “Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent”. »

v. 25 : « Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme ; celui-ci se mit à voir normalement ; il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté. »

v. 26 : « Jésus le renvoya chez lui en disant : “Ne rentre même pas dans le village” ».

Parmi les détails les plus caractéristiques de ce bref récit, il y a le fait que l’aveugle recouvre la vue en deux temps, et qu’à la première fois il déclare « voir des hommes qui marchent », mais de les voir « comme des arbres » (8,24), c’est-à-dire, sans le mouvement.

En présentant un aveugle qui recouvre progressivement la vue, Marc annonce qu’une partie du mystère de Jésus va maintenant nous être dévoilée ; la lumière totale sera pour plus tard.

« Jésus prend l’aveugle par la main » : geste humain tout simple, émouvant… Quelle espérance ce geste a dû susciter dans le cœur de l’aveugle, tandis qu’ils marchaient tous les deux, la main dans la main !

« Jésus le conduit hors du village » : c’est pour essayer d’envelopper ce miracle de beaucoup de discrétion ; il fallait garder ce « secret messianique »… Le Christ ne sera vraiment compréhensible, qu’après la croix et la résurrection. Cette discrétion de Jésus montre aussi qu’il est davantage soucieux d’apporter le salut (physique, d’abord) et d’enseigner les mystères du Royaume (4,11), que de faire sensation. Le verset 26 b, ira dans le même sens.

« Jésus lui mit de la salive sur les yeux et lui impose les mains ». Comme dans le cas du sourd-bègue guéri en Marc 7,31-37, Jésus recourt à la salive et au toucher pour guérir l’aveugle. Ce sont les gestes que l’on faisait aussi, du temps de saint Pierre, sur les catéchumènes, pour les conduire des ténèbres de l’incroyance à l’illumination de la foi. Marc pense vraisemblablement au baptême ; les gestes de ces miracles sont des gestes liturgiques ; et par ces gestes du Christ, l’homme est guéri dans tout son être. Les trois « sens » importants qui font communiquer l’homme avec le monde et avec ses frères, sont restitués, renouvelés : le sens de l’écoute, le sens de la parole, le sens de la vue…

Voilà ce que fait la foi en nous, aujourd’hui encore ! Le baptême nous ouvre à un univers nouveau, totalement transformé de l’intérieur : entendre Dieu qui nous parle à travers les événements et à travers la parole de nos frères, voir Dieu à l’œuvre au cœur de nos vies et de la vie du monde, devenir capable d’en parler… C’est une grâce à accueillir et à faire fructifier.

Que la guérison ait été effectuée par étapes ne change rien au fait que Jésus montre une grande puissance en guérissant l’aveugle. « Jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance » (Jn 9,32) En opérant ce miracle, Jésus manifeste qu’il est celui qui doit venir, le Messie (Mt 11,5 ; Is 29,18-19 ; 35,5-6) ; il est aussitôt perçu comme un prophète, c’est-à-dire un homme qui vient de Dieu (Jn 9,17.33). Jésus se révèle comme lumière du monde (Jn 9,5) en opérant ce miracle. Il vient faire voir à l’homme, les voies de Dieu.

Marc, à travers le récit de cette lente guérison, y voit la lenteur du cheminement vers la foi pleine. Aujourd’hui encore nous avançons bien lentement sur ce chemin… et nous restons demi-aveugles bien longtemps !

La guérison de l’aveugle de Bethsaïde évoque donc la difficulté qu’ont eue les juifs et même les disciples à reconnaître, malgré tous les miracles qu’il accomplissait, le Messie envoyé de Dieu que fut Jésus de Nazareth. Ainsi sera introduite la profession de foi de Pierre et la déclaration de Jésus concernant sa Passion, qui laisse entrevoir sa fin.

Ouvre nos yeux Seigneur ! Ouvre aussi notre cœur !

Par GITANS EN EGLISE - Publié dans : MARC
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