Mc 10,35-45 LA DEMANDE DE JACQUES ET DE JEAN

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 10,35-45  LA DEMANDE DE JACQUES ET DE JEAN

( voir aussi Matthieu 20,20-28  et  Luc 22,24-27 )

 

Comme les deux précédentes, la troisième annonce de la Passion (10,32-34) est suivie d’une scène d’incompréhension des disciples qui suscite un enseignement de Jésus. La demande de Jacques et de Jean montre qu’ils n’ont rien compris à la voie sur laquelle le Christ veut entraîner ses disciples. Il doit leur rappeler (38-39) qu’ils auront à partager la condition de leur maître.

v. 35 : « Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : “Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande” ».

v. 36 : « Il leur dit : “Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?” »

v. 37 : « Ils lui répondirent : “Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ».

Jacques et Jean semblent rêver encore d’un règne messianique de caractère terrestre et politique, où l’on se partagerait les honneurs. L’expression « dans ta gloire » évoque l’image d’un règne céleste ou eschatologique (Mc 8,38 ; 13,26) ; mais il s’agit, de toutes façons, d’ambitions personnelles à satisfaire en s’associant le plus étroitement possible, sur les trônes de choix, au personnage glorieux de l’heure (cf. Mt 19,28 ; 25,31). Ils cherchent tout simplement les bonnes places, sans s’occuper des autres ! Une manière habile peut-être d’évincer Pierre ! Il n’y a rien pour le service (Mc 10,43-45), dans la demande des fils de Zébédée. Et cela au moment même où Jésus vient de leur annoncer en détail ses souffrances et sa mort !

Les deux fils de Zébédée étaient bien connus et vénérés dans l’Église primitive ; cette demande paraît déplacée ! Marc, avec sa franchise habituelle, n’a pas hésité à la rapporter telle quelle. Matthieu, probablement embarrassé, a trouvé un moyen élégant de raconter le fait, sans le mettre au compte des deux grands apôtres : c’est la maman de Jacques et de Jean qui demande à Jésus ce privilège pour ses deux fils (Mt 20,20-21) !

v. 38 : « Jésus leur dit : “Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé” ? »

Jésus met l’accent sur leur incompréhension ; il essaie de leur faire comprendre quel est le chemin pour accéder à la gloire : le sien ! Il emploie pour cela deux symboles : la coupe et le baptême.

La « coupe » : c’est l’image d’une chose difficile à avaler, d’une épreuve à endurer. Dans le langage biblique, la coupe peut être remplie de bonheur (Ps 16,5 ; 23,5 ; 116,13 ; Jr 16,7), mais aussi de malheur. Dieu verse une coupe remplie des souffrances méritées par Israël ou les peuples païens (Is 51,17-23 ; Jr 25,15-29 ; Ps 11,6 ; 75,9 ; Ez 23,32-34 ; Lam 4,21). Le contexte de Marc 10,38 renvoie plutôt au second sens. La mort de Jésus sera plusieurs fois désignée sous l’image de la coupe dans le Nouveau Testament (Mc 14,36 ; Jn 18,11), tout particulièrement à Gethsémani.

Le « baptême » : c’est l’image du “bain”, du plongeon avec le risque qu’il entraîne (Ps 32,6 ; 42,8 ; 69,2.16 ; 124,4 ; Jb 22,11). Pouvez-vous, avec moi, être ensevelis sous les eaux de cette noyade, c’est-à-dire, partager ma mort ? Le baptême dont Jésus sera baptisé évoque la Passion où il va être totalement immergé dans la souffrance. Paul écrira : « Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans la mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle… » (Rm 6,3-4). Les disciples devront être purifiés par le baptême de la souffrance (Lc 12,50), avant d’entrer dans la gloire (Mc 10,37) du Fils de l’homme.

v. 39 : « Ils lui disaient : “Nous le pouvons”. Il répond : “La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez” ».

Cette annonce désigne-t-elle le martyre des deux frères ?

Jacques le Majeur, l’aîné, aura le privilège d’être le premier apôtre martyrisé. Il a été décapité par Hérode Agrippa à Jérusalem en l’an 44 (Ac 12,1-2). La tradition raconte que son corps a été transporté à Compostelle en Espagne. Il est fêté le 25 juillet.

Jean sera déporté dans l’île de Pathmos vers 94 sous Domitien (81-96) : c’est là qu’il aurait composé son Apocalypse. Libéré, en 96 il retourne à Éphèse et sera le dernier des Douze à mourir sous Trajan (98-117), à Éphèse en 101. Il est le seul à ne pas être mort martyr, bien qu’il soit fêté comme un martyr en raison des nombreuses persécutions qu’il eût à subir. La tradition raconte qu’il a été soumis à différents supplices. Plongé dans une cuve d’huile bouillante à Rome, il en sort rafraîchi. Défié par un prêtre païen de boire une coupe remplie de venin de serpent, il n’est pas empoisonné. Il est fêté le 27 décembre.

La prédiction de Jésus veut peut-être tout simplement dire qu’à l’heure de la Passion les deux frères, si proches de Jésus, partageront, d’une façon qui n’est pas précisée, l’épreuve terrible de leur Maître.

v. 40 : « Quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées ».

Cette déclaration est tout à fait conforme à l’humilité de Jésus et à la façon dont il comprend son rôle, ainsi qu’il le précisera bientôt (v.45). Il ne s’attribue pas le pouvoir de distribuer les bonnes places : il laisse cela au Père. Dieu seul peut sauver l’homme (Mc 10,27). C’est lui qui conçoit et réalise le plan selon lequel Jésus et les siens entreront dans la gloire (Lc 24,26)

Quel contraste par rapport aux prétentions des fils de Zébédée, pourtant si proches de Jésus !

v. 41 : « Les dix autres avaient entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et Jean ».

Qui ne ferait pas comme eux ! Mais s’ils s’indignent pour les deux belles places qui risquent de leur échapper, c’est qu’ils partagent la même ambition, le même état d’esprit, le même désir de domination ; ils montrent par-là, qu’eux non plus, n’ont pas compris le message de Jésus concernant sa Passion : Jésus Serviteur, donnant sa vie pour le salut du monde entier.

Il est grand temps de leur montrer à quel point la conception païenne du chef, qui est encore la leur en ce moment, diffère de la sienne

v. 42 : « Jésus les appelle et leur dit : “Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir” »

v. 43 : « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur »

v. 44 : « Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : »

v. 45 : « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

La tentation est toujours grande pour les chrétiens d’adopter le comportement du commun des gens ou de l’homme livré à lui-même (cf. Mt 23,8). L’Évangile rappelle qu’il n’y a qu’une seule norme de comportement pour tous les chrétiens : c’est le Christ (v.45).

Alors que les hommes sont classés selon la grandeur de leur pouvoir, dans les royaumes terrestres (v.42), c’est la grandeur du service qui situe les gens dans le Royaume de Dieu, c’est-à-dire parmi les disciples de Jésus (v.43). Si bien que l’esclave de tous occupe le premier rang dans le Royaume (v.44 ; 10,31).

Jésus a fait sienne la condition d’esclave de tous en servant les petits : « Là où il passait, il faisait le bien » (Ac 10,38 ; cf. Jn 13,4-15 ; Lc 22,27). Le service pour Jésus va jusqu’à se faire esclave : c’est le paradoxe de la Croix, supplice des esclaves. Jésus va pratiquer en premier ce qu’il demande à ses disciples (v.45). Ce n’est pas seulement un exemple, c’est la raison d’être (« Car le Fils de l’homme… ») de l’humble service que Jésus demande à ceux de ses disciples qui seront chefs. L’autorité qu’ils détiennent est une participation à la seigneurie de Jésus Christ, qui est la seigneurie du Serviteur Souffrant du Livre d’Isaïe (cf. servir : Is 52,13 ; donner sa vie : Is 53,10 ; en rançon : Is 53,10 ; les multitudes : Is 53,10-11).

Jésus donnera sa vie à la place de tous les pécheurs du monde entier qui, sans cette rançon, n’auraient pu échapper à leur perte lors du jugement dernier. Nous faisons partie de ces heureux bénéficiaires. Sommes-nous assez reconnaissants ?

Ce serait une vraie révolution si on se mettait tous à « servir » comme Jésus !

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Publié dans MARC

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