Mc 12,18-27 LES SADDUCÉENS NIENT LA RÉSURRECTION DES MORTS
Mc 12,18-27 LES SADDUCÉENS NIENT LA RÉSURRECTION DES MORTS
( voir aussi Matthieu 22,23-33 et Luc 20,27-40 )
Ce texte constitue la troisième controverse ; la seconde étant celle de l’impôt dû à César (12,13-17) et la première : d’où vient l’autorité de Jésus (11,27-33).
Les sadducéens (censés descendre du prêtre Sadoq, nommé par David) formaient un groupe très influent de prêtres – l’aristocratie sacerdotale – qui avait des tendances plutôt conservatrices. Ils reconnaissaient l’autorité des cinq premiers livres de la Bible, mais ils refusaient les traditions plus récentes (par exemple l’existence des anges et la résurrection des morts…), sur lesquelles reposait au contraire la doctrine des pharisiens, à laquelle ils s’opposaient théologiquement.
La croyance en la résurrection des morts est apparue dans le judaïsme, au 2e siècle avant Jésus-Christ, lors de la persécution d’Antiochus Épiphane (167 avant J.C.) et à l’époque (160 avant J.C.) de Daniel (Dn 12,2-3).
v. 18 : « Des sadducéens – ceux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection – viennent trouver Jésus, et ils l’interrogent :
v. 19 : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais aucun enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.
v. 20 : « Il y avait sept frères ; le premier se maria, et mourut sans laisser de descendance.
v. 21 : « Le deuxième épousa la veuve et mourut sans laisser de descendance. Le troisième pareillement.
v. 22 : « Et aucun des sept ne laissa de descendance. Et finalement, la femme mourut aussi.
v. 23 : « À la résurrection, quand ils ressusciteront, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
Les sadducéens présentent ici à Jésus une objection qui vise à tourner en ridicule la croyance relativement récente en la résurrection des morts. C’est un cas hypothétique, évoqué sous forme de dérision, qui s’inspire de la loi du lévirat. D’après cette loi, lorsqu’un homme mourait sans enfant, le frère d’un défunt devait s’unir à la veuve, et l’enfant qui naissait était regardé comme le descendant du défunt (Genèse 38,8 ; Deutéronome 25,5-10).
Jésus ne va pas se laisser enfermer dans le piège de cette question burlesque, pas plus que dans les croyances des pharisiens que les sadducéens prêtent à Jésus au sujet de l’autre vie (v.23) : toutes les joies de la terre (joies conjugales et familiales comprises) s’y retrouveraient pleinement épanouies. Selon Rabbi Gamaliel II (vers 90), “les femmes enfanteront alors tous les jours” ; et selon Rabbi Eliezer (vers 150) , “chaque Israélite aura alors 600 000 fils”.
v. 24 : « Jésus leur dit : “N’êtes-vous pas dans l’erreur, en méconnaissant les Écritures, et la puissance de Dieu ?
v. 25 : « Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux.
v. 26 : « Quant à dire que les morts doivent ressusciter, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui a dit : Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ?
v. 27 : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l’erreur. »
La réponse de Jésus aborde deux éléments : le mode de vie des ressuscités (v.25) et le fait de la résurrection des morts (v.26-27).
La résurrection est du domaine de Dieu : elle échappe donc au domaine de l’imaginable. “La puissance de Dieu” (v.24) dépassera infiniment l’imagination des hommes, qui se représentent la vie future en la moulant sur la vie présente prise en ses aspects heureux. La question des sadducéens (v.23) perd ici toute signification !
La réponse de Jésus au v. 25 va dans le sens d’une spiritualisation de l’être humain. Après la mort, l’humanité bénéficie de l’immortalité ; elle n’a donc plus besoin de se reproduire et vit en présence de Dieu, dans le service et la louange, comme les anges. La différentiation des sexes n’est pas abolie, mais toute activité sexuelle cesse, puisque le nombre des élus est au complet.
La puissance divine suscitera une nouvelle création (Ga 6,15 ; 2 Co 5,17) où les rapports interpersonnels seront profondément changés.
Enfin l’argumentation de Jésus repose sur un texte que ses adversaires connaissent bien et qui se situe dans les cinq premiers Livres sur lesquels ils s’appuient : les paroles de Dieu adressées à Moïse au buisson ardent (Exode 3,6), là où précisément il se définit lui-même… Si Dieu avait laissé mourir définitivement les patriarches, comment aurait-il pu s’exprimer ainsi ? S’il les a protégés pendant leur vie, c’était pour les libérer de la mort et leur assurer une vie sans fin. Dieu est le Dieu de l’Histoire, mais il n’est pas le Dieu du passé ; il est le Dieu vivant, le Dieu des vivants ! Les fils du Dieu des vivants ne sauraient demeurer à jamais dans la mort !
« Vous êtes complètement dans l’erreur ! »… Les sadducéens restent sans réponse !
Ainsi progressait la révélation… Par cette prise de position très claire, Jésus préparait ses auditeurs au choc de sa propre résurrection. La volonté de Dieu demeurera toujours celle de faire triompher la vie, au-delà de la réalité de la mort.