Mc 15,42-47 L'ENSEVELISSEMENT DE JÉSUS

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 15,42-47  L’ENSEVELISSEMENT DE JÉSUS

( voir aussi Matthieu 27,57-61 ; Lc 23,50-56 )

À mesure que le récit de la Passion approche de sa fin, on remarque une double tendance dans les faits relatés. D’abord une série de notations marque simplement la fin de l’action : le crucifié meurt, le cadavre est enseveli dans un tombeau creusé dans le roc et celui-ci est fermé par une pierre. Le processus de mort est ainsi décrit jusqu’à sa dernière extrémité. Mais déjà le texte laisse transparaître la nouveauté qui doit surgir. Les figurants nouveaux du récit (le centurion, les femmes, Joseph d’Arimathie) participent aux deux perspectives : ils confirment que Jésus est vraiment mort et enseveli et témoignent par ailleurs que la mort n’aura pas le dernier mot.

v. 42 : « Déjà le soir était venu ; or, c’était la veille du sabbat, le jour où il faut tout préparer, »

v. 43 : « Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le royaume de Dieu. Il eut le courage d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. »

Les disciples ont abandonné Jésus (14,50) ; ce sont les Juifs qui prennent la relève et qui vont s’occuper d’enterrer son corps (cf. Actes 13,29). Ensevelir les morts était un des actes de religion les plus importants du judaïsme. Les corps des suppliciés devaient être enlevés avant le coucher du soleil (Dt 21,22-23).

Joseph, « un homme riche, originaire d’Arimathie » (Mt 27,57), membre « influent » du grand Conseil juif (le Sanhédrin), « disciple de Jésus, mais en secret, par peur des Juifs » (Jn 19,38), touché par son enseignement, il attendait le royaume de Dieu ; or, d’après Mc 1,15, le royaume de Dieu était précisément l’objet de la prédication de Jésus (cf. Mc 12,34).

Il fit preuve d’un courage peu ordinaire pour prendre en main cet ensevelissement. Il alla réclamer auprès de Pilate le corps de Jésus. Il risquait en effet d’être regardé comme un sympathisant du prétendant royal que le grand Conseil venait de condamner, et comme l’ami d’un homme rejeté par le peuple, qui, poussé par les Pharisiens, avait réclamé sa crucifixion. Sa démarche auprès de Pilate risquait surtout d’être connue des autorités juives et de lui être sévèrement reprochée…

Joseph d’Arimathie voulait épargner à Jésus la pire des malédictions, celle d’être abandonné sans sépulture (Dt 21,22-23 ; Jér 16,4 ; 25,33 ; Ez 29,5) : on ne pouvait alors « être réuni à ses pères ». Joseph d’Arimathie, en plus des démarches d’ensevelissement légal, fournira et un linceul neuf et le tombeau « qu’il venait de se faire tailler dans le roc » pour lui-même (Mt 27,59-60) ! Un tel acte de courage et d’amour, en de telles circonstances, méritait bien que l’on retienne son nom !

Saint Jean nous révèle aussi qu’un autre membre du grand Conseil, Nicodème, venu précédemment rencontrer Jésus de nuit (Jn 3,1-2), se joignit à Joseph d’Arimathie pour cet ensevelissement, en apportant « un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres » (Jn 19,39). Lui aussi méritait bien que son geste et son nom soient retenus !

v. 44 : « Pilate, s’étonnant qu’il soit déjà mort, fit appeler le centurion, pour savoir depuis combien de temps Jésus était mort ».

v. 45 : « Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps ».

Le centurion atteste devant Pilate que Jésus est réellement mort.

Et c’est lui aussi qui confesse publiquement : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu » (v.39).

v. 46 : « Joseph acheta donc un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un sépulcre qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau ».

… comme pour y enfermer Jésus dans la mort.

Mais Marc a soin de préciser au v. 43 : « Il attendait lui aussi le royaume de Dieu ».

À l’époque romaine, les corps des suppliciés étaient livrés aux bêtes ou devaient se contenter d’une sépulture très sommaire. La sépulture honorable de Jésus, par des personnalités juives courageuses, ainsi décrite par Marc, et les autres évangélistes, est une manière discrète d’affirmer son injuste exécution : celle d’un innocent (Mc 15,14-15).

v. 47 : « Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, regardaient l’endroit où on l’avait mis ».

Les femmes, mentionnées à trois reprises (vv. 15,40-41.47 et 16,1-2), sont avant tout préoccupées des derniers soins à donner au corps de Jésus, c’est-à-dire à le conserver dans la mort. Elles sont donc très attentives à l’endroit où il a été déposé. Elles pourront ainsi y revenir, au lendemain du sabbat, pour compléter la toilette funéraire.

Elles retrouveront effectivement la pierre et le linceul mentionnés au verset 46 ; mais lui, elles ne le trouveront plus !

Ce sont elles qui ont suivi et servi Jésus du début jusqu’à la fin (Mc 15,41) et qui vont devenir les tout premiers témoins de la résurrection (Mc 16,1-8).

S’il n’y a pas beaucoup de rôles féminins dans Marc, il faut noter que les femmes y bénéficient toujours d’une appréciation positive. Elles sont toutes exemplaires. Leur humble simplicité, faite de pur abandon et de foi, leur donne accès plus directement que quiconque auprès de Jésus (cf. 1,30-31 ; 5,24-34 ; 7,24-30 ; 12,41-44 ; 14,3-9 ; 15,40-41.47 ; 16,1-8).

Entre la fin du chapitre 15 et le début du chapitre 16, il y a l’espace d’un sabbat. Tout a été achevé à la hâte, car il n’est pas permis de faire grand-chose une fois le sabbat commencé.

Marc nous a rapporté quelques paroles de Jésus sur le sabbat. Dans le silence de sa mort, elles continuent de résonner :

« Est-il permis le jour du sabbat de faire du bien plutôt que du mal, de sauver une vie plutôt que de tuer ? » (3,4) : on se rappelle qu’à la suite de cette parole et de la guérison, les « pharisiens tinrent conseil avec les Hérodiens, en vue de le perdre » (3,6).

« Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. Aussi le Fils de l’homme est maître même du sabbat ». (2,27-28).

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