Mc 1,16-20 JÉSUS APPELLE SES PREMIERS DISCIPLES

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 1,16-20 : JÉSUS APPELLE SES PREMIERS DISCIPLES

( voir aussi Matthieu 4,18-22 ; Luc 5, 1-11 )

 

                        Après son Baptême, Jésus se rend en Galilée pour « proclamer la Bonne Nouvelle ». Et tout de suite – nous sommes au seizième verset seulement – Marc raconte l’appel des premiers disciples, des pécheurs en action, des Galiléens, deux couples de frères. C’est le premier acte concret posé par Jésus au seuil de sa vie publique.

            Pour Marc, il est important de situer l’appel des premiers disciples au point de départ du ministère de Jésus. Il veut tout simplement dire par là que Jésus n’a rien voulu faire sans ses disciples (cf. Mc 1,21), et que tout ce que l’on peut dire ou penser du Christ, on doit pouvoir le dire ou le penser aussi de ses disciples. C’est déjà l’Église qui se profile à travers ce premier petit noyau de disciples.

            Dès le début de son ministère, Jésus a voulu « être avec », « être proche » de nous (Ph 2,5-11) : il n’y a pas eu de Jésus solitaire, de Jésus sans disciples. Il nous donne par ailleurs l’assurance de rester avec nous jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20 : mots qui terminent l’Évangile selon St Matthieu). Les disciples ne sauront pas faire de même avec Lui, au moment de la Passion… Ils le laisseront seul ! « Tous l’abandonnèrent et prirent la fuite ! » (Mc 14,50).

            Ce texte de cinq versets présente deux courts récits de vocations : l’appel de Simon et André (v.16-18) et l’appel de Jacques et Jean (v.19-20), à la fois très semblables et en même temps, très différents. Examinons ces similitudes et ces différences : elles vont nous révéler le portrait du véritable disciple, avec ses deux caractéristiques fondamentales.

            On observant attentivement ces cinq versets, on se trouve devant une composition assez inattendue : la vocation de Jacques et de Jean semble constituer le récit le plus ancien : il est calqué sur celui de la vocation d’Élisée (1 Rois 19,19-21). La vocation de Pierre et André serait un récit postérieur, construit sur le même schéma emprunté à l’Ancien Testament.

            Luc (5,1-11) a une version un peu plus développée de l’appel de Pierre avec  cette affirmation de Jésus : « Tu seras pêcheur d’hommes », d’où peut-être cette mise en scène de Marc.

            Le récit de Jean pour l’appel d’André et de Pierre est totalement différent (Jn 1,35-42).

            Mais lisons le texte de Marc comme il est présenté. Cela a dû se passer très simplement, comme le suggère le vocabulaire employé. Jésus « passe »… Il marche tranquillement… « Un peu plus loin »… Il avance… C’est comme une promenade. Il « voit » Simon et André, puis Jacques et Jean… Le texte ne dit pas : « regarde ou cherche » : tout semble s’être passé sans préméditation. Jésus « a vu » ces hommes-là… Il a compris qu’ils pourraient faire l’affaire : il les a appelés… Quelque chose de très simple, de très humain… Relisons le texte :

            v. 16 : « Passant au bord du lac de Galilée, Jésus vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pécheurs. »

            v. 17 : « Jésus leur dit : “Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes”. »

            v. 18 : « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. »

                        Jésus « voit » Simon et André, deux frères, en pleine action : « en train de jeter leurs filets » à la mer : ils font simplement leur métier. Jésus les regarde un bon moment ; puis il les appelle : « Venez derrière-moi », c’est-à-dire, “venez à ma suite” ; « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Jésus joue sur la ressemblance entre ce que faisaient ces hommes et ce qu’il va leur proposer : une pleine action au service du Royaume. C’est pour travailler avec Lui qu’il les invite à venir à sa suite, pour prendre place dans une communauté d’action, de service, de prédication, d’apostolat, de ministère… : tous ces mots ont ici le même sens. Jésus les voyant en action, leur propose l’action. Être disciple, c’est changer d’action à la suite de Jésus.

            C’est Jésus qui prend l’initiative d’appeler : une vocation ( “être disciple de Jésus”) est toujours « réponse à un appel précis, personnel ». L’Épître aux Hébreux dira même ceci : « On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu » (He 5,4). Tout est grâce, bienveillance de la part de Dieu, dans cet univers spirituel (Ep 1,3), où Dieu « nous a choisis (dans le Christ) avant la fondation du monde…, nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ » (Ep 1,4-5). « Venez à moi… ». Jésus appelle des hommes à partager sa propre vie et sa tâche de rassembleur d’hommes. Accompagner Jésus (Mc 1,18), ou S’en aller avec lui, ce sera vivre dans une communauté de vie, de pensée, d’aspiration… vivre en Église

            « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent »… C’est sans hésiter un instant que les appelés, dans les deux cas, laissent leur métier (v.18) et leur famille (v.20 ; cf. Lc9,59 ; 14,33). L’appel de Jésus se fait impérieux, catégorique, non par contrainte, mais comme une exigence spontanée de l’amour.

            v. 19 : « Un peu plus loin, Jésus vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient aussi dans leur barque et préparaient leurs filets. »

            v. 20 : « Jésus les appela aussitôt. Alors, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui ».

            Un peu plus loin, Jésus « voit » deux autres frères. Remarquons la différence avec les deux premiers : « André frère de Simon » ; ici il est dit : « Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ». Il y a une nuance significative : le nom du père est indiqué, autrement dit, le nom de famille.

            D’autre part, que font Jacques et Jean ? « Ils préparaient leurs filets » ; ils ne sont donc pas en “pleine action” de pêche, mais ils s’occupent à ces travaux plus humbles, mais nécessaires, que l’on fait dans l’intervalle des pêches : la réparation des filets. C’est une activité préparatoire au travail, mais ce n’est pas le travail lui-même.

            Le texte précise encore que Jacques et Jean étaient « dans leur barque ». (Certainement que Simon et André étaient eux aussi dans leur barque, mais le texte ne l’a pas dit). Ici, au contraire, il y a insistance : « … fils de Zébédée (leur famille)… leur barque… (appartenance, possession)… leurs filets… » : tous les mots portent ! Ainsi la différence est marquée avec Simon et André qui ont été vus en train de jeter leurs filets : l’accent est mis sur « l’action », sur « ce qu’ils font ». Pour Jacques et Jean, l’accent est mis sur leurs racines familiales, sur ce qu’ils possèdent, « leur avoir », leurs instruments de travail, leur situation, leur condition : tout ce qu’ils vont devoir « quitter ».

            Le texte continue : « Jésus les appela aussitôt » sans préciser les paroles exactes que Jésus leur adresse. Il les appelle simplement… et ils répondent en quittant tout : barque… père… compagnons… filets en cours de préparation… pour suivre le Christ. La Parole de Jésus transforme les cœurs pour qu’ils répondent à son appel ; elle a l’efficacité de la Parole divine (Is 55,10-11) qui opère ce qu’elle signifie. Elle convertit ! (Mc 1,15). Si aux premiers Jésus propose une communauté d’action, à ceux-ci ils proposent une communauté de destin : « venez vivre avec moi » ! Et « Ils partirent derrière lui ».

            La seconde vocation va donc plus loin que la première : il s’agit de tout quitter pour être avec lui et pas seulement pour faire avec lui. Ces deux appels, tout à fait parallèles, disent en fait deux choses : le Christ invite les disciples à la communauté d’action avec lui au service du Royaume, mais aussi à l’arrachement par rapport à tout ce qui faisait un environnement humain, en vue d’une communauté de destin : être avec Jésus le Christ. Ces deux vocations sont présentées ensemble pour bien montrer que chaque disciple est invité aux deux : non seulement être avec le Christ, mais aussi agir pour lui au service du Royaume. Ces deux couples de frères sont les deux images, les deux aspects fondamentaux de la vocation du disciple.

            Ainsi, dès le départ, avant même qu’il ait fait quoi que ce soit de lui-même, le Christ a besoin de compagnons qui entrent en communion de vie avec lui et puissent être ses collaborateurs dans le service du Royaume, un ministère itinérant qui demande beaucoup de liberté d’action et de disponibilité ; d’où le « détachement » demandé. On voit à la fois combien ce compagnonnage est nécessaire au Christ, puisqu’il l’a suscité dès le début, et combien devenir disciple du Christ demande de celui qui est appelé une conversion et un radical changement de vie. Nous devons quitter ce qui nous « attache » et nous empêche de suivre le Christ… On ne peut rien demander de plus radical à une personne que de changer son environnement naturel et sa profession. Quand on a quitté cela, on a vraiment « tout » quitté ! C’est ce genre de disciple que le Christ a besoin. Jésus demande tout : mais quand on lui a tout donné, il nous rend le nécessaire…

« Aussitôt, laissant là leurs filets… ils le suivirent » (v.18.20)

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Publié dans MARC

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