Mc 12,13-17 FAUT-IL PAYER L'IMPÔT DÛ À CÉSAR ?
Mc 12,13-17 FAUT-IL PAYER L’IMPÔT DÛ À CÉSAR
( voir aussi Matthieu 22,15-22 et Luc 20,20-26 )
Seconde controverse avec les autorités juives.
Les chefs du peuple ont été offensés par la parabole des vignerons meurtriers, mais ils n’osent pas attaquer Jésus à cause de la foule qui est autour de lui. Ils vont donc essayer de le compromettre devant les autorités romaines. Ils envoient vers Jésus une nouvelle délégation :
v. 13 : « On envoya à Jésus des pharisiens et des hérodiens pour le prendre au piège en le faisant parler… »
Les adversaires de Jésus ne cherchent pas vraiment un enseignement : ils veulent le prendre au piège de ses paroles.
La mention des Hérodiens, partisans d’Hérode-Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, surprend dans ce contexte qui est celui du ministère de Jésus à Jérusalem. (La scène originale a pu se dérouler en Galilée…). Quoi qu’il en soit, la présence de ces « collaborateurs » va mettre Jésus dans une situation délicate. Leur avis comptera dans l’accusation contre Jésus.
v. 14 : « … et ceux-ci viennent lui dire : “Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Devons-nous payer oui ou non ?” »
Ce sont ses adversaires qui reconnaissent cela ! Depuis le temps qu’ils l’épient, ils n’ont pas réussi à le prendre en défaut : c’est l’un des plus beaux éloges qu’un homme puisse recevoir ! Jésus est ici reconnu, par ses propres ennemis, comme celui qui dit toujours la vérité, comme l’homme incorruptible, que l’on n’achète pas, qui ne trempe dans aucune combine, dans aucun compromis, qui ne rampe pas devant les puissants du jour ; l’homme de bon conseil, le guide éclairé sur les chemins de Dieu…
Le piège est réel : si Jésus répond “oui” à la question, il sera accusé de collaboration et il s’aliène aussi bien la foule que les autorités juives ; s’il répond “non”, il sera dénoncé à l’autorité romaine comme agitateur, rebelle, émeutier... Comment va-t-il s’en sortir ?
v. 15 : « Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit : “Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Faites-moi voir une pièce d’argent.” »
L’hypocrisie des envoyés du sanhédrin (Mc 11,27 ; 12,13) est manifeste. Ils situent Jésus du côté de la vérité ou du chemin de Dieu pour l’amener à proclamer la liberté du peuple élu soumis à Dieu seul.
Jésus dénonce ouvertement le piège et il va s’en sortir très habillement.
Il faut toujours voir avant de juger et d’agir. Avant de décider quelque chose, il faut réfléchir, analyser, s’interroger à plusieurs, chercher ensemble : on y voit toujours plus clair !
v. 16 : « Ils le firent, et Jésus leur dit : “Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? De l’empereur César”, répondent-ils. »
v. 17 : « Jésus leur dit : “À César, rendez ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu”. Et ils étaient remplis d’étonnement à son sujet. »
Jésus se tire habillement de l’impasse : Marc en note l’étonnement des témoins (v.17). En fait Jésus ouvre une distinction nouvelle entre le temporel et le spirituel : deux domaines séparés jusque-là. C’est une conception innovante pour l’époque.
Jésus proclame avec force, en deux préceptes positifs, la nécessité de rendre à chacun ce qui lui revient : aux autorités temporelles ce qui leur est dû, et c’est le premier devoir du disciple de Jésus ; mais aussi à Dieu tout ce qui lui appartient, c’est-à-dire dire l’univers entier, César compris. Il faut apprendre à discerner sans opposer les domaines, ni les mélanger. (cf. Rm 13,1-7 ; 1 Pi 2,13-17 ; Tit 3,1 ; Ap 13).
Il faut rendre à César ce qui lui revient, l’argent de l’impôt, et il faut rendre à Dieu ce qui lui revient : tout ! C’est-à-dire nos vies, nos énergies, notre attachement : « l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces », chaque jour, personnellement et en Église…
Admirable équilibre de la pensée de Jésus. Sa réponse se situe entre deux radicalismes, celui qui déifie l’État, et celui qui, au nom de l’intériorité religieuse, refuse l’organisation politique de la société. Pas de théocratie, mais un espace autonome pour la politique, la science et la dimension sociale. Jésus ouvre la réflexion sur la laïcité qui protège la liberté et l’engagement spirituel et social du croyant.
Dieu a les droits absolus du créateur ; l’État ne peut interdire le culte ou l’obéissance revenant au Dieu dont il tient l’autorité civile (Rm 13,1) ; il « est au service de Dieu pour t’inciter au bien » (Rm 13,4) ; à ce titre-là, il a droit à la soumission du chrétien par motif de conscience (Rm 13,5). Jésus n’invite pas à se désintéresser de la vie de l’État ; mais il la considère avec un œil critique, en ne reconnaissant qu’un seul absolu, celui de Dieu.