Mc 11,27-33 PAR QUELLE AUTORITÉ FAIS-TU CELA ?
Mc 11,27-33 PAR QUELLE AUTORITÉ FAIS-TU CELA ?
( voir aussi Matthieu 21,23-27 et Luc 20,1-8 )
Marc a voulu réunir à partir d’ici (11,27 à 12,44) un ensemble de cinq conflits avec ses redoutables adversaires, qui rappellent les cinq conflits du début de son Évangile (2,1 à 3,6) :
· La question sur l’autorité de Jésus : 11,27-33
· Le tribut à César : 12,13-17
· La question sur la résurrection : 12,18-27
· « Quel est le premier commandement ? » : 12,28-34
· Le Fils de David : 12,35-37
À cet ensemble, Marc a ajouté la parabole des vignerons homicides (12,1-12), qui se greffe sur la question de l’autorité, et l’avertissement aux scribes (12,38-40) qui est amené par le rappel de l’enseignement des scribes au sujet du Fils de David ; et enfin, la parole de Jésus sur l’obole de la veuve (12,41-44), introduite à la suite du mot “veuves” (v.40), dans le fragment précédent (“les scribes dévorent le bien des veuves”). Une sorte d’inclusion ramène ainsi Jésus au Temple (v.41), où il se trouvait au début de la série des conflits (v.27).
Cet ensemble décrit l’hostilité des chefs spirituels Juifs à Jérusalem, comme la série Mc 2,1 à 3,6 décrivait celle des scribes et des pharisiens en Galilée.
v. 27 : « Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le Temple, les chefs des prêtres, les scribes et les anciens vinrent le trouver. »
Cet épisode vient naturellement après l’expulsion des vendeurs du Temple. Jésus a devant lui, réunis, les trois groupes de ses adversaires : ceux qui portent précisément la responsabilité de l’ordre dans le lieu saint. Ils interviennent très probablement au sujet de ce qui vient de se produire. Par trois fois Jésus les a désignés comme “ceux à qui on le livrerait”. L’affrontement est proche. On va le retrouver tout au long du chapitre 12.
Jésus force ici ses adversaires à se démasquer eux-mêmes. Ils ne cherchent pas à découvrir la vérité, mais à garder leur emprise sur le peuple ; et l’influence de Jésus leur fait de l’ombre ! Ce sont leurs intérêts personnels qui les préoccupent, non les intérêts de Dieu ou de la vérité !
v. 28 : « Ils lui demandaient : “Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou bien qui t’a donné autorité pour le faire ? »
Pour les prêtres, Jésus empiète sur leurs droits, n’ayant reçu aucun mandat de leur part. La question qu’ils posent traverse l’Évangile de Marc depuis le début.
Jésus vient de manifester qu’il a autorité sur le Temple. Dans le contexte historique, c’est un geste significatif : Il revendique sa souveraineté sur la Maison de Dieu ; et il le fait en prétendant accomplir, par-là, les prophéties messianiques qui expriment l’attente de tout un peuple. Pour un Juif de ce temps-là, cette affirmation paraît presque invraisemblable… On l’attend et en même temps on la redoute… D’où la question : « Par quelle autorité fais-tu cela ? ».. ; « Qui est-u pour faire cela ? »…
Notons que lorsque les adversaires de Jésus le rencontrent et l’interrogent, Jésus « va et vient dans le Temple »… Peut-être enseigne-t-il ? Peut-être échange-t-il avec ses disciples ? Il est là, tranquille, sans se cacher, sans vouloir échapper, disponible à tout dialogue.
Ces chefs religieux, qui n’ont pas compris le témoignage des miracles et des exorcismes accomplis par Jésus (Jn 9,23-33) ne semblent pas prêts à changer leurs vues si Jésus donne une réponse à leur question…
v. 29 : « Jésus leur dit : « Je vais vous poser une seule question. Répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais cela. »
v. 30 : « Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? Répondez-moi ».
Jésus répond, comme cela se fait ordinairement chez les rabbis, par une autre question. Cette question est habile, car elle coince ceux qui voulaient coincer Jésus. Ils ne sont pas là pour réfléchir, pour chercher la vérité, pour comprendre quelque chose, mais plutôt pour discuter, pour ergoter, pour condamner Jésus, pour rester bloquer dans leurs certitudes.
Jésus se rend compte qu’il est inutile de répondre aux questions de ses adversaires, car ils ne l’écouteront pas plus qu’ils n’ont écouté Jean le Baptiste.
« Venait-il du ciel ? » : c’est-à-dire « de Dieu » : on employait volontiers différentes expressions pour éviter de dire « Dieu ».
v. 31 : « Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement : “Si nous disons « du ciel », il va dire : « Pourquoi n’avez-vous pas cru à cette parole ? »” »
v. 32 : « Mais allons-nous dire : “des hommes ?” Ils redoutaient la foule car tout le monde estimait que Jean était réellement un prophète ».
Marc nous explique clairement pourquoi ceux-ci ne peuvent répondre… Ils se sentent piégés d’un côté comme de l’autre : quel embarras ! Il est vraisemblable, en effet, qu’aucun d’entre eux ne se soit fait baptiser par Jean : leur abstention prouverait leur manque de foi dans l’avènement du Royaume… Comment l’avouer publiquement ? Alors que la foule avait cru en Jean le Baptiste… Les chefs ici sont en mauvaise posture !
Tout est tactique, opportunisme, hypocrisie dans leur attitude. Ils ne cherchent qu’à renforcer leurs raisons de condamner Jésus, plutôt que de découvrir sa vraie personnalité. Ce sont des aveugles qui veulent rester aveugles !
v. 33 : « Ils répondent donc à Jésus : “Nous ne savons pas !” Alors Jésus leur dit : “Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela” ».
Réponse évasive des autorités juives qui esquivent la question. Leur aveu d’incompétence leur enlève en effet tout droit à demander des comptes à Jésus.
C’est depuis 2,22.27 que Marc pose à son lecteur la question touchant l’autorité de Jésus. Depuis le début de l’Évangile surgit cette question : Jésus vient-il de Dieu ? Ici, la question reste encore ouverte : ce n’est pas du judaïsme que vient la réponse. Tout comme les adversaires de Jésus, les chefs de tout ordre seront tentés de se taire ou de dire n’importe quoi plutôt que de perdre la face. Une telle attitude conduit à l’endurcissement dans le refus de reconnaître la vérité.
Ces autorités sont donc présentées en fin de compte comme illégitimes. Elles sont tellement devenues infidèles à Dieu que Dieu va les rejeter (destruction du Temple en 70). Et c’est Jésus qui a reçu mission de déclarer cette terrible condamnation. Tel est le sens de l’épisode du figuier maudit et stérile qui a été présenté précédemment.