Mc 3,22-27 CONTROVERSE SUR LES EXORCISMES

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 3,22-27  CONTROVERSE SUR LES EXORCISMES

 

ou les accusations calomnieuses des scribes de Jérusalem

 

( voir aussi Matthieu 12,22-30 )

 

                Marc s’attache à montrer, dès le début de son Évangile, l’aspect dramatique de la vie de Jésus, qui aboutira à la Passion regardée comme le sommet de sa vie. Tout au long des pages, nous remarquons trois groupes en présence : Jésus et les disciples, la foule et les adversaires. Si la foule pour le moment ne lâche pas Jésus, les adversaires ne manquent aucune occasion de contester son action ou celle de ses disciples.

            Nous venons de voir que la famille et les proches de Jésus se situent désormais dans le camp des adversaires ; ils ne comprennent pas sa mission, ils s’inquiètent de sa popularité : « Il a perdu la tête ». Des scribes venus de Jérusalem suivent leur mouvement en renforçant l’accusation par une interprétation malveillante de ses faits et gestes : « Il est possédé du démon » ! Il faut donc l’empêcher d’agir…

 

            v. 22 : « Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : “Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. »

Les scribes entrent dans le jeu ; ils se joignent à la famille et la soutiennent. Leur accusation va plus loin : « Il est possédé… il a Béelzéboul en lui… c’est même par le prince des démons qu’il agit… ». Ils tentent de discréditer l’influence de Jésus, pour détourner de lui les foules. D’autant que chez les Juifs à l’époque de Jésus, “expulser les démons par le chef des démons” était très grave : les sorciers comme les magiciens étaient passibles de la peine de mort !

Il y a en fait deux idées dans ces accusations : d’une part, Jésus est dit “possédé” du démon, c’est-à-dire qu’il est “aliéné”, dépendant du démon devenu son maître ; d’autre part, Jésus est accusé de détenir le pouvoir du démon, un pouvoir maléfique, ce qui est tout à fait autre chose ; et c’est une accusation beaucoup plus grave.

A l’époque de Jésus, on regardait les démons ou les esprits qui causaient des maladies de toutes sortes, comme les agents d’une force du mal personnifiée. Cette force porte plusieurs noms dans la Bible. Béelzéboul (le dieu des mouches) désigne ici cet adversaire du projet de Dieu que Jésus a affronté au début de l’Évangile (1,13) et qu’il affrontera toute sa vie.

Les adversaires de Jésus en l’accusant ainsi reconnaissent d’une certaine manière, que ses œuvres dépassent les forces humaines ; mais ils refusent de les attribuer à la puissance de Dieu.

v. 23 : « Les appelant près de lui, Jésus disait en parabole : “Comment Satan peut-il expulser Satan ? »

v. 24 : « Si un royaume se divise, ce royaume ne peut pas tenir. »

v. 25 : « Si une famille se divise, cette famille ne pourra pas tenir. »

v. 26 : « Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il s’est divisé, il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui. »

Comment Jésus va-t-il réagir aux accusations des scribes ? Il aurait pu utiliser la foule autour de lui pour accabler ses accusateurs, et ils seraient repartis honteux… Jésus est plus habile. Il appelle ses détracteurs près de lui et il leur parle “en parabole” pour les obliger à réfléchir et leur montrer l’absurdité de leur raisonnement.

La grande question posée par Jésus reste celle-ci : « Comment Satan peut-il expulser Satan ? » La réponse est rythmée, en prenant l’exemple d’un royaume (le peuple Juif !), d’une famille et de Satan qui sont censés se démolir eux-mêmes… ce qui n’a aucun sens ! Si Satan se détruit lui-même, donc il n’existe plus, et il n’y a plus de problème, il n’y a plus d’accusation ! Leur raisonnement ne tient pas debout : ils se ridiculisent ! C’est même avouer implicitement que le règne adverse, celui de Dieu, viendrait alors s’établir librement et prendre toute la place !

A leur insu, les ennemis de Jésus reconnaissent le succès de Jésus, qui est celui de Dieu !

v. 27 : « Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera la maison. »

Seconde parabole de Jésus en réponse aux scribes pour les pousser dans leurs retranchements. Il reprend la même idée et la développe autrement.

L’homme fort, c’est Satan. Jésus est conscient que sa mission est de vaincre Satan qui règne sur ce monde (Lc 4,6), et de libérer ainsi les hommes que Satan considère comme “ses biens” (Mc 3,27 ; cf. Is 49,25). Jésus se sait plus fort que “l’homme fort”. D’ailleurs, il arrive aux démons de reconnaître que Jésus les domine : Mc 5,7 ; cf. Lc 10,18. C’est pourquoi Jésus peut le “ligoter”, “l’enchaîner” (cf. Ap 20,2) et “piller sa maison”, c’est-à-dire, détruire son règne.

En créant cette parabole, Jésus reprend à son compte l’opinion, bien établie à cette époque, selon laquelle les démons devaient être enchaînés au moment de l’inauguration du Règne de Dieu. Matthieu, dans son passage parallèle, ne fait que rendre plus explicite cette idée en ajoutant : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est qu’alors le Royaume de Dieu est arrivé pour vous » (Mt 12,28).

Refuser cette réponse de Jésus serait le comble de la bêtise et du fanatisme, l’image même de l’aveuglement volontaire. Comment admettre en effet, raisonnablement, que Satan puisse expulser Satan ? Si Satan est expulser du corps des possédés, c’est qu’un plus fort l’a ligoté. S’obstiner à ne pas admettre cela, serait pécher contre la lumière de sa conscience, pécher contre l’Esprit.

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Publié dans MARC

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