Mc 10,28-31 LA RÉCOMPENSE PROMISE AUX DISCIPLES
Mc 10,28-31 LA RÉCOMPENSE PROMISE AUX DISCIPLES
( voir aussi Matthieu 19,27-30 et Luc 18,28-30 )
Pierre, qui a du mal à entrer dans la logique surprenante de Jésus, reprend la balle au vol et dit l’inquiétude des disciples qui ont tout laissé pour suivre Jésus… La réponse est solennelle et rassurante : ils recevront cent fois plus que ce qu’ils ont laissé ! Au milieu des cadeaux, Jésus glisse aussi les « persécutions » que connaissent les chrétiens de Rome…
Le proverbe qui termine ce passage (v.31) n’a pas de lien apparent avec ce qui précède, sauf si on le rattache aux persécutions : le persécuté mis au dernier rang de l’humanité, sera glorifié auprès de Dieu.
v. 28 : « Pierre se mit à dire à Jésus : “Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre” ».
Jésus vient de décrire le sort des riches ; qu’en est-il alors de celui des hommes qui ont tout abandonné, qui sont devenus pauvres pour suivre le Christ ? Pierre et les disciples ont fait le pas que l’homme riche n’a pas fait. Si les riches pourront être sauvés par une intervention spéciale de Dieu, alors eux, que peuvent-ils attendre ? Seront-ils sauvés ?
v. 29 : « Jésus déclara : “Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, »
v. 30 : « sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle ».
Jésus reçoit sans étonnement la question de Pierre. Il reconnaît implicitement que les disciples ont laissé leur famille (cf. 1,16-20) et leurs biens pour le suivre (3,14). Il les rassure pleinement, et même il ajoute, - ce à quoi ses interlocuteurs ne pensaient certainement pas -, qu’un tel appauvrissement aura pour résultat inattendu de les combler de richesses : ils recevront, en ce temps déjà, le « centuple » de ce qu’ils auront abandonné ; c’est-à-dire une plus grande famille (les premiers chrétiens s’appelleront “frères” : Ac 1,15 ; Ga 1,2 ; Ph 4,21), et des « persécutions ».
Ces deux points méritent réflexion.
Les pauvres seront comblés. Il s’agit, bien entendu, de ceux qui auront tout quitté pour le Christ. On ne se dépouille pas pour se dépouiller, mais pour suivre le Christ pauvre : les mots « pour te suivre » sont essentiels ici comme l’était le « Suis-moi » de l’appel lancé à l’homme riche (v.21). Le Seigneur demande un acte de foi, comme Élie à la veuve de Sarepta (1 R 17,13-14), et cette foi aura semblablement pour effet de combler les croyants de ces biens matériels dont ils avaient fait le sacrifice.
L’expérience vingt fois séculaire de l’Église apporte à cette parole du Christ la confirmation des faits. Il est sans exemple qu’une communauté religieuse authentiquement évangélique se soit trouvée dans la misère… Lorsqu’on abandonne tout pour suivre le Christ, sa parole divine se réalise, et l’on reçoit le centuple, dès ici-bas. On est surpris de cette promesse presque exorbitante de Jésus… La confirmation des faits montre que ce ne sont pas que des mots… Renoncer aux choses, aux situations… ce n’est pas renoncer au bonheur… Ceux qui suivent Jésus dans une démarche authentique sont des gens comblés !
Si l’on compare la liste de ce que l’on abandonne pour suivre le Christ et celle de ce que l’on reçoit au centuple, il y a un point qui manque : on ne reçoit pas le centuple de « pères », car notre Père reste unique ! Par contre il y a un point qui s’ajoute : on reçoit des « persécutions » au centuple !
On rencontre aussi des « persécutions » et c’est le second point. Le ferment évangélique provoque des remous. C’est inévitable : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10,34). Si nous ne sommes pas persécutés, craignons que notre témoignage ne soit pas authentiquement évangélique : « Malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous !... » (Lc 6,26). Par contre : « Heureux êtes-vous si les hommes vous haïssent… à cause du Fils de l’homme… Réjouissez-vous… car alors votre récompense sera grande dans le ciel… etc. » (Lc 6,22-23).
Voilà les deux conséquences, pour le temps présent, de l’abandon de toute richesse pour le Christ.
En voici une troisième. Cette fois, c’est pour le monde à venir (expression familière aux rabbins). Elle répond à l’angoisse des apôtres se demandant qui serait sauvé. À ceux qui ont ainsi tout abandonné pour le suivre, Jésus promet solennellement la vie éternelle. Et ainsi, tandis que les riches risquent d’être exclus du Royaume de Dieu, les appauvris volontaires sont comblés au-delà de toute mesure… (cf. v.31). On reçoit beaucoup plus que ce à quoi on renonce…
Petite parabole : Un homme, qui avait une fortune suffisante pour s’offrir tout ce qu’il pouvait désirer, vint un jour rendre visite à un ermite réputé pour sa sagesse et sa droiture, mais qui vivait pauvre comme Job. Le riche ne cacha pas son admiration pour la pauvreté de ce sage et lui dit :
§ Oh ! Combien grande est ton abnégation !
§ La tienne est encore plus grande, lui répondit son interlocuteur.
§ Que veux-tu dire ? Tu veux rire ?
§ Mais non, déclara le sage. J’ai renoncé seulement au monde temporel, mais toi tu as renoncé au monde éternel !
v. 31 : « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers ».
Notre monde est faussé… Il faut renverser les valeurs pour voir juste !
Dieu s’occupe d’abord des démunis. Devant lui, il n’importe pas que l’on soit premier par le prestige (9,34), par la richesse (10,23), ou par le moment de sa venue au Christ (9,38). Une seule chose importe : c’est de se comporter comme un enfant (10,14).
Ce verset 31 pourrait aussi se rattacher à une autre interprétation. Il faut revenir à la seconde déclaration sur le danger des richesses : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu » (v.24) et « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu » (v.27). On peut y voir une application aux Juifs à qui était offert le Royaume. Or leur attachement à la Loi les rendait incapables d’y entrer. Ils étaient les premiers à l’attendre, les païens étaient en second. Eh bien ! « Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront les premiers » (v.31). Ce peut être le cas de certains chrétiens et incroyants d’aujourd’hui !
En conclusion : L’épisode de l’homme riche apporte à tout chrétien une lumière : elle lui permet de juger s’il a ou non l’esprit de pauvreté qui s’impose, comme une exigence fondamentale, à tout disciple de Jésus-Christ. Chaque chrétien est tenu de prendre en considération ce conseil évangélique et de se décider, loyalement, en conséquence. Les modalités concrètes sont propres à chacun, et le discernement doit se faire avec prudence, sagesse et charité ; mais nul n’a le droit de se soustraire à cette lumière…