Mc 12,35-37a LE MESSIE, FILS ET SEIGNEUR DE DAVID
Mc 12,35-37a LE MESSIE, FILS ET SEIGNEUR DE DAVID
( voir aussi Matthieu 22,41-46 et Luc 20,41-44 )
Ce texte constitue la cinquième controverse et la dernière.
C’est déjà beaucoup de reconnaître en Jésus un prophète (8,28) ; c’est plus encore de reconnaître en lui le Christ (8,29), c’est-à-dire le Messie, ou le fils de David, comme le fait le lépreux (10,47-48). Mais aucun de ces titres ne parvient à dire tout le mystère du Christ.
La discussion qui va suivre, le laisse voir ; elle invite à chercher toujours plus !
v. 35 : « Quand Jésus enseignait dans le Temple, il déclarait : “Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est le fils de David ?
v. 36 : « David lui-même a dit sous l’inspiration de l’Esprit Saint : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis sous tes pieds !” David lui-même le nomme Seigneur.
v. 37a : « D’où vient qu’il est également son fils ? »
Il est souvent fait mention dans l’Évangile de Jésus enseignant. C’était son premier rôle. Ici, il enseigne dans le Temple, et c’est lui qui questionne.
Dans une argumentation de type rabbinique, Jésus affirme que le Messie n’est pas un simple prétendant à la couronne d’Israël. Il est le Seigneur. Nous retrouvons ce titre que Jésus s’était déjà attribué lorsqu’il a préparé son entrée à Jérusalem.
Jésus relève une contradiction entre l’enseignement des scribes, valable lorsqu’ils disent que le Messie doit être fils de David, et leur incapacité à s’ouvrir au mystère de ce fils de David, qui est aussi Seigneur ! L’argumentation n’est qu’ébauchée en Marc. Elle laisse les auditeurs en suspens, et les invite à dépasser l’enseignement des scribes ; ceux-ci, qui se croient si bien informés, « n’ont même pas sondé les profondeurs du messianisme » (Lagrange).
Jésus veut dire ce qu’est le Royaume de Dieu, mais aussi pourquoi il est incompris. Les scribes, ces spécialistes des Écritures, ne peuvent en saisir le sens, parce que, avec la mentalité politique, sectaire, nationaliste qui est la leur, le messie qu’ils attendent ne peut être, pour eux, qu’un libérateur politique, et le royaume de Dieu qu’ils désirent ne peut être qu’un royaume politique.
Ils ne peuvent donc pas du tout comprendre que ce Messie prenne en mains, non la cause d’Israël, mais celle de l’homme ; que le Royaume de Dieu se constitue par la conversion profonde de l’homme, lorsque l’homme, dessaisi par le cœur de toute possession égoïste des choses, se laisse volontairement saisir, transformer, éterniser par Dieu lui-même. Si les scribes ne le comprennent pas, depuis lors, beaucoup de chrétiens doutent comme eux… Il n’y a pas de pire obstacle au Royaume de Dieu que sa réduction au politique. Ce fut le plus grand mal des siècles passés. C’est encore celui de notre temps.
Jésus cite le Psaume 110,1. Que, d’une part, le Messie attendu soit fils de David, la chose ne faisait aucun doute dans la tradition religieuse d’Israël. Les pharisiens, dont sortaient sans doute la plupart des scribes, l’enseignaient sans aucune hésitation. Que, d’autre part, le Messie attendu soit le Seigneur de David, le fait paraissait assez clair, puisque David, auteur du Ps 110,1, croyait-t-on, appelait mon Seigneur celui dans lequel la tradition juive (interprétant le Ps 110, 1) voyait depuis toujours le Messie. C’était l’attribution des deux titres à la même personne qui faisait difficulté. En rappelant l’épisode où Jésus soulève cette difficulté, Marc laisse voir combien Jésus était supérieur aux Scribes qu’il affrontait (v.35).
Le chrétien pourra répondre, après la résurrection de Jésus, à cette question-là. Jésus est vraiment Fils de David selon la chair (Mt1,1.6.17). Jésus fut établi Fils de Dieu avec puissance selon l’esprit de sainteté, en suite de sa résurrection des morts : en vertu de ce fait là, jésus sera vraiment le Seigneur de David (Rm1,3-4 ; Ac 2,36).