Mc 16,1-8 LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 16,1-8  LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU

( voir aussi Matthieu 28,1-8 ; Lc 24,1-12 ; Jn 20,1 )

Le récit de la résurrection commence tout en fraîcheur par la course empressée des femmes au tombeau, tôt le matin, aux premières lueurs du jour, le lendemain du sabbat.

Marc est sans doute le premier à rapporter cette tradition qui se retrouve chez les quatre évangélistes.

Le rythme de la narration est plus que précipité : chaque initiative se voit comme merveilleusement devancée par une main invisible, une présence inattendue. Le récit est scandé par des actes de surprise.

L’épisode du tombeau vide est important pour Marc : un messager céleste vient alors annoncer aux hommes la résurrection de Jésus (v.6) et les apparitions prochaines du ressuscité (v.7). Il ne faut pas toutefois exagérer le rôle de cet épisode, qui ne prend tout son sens que s’il est rapproché des récits d’apparition du ressuscité.

Ce n’est pas une pierre inanimée (le tombeau vide !) mais la présence de Jésus vivant et « tangible » (cf. Lc 24,39) qui est à l’origine de la foi pascale… Sans ces apparitions, il n’est pas possible de parvenir à la vraie foi pascale ni à la véritable compréhension du ressuscité et de la réalité de cette résurrection.

Lorsque Paul rappelle aux Corinthiens la tradition ou le kérygme qui constitue le fondement de sa foi en la résurrection de Jésus, il n’en donne comme preuve qu’une liste des apparitions du ressuscité (1 Co 15,1-11).

v. 1 : « Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. »

v. 2 : « De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au sépulcre, au lever du soleil ».

Après le sabbat, c’est une nouvelle semaine qui commence, une nouvelle ère, un « premier jour » exceptionnel, unique, comme celui d’une nouvelle création.

Le « lever du soleil » symbolise le monde nouveau qui commence en Jésus ressuscité !

Un groupe de femmes admirables, celles qui avaient accompagné Jésus jusqu’au bout, et qui refusaient de s’enfermer dans leur tristesse, ou d’en prendre leur parti, prennent plutôt leur porte-monnaie pendant qu’il fait encore nuit pour aller acheter les parfums nécessaires à l’achèvement de l’embaumement du corps de Jésus terminé un peu à la hâte. Elles voulaient une fois encore approcher ce corps bien-aimé, laver à nouveau ses plaies, effacer les traces sanglantes de son injuste martyre… C’est la preuve réelle de leur amour de Jésus. Quel exemple de courage, face aux disciples disparus, pour s’afficher ostensiblement et pour se mobiliser encore au service du condamné par tous !

v. 3 : « Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

v. 4 : « Au premier regard, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande ».

Marc a pu entendre de la bouche de Pierre (cf.16,7) une relation assez détaillée de cette démarche qui mentionnait les pensées échangées entre les femmes pendant le parcours rapportées ci-dessus.

« La pierre qui était pourtant très grande » : cette remarque qui suggère le caractère merveilleux, plus qu’humain, de l’opération, est une précision que Marc donne comme après coup en fin de récit ; en bonne logique on la verrait mieux placée au début du récit : voilà une caractéristique du style un peu négligé de Marc !

v. 5 : « En entrant dans le tombeau, elles virent assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de peur ».

Délicatesse de Jésus ressuscité ! Il aurait pu ne rien dire à celles qui venaient de si bon matin pour l’embaumer et qui allaient trouver le tombeau vide… Il a voulu les récompenser de leur démarche matinale et généreuse… Il a envoyé un ange, l’ange de la résurrection, pour les éclairer sur le grand mystère qui venait de s’accomplir… C’est la réponse de l’Amour à l’amour… Marc ne parle pas d’un “ange”, mais simplement d’un « jeune homme vêtu de blanc »…

Le vêtement blanc révèle l’origine céleste du personnage (cf. 9,3). Celui-ci est mis en scène pour que nous comprenions que seule une révélation d’origine divine peut nous faire connaître le sens du tombeau vide. Ni les femmes, ni les disciples, forts de leur expérience, n’auraient conclu que Jésus était vivant ; c’est Dieu qui le leur a fait connaître. La foi des chrétiens de tous les temps suit la même voie ; elle n’est pas l’aboutissement de savants raisonnements, mais l’accueil d’une proposition qui vient de Dieu (Rm 4,2-5 ; 1 Co 12,3 ; Eph 2,8-9 ; 2 Th 2,13) et qui sera confirmée par les apparitions de Jésus vivant ! 

« Elle furent saisies de peur » : cette peur nous surprend de la part de femmes si courageuses… Certes tout est surprise inattendue et incroyable… Mettons-nous aussi à leur place ! Mais, cette peur, confirmée au verset 8, va nous surprendre plus fortement encore !

v. 6 : « Mais il leur dit : “N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé” ».

« Il est ressuscité » : dans le texte original, l’expression est au passif. Elle signifie que Jésus a été ressuscité par Dieu. C’est l’affirmation centrale de la foi chrétienne. Elle ne dit pas que Jésus a retrouvé sa vie, mais qu’il est entré par-delà la mort dans une autre vie où l’on partage en plénitude la vie de Dieu (Rm 1,4 ; 6,9).

v. 7 : « Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit” »

v. 8 : « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Les femmes pourront témoigner que le tombeau (Mc 15,47) était bel et bien vide très tôt le lendemain du sabbat (16,1). Elles sont les premières « témoins » de la Résurrection de Jésus ! Elles le méritaient ! Jésus reconnaissant pour leur courageuse fidélité les a honorées de cette mission unique !

Les disciples, qui auront eux-mêmes vu Jésus en Galilée (14,28), rendront un témoignage de première main : nous avons vu Jésus ressuscité (16,11.12.14).

La peur ou l’effroi est la réaction normale de celui qui est témoin d’une manifestation du sacré et du surnaturel (Mc 1,27 ; 5,15.42 ; 6,2 ; 7,37 ; 9,6).

Ce dernier verset, joint à d’autres petits détails pleins de délicatesse, - (par exemple : « Comme se levait le soleil » (Mc 16,2) à comparer avec Mc 15,33 ! Ou encore « Un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche » (Mc 16,5) cf Ps 110,1 + Mc 14,62 : il est “jeune” comme au premier jour d’une vie nouvelle !) - donne à ce premier récit de la résurrection en Marc, sobre et sans merveilleux, son caractère à la fois percutant et grandiose.

Le texte authentique de l’Évangile de Marc se termine au verset 8 !

                Or cette finale est abrupte et déconcertante, mais elle exprime une importante révélation qui pourrait se formuler ainsi :

La résurrection de Jésus  de Nazareth implique

que les derniers jours prédits par les prophètes sont arrivés !

Le monde, en la personne de Jésus, est déjà arrivé au terme de son Histoire. La frayeur des femmes s’explique par la prise de conscience foudroyante que l’action souveraine de Dieu, qui s’est manifestée en Jésus de Nazareth, va changer radicalement le monde et le conduire à son dessein final.

C’est à travers ce style apocalyptique, auquel les Juifs été habitués, que se découvre l’énormité de l’affirmation du message pascal :

IL EST RESSUSCITÉ !... IL N’EST PAS ICI… IL VOUS PRÉCÈDE EN GALILÉE…

ET VOUS LE VERREZ…

C’est un monde nouveau, irrésistible et inattendu qui vient à elles. Voilà pourquoi elles ne disent rien – et ne pouvaient rien dire – « à personne »…

« Leur épouvante, c’est la frayeur devant l’action divine qui change le monde. Ce n’est que si l’on méconnaît le vrai caractère de la résurrection de Jésus, si l’on ne voit en elle qu’un fait historique, un pur retour à la vie passée, qu’on trouve insupportable l’idée que l’Évangile puisse se terminer ainsi. » 

INGO HERMANN, L’Évangile de St Marc, 2epartie, p. 119.

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