Mc 3,31-35 LA VRAIE PARENTÉ DE JÉSUS
Mc 3,31-35 LA VRAIE PARENTÉ DE JÉSUS
( voir aussi Matthieu 12,46-50 et Luc 8,19-21 )
Quand Marc écrit cet évangile, Luc, Matthieu et Jean n’ont pas encore rédigé le leur. Que devaient penser les lecteurs de Marc au sujet de Marie, eux qui ne savaient peut-être pas grand-chose de l’annonciation, de la visitation, de la naissance de Jésus, des noces de Cana, de Marie au pied de la croix, etc. ? C’est le premier passage où Marc parle de Marie. Et c’est pour en dire cela !... Vraiment l’évangéliste ne cherche pas à embellir ! On touche du doigt l’authenticité un peu rugueuse de l’Évangile selon saint Marc. Ce sont des choses difficiles à dire et qui ne s’inventent pas ! Même pour Marie, tout n’a pas toujours été clair du premier coup…
Jésus pratique le détachement qu’il exige de ses disciples, au sujet des liens de la famille (Mt 8,22 ; 10,37). Il est entièrement consacré aux affaires de son Père céleste (Lc 2,49). Il est conscient qu’il possède et partage avec ses disciples une autre vie (Ga 6,15 ; 2 Co 5,17) ; si bien que maintenant, en Jésus, une même filiation divine unit tous les hommes entre eux (Ga 3,26-28).
v. 31 : « Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au dehors, ils le font demander. »
La tradition chrétienne présente Jésus comme un fils unique. Qui sont alors « ses frères » dont il est ici question ? En Orient, le mot « frère » s’étend bien au-delà du cercle des frères selon le sang, et peut désigner tout aussi bien les cousins (le mot est le même n araméen) ; ce qui est le cas ici. Matthieu donne en effet le nom des frères de Jésus : « N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon, Jude ? » (Mt 13,55). Au pied de la croix, « il y avait plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée » (Mt 27,55-56). Voici donc la mère des « frères de Jésus », c’est une “autre Marie”, qui est la sœur de Marie Mère de Jésus, et qui est mariée à Clopas, le père des frères de Jésus : « Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie-Madeleine » (Jean 19,25). Saint Paul dira : « Je n’ai vu aucun des autres Apôtres, sauf Jacques, le frère du Seigneur » (Ga 1,9), dont on a vu que sa mère était l’autre Marie et son père Clopas. L’identification des « cousins » de Jésus est donc clairement affirmée dans l’Évangile, levant toute confusion. Encore deux textes pour le confirmer : Au moment de mourir sur la croix, Jésus confie Marie à son apôtre Jean : « Voilà ton fils… Voilà ta mère… Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19,26-27) ; c’est bien la preuve que Marie n’avait pas d’autres enfants pour la recueillir. Pourtant les « frères de Jésus » étaient toujours vivants, puisqu’on les retrouve avec Marie, après l’Ascension de Jésus : « D’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères » (Actes 1,14). Bien noter qu’il est précisé « Marie, mère de Jésus » uniquement ; « avec ses frères », c’est-à-dire ses cousins.
La venue des proches de Jésus est dans la suite de la démarche précédente des parents de Jésus cherchant à s’emparer de lui pour l’arracher à une foule qui l’accaparait totalement (Mc 3,20-21). Méconnaissant la vraie nature de sa mission, la famille craint d’être compromise avec lui et d’en subir les conséquences. « Il a perdu la tête » disaient-ils alors (Mc 3,21).
Aujourd’hui ils reviennent à la charge, en ayant fait venir Marie. Mais le “service d’ordre” devant la maison où Jésus enseigne, veille ; et le groupe est maintenu au dehors.
v. 32 : « Beaucoup de gens étaient assis autour de lui ; et on lui dit : “Ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent”. »
v. 33 : « Mais il leur répond : “Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?” ».
La vraie parenté de Jésus n’est pas celle que l’on croit, celle qui est apparente. Pour Jésus les liens du sang, les liens familiaux, les liens du milieu social, ne sont pas les premiers. Ils sont réels, premiers, indispensables. Mais on n’a pas le droit de s’y enfermer.
v. 34 : « Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. »
v. 35 : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ».
« Parcourant du regard… » : cette formule est employée par Marc chaque fois que Jésus se prépare à faire une annonce très importante. On peut imaginer l’intensité de ce regard de Jésus posé sur ceux qui l’entourent…
Jésus invite ses disciples assis autour de lui à prendre conscience des liens profonds qui les unissent à lui-même : ils partagent avec lui une vie plus précieuse que celle de la chair et du sang ; ils sont entrés dans son intimité, au point qu’il leur révélera le fond de sa pensée et des secrets divins (Jean 1,18 ; 15,15). Sa famille actuelle est celle qui est constituée de ceux avec qui il vit, de tous ceux qui écoutent sa Parole, et pas seulement l’entourage de son enfance.
« Celui qui fait la volonté de Dieu » : Marc montre que la véritable grandeur devant Dieu réside dans l’accomplissement de sa volonté (v.35). La grandeur de Marie vient de son obéissance à Dieu (Lc 11,27-28).
Ces quelques mots nous plongent de façon étonnante au tréfonds du Cœur de Jésus. Jésus a un cœur universel, aux dimensions du monde, ouvert à toute l’humanité, sans exception. Il se sent le frère de tout homme qui fait la « volonté de Dieu ». Les vrais « proches de Jésus » sont ceux qui lui sont unis dans le même souci d’accomplir la volonté de Dieu. Cette famille-là ne connaît pas de limites ! Dès lors, on ne peut l’enfermer dans sa famille humaine immédiate…
À ce titre, Marie est doublement sa Mère ! La gloire de sa Maman n’est pas de lui avoir donné son sang et son lait, c’est d’être « l’humble servante de Dieu », comme nous l’apprendra Luc quand il écrira son Évangile, une dizaine d’années plus tard. Mais cela nous est déjà dit, par Marc, à demi-mots…
« Ma sœur… » : la femme, si méprisée dans l’antiquité païenne, se voit accorder le même accès à Jésus : « Il n’y a ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme : car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). C’est sûrement ce qu’expriment ici, sur les lèvres de Jésus les mots « ma sœur », alors que ses cousines ne sont pas mentionnées parmi les membres de sa famille ici présente.
Si Marie est présente dans la délégation familiale, elle n’est sûrement pas parmi ceux qui disent qu’il a « perdu la tête » : Marc n’avait pas fait mention d’elle en 3,20-21. Elle est restée jusqu’à la résurrection, et après, à plus forte raison, en communion avec Jésus, son Fils ; elle qui a su si bien dire : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5).