Mc 10,46-52 JÉSUS GUÉRIT BARTIMÉE, L'AVEUGLE DE JERICHO

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 10,46-52  JÉSUS GUÉRIT BARTIMÉE, L’AVEUGLE DE JÉRICHO

( voir aussi Matthieu 20,29-34  et  Luc 18,35-43 )

 

Ce récit met fin à la deuxième partie de l’Évangile de Marc  (commencée en 8,31) et prépare la troisième. Amorcée par la guérison d’un aveugle (8,22-26), cette deuxième section a présenté un enseignement impénétrable pour les disciples (cf. 6,52) jusqu’à ce que la lumière de la Résurrection les éclaire.

Récit de guérison bref et construit selon le schéma habituel : présentation des personnages (v.46) ; une demande qui exprime la foi (vv.47-51) ; l’acte de Jésus (v.52) ; ses conséquences (v.52). Ce récit est parallèle à la guérison de l’aveugle de Bethsaïde (8,22-26), placé juste avant la profession de foi de Pierre, à un moment où les disciples ont du mal à comprendre (7,14-21). Cette guérison de l’aveugle de Jéricho arrive aussi à un moment où les disciples sont déroutés après les trois annonces de la Passion ; mais elle est comme la promesse que le disciple comprendra un jour le mystère du Christ ; alors, il pourra suivre vraiment Jésus. Ainsi ces deux récits portent le même message : seul le Christ permet d’y voir clair, de découvrir en vérité qui il est et quelle est la signification de sa mission.

La scène est décrite de façon très vivante, riche en détails qui révèlent le témoin oculaire. Marc l’a sans doute entendue raconter bien des fois par Pierre, qui devait fort bien se rappeler tous ces détails : l’endroit où la scène s’était produite : à la sortie de Jéricho ; le nom de l’aveugle : Bartimée (nom araméen qui signifie : « le fils de Timée » que Marc traduit pour ses lecteurs romains) ; ses cris répétés et l’intervention de « beaucoup de gens » (sans doute surtout les disciples) pour essayer de le faire taire ; les encouragements, par contre, prodigués à l’aveugle par ses voisins (le « on » du texte) : « Courage ! lève-toi ! il t’appelle ! » ; le geste enfin de l’aveugle, rejetant son manteau pour bondir à l’appel de Jésus.

v. 46 : « Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route ».

Jésus entame sa dernière journée de route vers Jérusalem, maintenant tout proche. Ne perdons pas la signification de ce voyage : Jésus avance vers le lieu de sa mort et de sa résurrection ; « son heure » approche. Délibérément, volontairement, lucidement, courageusement, se sentant bien seul, peu soutenu par ses disciples, il marche vers Jérusalem. Jéricho est la dernière ville traversée. De là, il reste encore 20 kilomètres à parcourir, 20 kilomètres de côte : la route de Jéricho à Jérusalem n’est qu’une interminable « montée »… On monte de Jéricho qui est situé à 200 mètres au-dessous du niveau de la mer, à Jérusalem qui est située à 800 mètres au-dessus : une rude route !

Ce verset présente tout à tour tous les personnages : la scène est presque « visible » ! Au centre, un aveugle, que Marc appelle par son nom. C’est un infirme, incapable de travailler, réduit à mendier au bord du chemin qui conduit à Jérusalem. Mais c’est un homme qui suit l’actualité et qui s’était fait raconter les multiples guérisons par Jésus de Nazareth. Attentif à tous les bruits, il entend la foule qui approche. Il interroge ses voisins…

v. 47 : « Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : “Jésus, fils de David, aie pitié de moi !” »

Dès que Bartimée apprend que c’est Jésus de Nazareth qui passe, c’est une chance inespérée pour lui ; alors un espoir fou de guérison le soulève et il appelle Jésus à grands cris, en l’identifiant d’emblée au Fils de David. C’était le titre le plus populaire pour parler du Messie ; c’est la première fois que Marc cite ce titre royal. Le Messie était attendu comme celui qui devait rétablir la royauté en Israël. On retrouvera ce titre demain, lors de l’entrée glorieuse de Jésus à Jérusalem (la marche avec les palmes et les rameaux : 11,10 ; cf. 12,35-37). Ce titre a dû profondément toucher Jésus : ce sont les aveugles qui voient le plus clair !

Cet aveugle Bartimée devient l’héritier de la promesse faite à David par Nathan (2 S 7,12-16 ; 1 Ch 17,11-14), celui qui réalisera les espoirs qu’Israël avait autrefois mis en David : « Les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme le cerf et la bouche du muet criera de joie » (Is 35,5-6) ; en lui, la puissance de Dieu qui guérit est à l’œuvre (Is 42,7.18).

v. 48 : « Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : “Fils de David, aie pitié de moi !” »

Imaginons cette scène… D’une part la vigueur de la foi d’un aveugle qui se manifeste… et d’autre part, une foule de bénévoles (« beaucoup ! ») qui s’emploie à le faire taire… sans y parvenir ! Les disciples font-ils partie de ces gens qui veulent faire taire le gêneur ? Si on se rappelle leur ardeur à repousser les enfants qui veulent s’approcher de Jésus (10,13), ils en seraient bien capables !

On rabroue l’aveugle, sans doute parce que l’on craint que ses cris n’importunent Jésus, mais surtout, si ce sont les disciples eux-mêmes qui essaient de le calmer, parce qu’ils veulent éviter toute manifestation messianique. Marc vient de le souligner : ils « étaient effrayés » (v.32) de voir Jésus marcher résolument vers Jérusalem, où il devait être mis à mort. Or voici que l’aveugle crie à tue-tête : « Jésus, fils de David ! », le titre messianique par excellence (cf. 12,35-37). C’était proclamer publiquement, devant une foule nombreuse, ce que Jésus, jusqu’ici, avait demandé à ses disciples de taire (cf. 8,30). Les Douze sont mieux placés que quiconque pour savoir que le maître refuse de se laisser appeler d’un titre messianique.

Or, contre toute attente, Jésus ne se fâche pas, au contraire…

v. 49 : « Jésus s’arrête et dit : “Appelez-le”. On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : “Confiance, lève-toi ; il t’appelle” ».

Ce n’est pas à l’aveugle que Jésus impose silence, mais à ceux qui veulent le faire taire ! Il demande qu’on lui amène Bartimée : il veut répondre à sa foi et le guérir. Il lui donne raison en accomplissant à son profit un signe reconnu comme messianique. Isaïe avait en effet annoncé qu’au temps du Messie les aveugles verraient (Is 29,18 ; 35,5-6 : cité plus haut ; textes auxquels fait explicitement allusion Mt 11,4).

On ne peut exprimer plus clairement que désormais Jésus change d’attitude : il faut maintenant que l’on sache qu’il est le Messie, car le temps approche où il sera mis à mort. Dès demain, Marc va nous relater l’initiative de Jésus de faire une solennelle entrée à Jérusalem, véritable manifestation messianique.

v. 50 : « L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus ».

Quelle scène vivante !

Tout abandonner pour bondir et courir dans la nuit vers Jésus : peut-il y avoir plus belle description de la foi ? Ma foi à moi, me fait-elle bondir et courir vers Jésus ?

v. 51 : « Jésus lui dit : “Que veux-tu que je fasse pour toi ? – Rabbouni, que je voie !” »

Ai-je conscience, devant Dieu, d’être un aveugle ? Il y a tant de choses que je ne « voie » pas : dans l’Écriture… en moi-même… dans les autres… dans le monde… dans l’univers…

Newman a écrit ceci : « Une fois par an, au printemps, le monde que nous voyons fait éclater ses puissances cachées. Alors les fleurs paraissent, les arbres fruitiers et les fleurs s’épanouissent, l’herbe et le blé poussent. Il y a un élan soudain, un éclatement de la vie cachée que Dieu a placée dans le monde matériel. Qui penserait, sans l’expérience des printemps précédents, qui pourrait concevoir deux ou trois mois à l’avance que la face de la nature qui semblait si morte pût devenir si splendide et si variée ? Il en est de même pour le printemps éternel… il viendra, quoiqu’il tarde. Attendons-le. Nous savons qu’il y a beaucoup plus de choses que nous n’en voyons. Ce que nous voyons n’est que l’écorce extérieure d’un royaume éternel… »

Ouvre mes yeux, Seigneur, guéris-moi, je veux Te voir !

v. 52 : « Et Jésus lui dit : “Va, ta foi t’a sauvé”. Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route ».

La réponse de Jésus rejoint l’attente de l’aveugle. Ici, la parole seule de Jésus suffit à la totale guérison (comparer avec 8,22-26).

Voir clair et suivre Jésus : peut-il y avoir une plus belle définition du disciple ?

Ce dont « l’homme riche » n’avait pas été capable de faire, ce « pauvre mendiant aveugle » une fois guéri, l’a fait spontanément ; or à ce moment-là, suivre Jésus, c’était prendre le chemin qui monte à Jérusalem, au Calvaire et à la Croix. Impossible de suivre Jésus sans s’en remettre à lui dans la foi.

Moi-même, c’est lorsque je suis illuminé par Jésus, que je deviens capable de le suivre. C’est ici la clef de tout ce récit : pour pouvoir comprendre et suivre Jésus, il faut que Jésus lui-même nous ouvre les yeux ; pour cela, comme Bartimée, il nous faut aller jusqu’à lui, malgré les obstacles nombreux et divers, avec foi. Soyons sans cesse des chercheurs de la Lumière. « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12 ; 9,5). « Croyez en la lumière : vous serez alors des hommes de lumière » (Jn 12,36), et vous pourrez à votre tour devenir « la lumière du monde » (Mt 5,14.16).

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Publié dans MARC

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