EN SAINT MARC, LE SECRET MESSIANIQUE
En saint MARC : le « secret messianique »
On appelle « secret messianique », la volonté de Jésus, dans l’Évangile selon saint Marc, de cacher sa véritable identité ( il impose le silence ) quand on découvre quelque chose de sa personnalité ou de son pouvoir de guérison ou de libération.
Au moment de son baptême, (Mc 1,11), Jésus reçoit de son Père la confirmation de son identité : « Du ciel une voix se fit entendre : “C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour”. » Déjà saint Marc l’avait affirmé dès les premiers mots de son Évangile : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1), puis il l’a aussitôt enfermé dans le silence.
Au cours de sa passion, peu avant sa mort, Jésus est interrogé par le grand-prêtre Caïphe : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? ». Jésus répond enfin clairement : « Je le suis… » (Mc 14,61). Le Mot « Messie » ou « Christ » désigne le Sauveur envoyé par Dieu et attendu du Peuple. Ce sera au centurion romain, un païen, à le proclamer ouvertement en contemplant Jésus mort sur la croix : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15,39).
Entre ces deux moments, baptême et passion, c’est le grand silence officiellement, sur l’identité de Jésus. Les disciples auront à essayer de découvrir par eux-mêmes « qui est Jésus » en l’écoutant et en observant ses faits et gestes, en particulier ses guérisons et ses miracles. Il leur faudra du temps pour essayer de percevoir quelque chose de sa mission divine et d’y croire.
Jésus impose des consignes de silence aux démons et aux disciples. Elles portent toutes sur l’identité de jésus : démons et disciples doivent taire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu :
· Aux démons : Mc 1,24-25 ; 1,34 ; 3,11-12.
· Aux disciples : Mc 8,28-30 : Jésus accepte le titre, mais refuse la divulgation ; Mc 9,9 : il impose le silence jusqu’à la résurrection du Fils de l’homme.
Ces consignes sont respectées. C’est là le secret messianique proprement dit.
Consignes de silence à quatre miraculés : trois fois sur quatre, Jésus, en plus, exclut le public avant de guérir. Mais deux fois sur quatre, la consigne n’est pas respectée. Voir les textes :
· Lépreux : Mc 1,44-45 : silence non respecté.
· Morte : Mc 5,43 : le public est exclu en 5,37 et 40.
· Sourd-muet : Mc7,36 : le public est exclu en 7,33 ; silence non respecté.
· Aveugle : Mc 8,26 : le public est exclu en 8,23.
Ces miracles correspondent aux quatre sortes de guérisons qu’on attendait pour les temps messianiques (cf. Mt 11,2-6) ; en accomplissant ces miracles, Jésus se manifeste donc comme Messie, mais il ne veut pas, d’après Marc, que la foule en ture trop vite cette conclusion qu’il est le Messie, car le titre est trop ambigu. Pourtant, cela ne peut être caché et la communauté devra le proclamer après la mort-résurrection ; c’est déjà ce que font le lépreux et le sourd-muet.
Jésus ne proclame pas sa qualité de Messie. Jésus accepte la profession de foi de Pierre : “Tu es le Messie” mais lui impose aussitôt silence (Mc 8,29-30). Les versets suivants indiquent le pourquoi de ce silence : Mc 8,31-32. Ce n’est qu’une fois la passion commencée que Jésus proclamera ouvertement sa qualité de Messie (Mc 14,61-62).
Le “secret messianique” exprime la décision de Jésus d’aller jusqu’au bout de sa Passion pour accomplir la volonté du Père exprimée dans les Écritures. Marc 8,27-33 est le texte central : c’est la nécessité de la passion qui est la raison d’être du secret. L’idée de Marc est la suivante : avant Pâques, la gloire messianique rayonnait déjà de Jésus, mais celui-ci devait le voiler et empêcher disciples et démons de parler, sans quoi la passion aurait été impossible et la destinée de Jésus aurait été un triomphe humain (cf. Mc 8,33). Par obéissance au dessein de Dieu (« Il fallait que le Fils de l’homme souffre… ») Jésus a voilé sa gloire et fait taire ceux qui perçaient son secret. La théologie du secret est donc un des moyens pour l’Église de déchiffrer le sens de ce fait scandaleux : croire à un Messie crucifié ! (cf. 1 Co 1,23).
L’inintelligence des disciples. Ce thème court tout au long de l’Évangile de Marc. Il a pour but de mettre en garde les chrétiens de l’Église de Marc (et nous aussi !) contre le désir d’escamoter la passion et de ne considérer que le Christ dans sa gloire. Comme Pierre et les autres disciples, nous sommes toujours tentés de ne pas comprendre le chemin de la croix de Jésus et d’oublier que son chemin est aussi le nôtre (Relire Mc 8,31-38). En voici quelques exemples :
· 4,13.40 : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? », « … vous n’avez pas la foi ? »
· 6,52 : « … leur cœur était aveuglé. »
· 7,18 : « Ainsi vous aussi vous êtes incapables de comprendre ? »
· 8,17-21 : « Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vs avez le cœur aveuglé ? »
· 8,32-33 : « Pierre, tes pensées ne sont pas celles de Dieu ! »
· 9,6.10.19.32 : « Génération incroyante… Combien de temps devrai-je vous supporter ? »
· 10,24.26.32 : « Les disciples étaient stupéfaits… de plus en plus déconcertés… »
· 14,27.29-31.37-41.66-72 : « Jésus trouva les disciples endormis… Pierre le renia… »