Mc 12,37b-40 JÉSUS JUGE LES SCRIBES
Mc 12,37b- 40 JÉSUS JUGE LES SCRIBES
( voir aussi Matthieu 22,41-46 et Luc 20,41-44 )
Suite de l’enseignement de Jésus qui dénonce sévèrement l’hypocrisie des scribes et leur cupidité, leur recherche de la gloire et des honneurs et qui met ses auditeurs en garde contre ces guides spirituels présomptueux qui donnent partout le mauvais exemple.
Quand Marc écrit cela, près de 40 ans après l’ascension de Jésus, il met sa communauté en garde contre le comportement des dirigeants d’Israël contemporains, après leur rejet de Jésus. On comprend peut-être mieux la sévérité des paroles de Jésus (v.40).
v. 37b : « Et la foule, qui était nombreuse, l’écoutait avec plaisir ».
Une petite phrase transition qui nous rend heureux ! Heureux pour Jésus ! Ce n’est pas si fréquent dans l’Évangile : Jésus affronte le plus souvent la rivalité atroce de ses opposants ! Marc pourtant souligne plusieurs fois l’estime que la foule porte à Jésus (1,22 ; 11,18 ; 12,12), le plaisir qu’elle a, en écoutant ses réponses, de marquer les points ! La « foule » des heures de la Passion sera d’autant plus surprenante !...
Jésus continue pourtant à se trouver en position dangereuse. Cela ne l’empêche pas de poursuivre son enseignement dans la vérité.
v. 38 : « Dans son enseignement, Jésus disait : “Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques,
v. 39 : « les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
v. 40 : « Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés ».
Marc rapporte ici une sévère condamnation des scribes-pharisiens. La rupture entre eux et Jésus est consommée. Leur vanité est d’abord relevée (vv.38-39) ; leur cupidité est notoire, ainsi que leur hypocrisie (“pour l’apparence”, ils prient, v.40). De tels maîtres douteux (8,15) méritent une condamnation d’autant plus sévère qu’ils ont plus de connaissance et de responsabilité en Israël.
L’avons-nous remarqué, alors que Jésus n’hésite pas à pardonner les fautes les plus graves, il se montre d’une extrême sévérité à l’encontre de ceux qui exercent une responsabilité religieuse. Ici il s’agit des scribes, spécialistes des Écritures qui se donnent en spectacle à la synagogue ou dans les réceptions publiques, et se comportent en prédateurs qui dévorent les biens des veuves.
Parce que de telles pratiques sont contraires aux Écritures qu’ils prétendent connaître et interpréter, Jésus fait preuve d’une très grande violence. Dénonçant leur peu de considération de Dieu et des hommes, il s’insurge contre ces scribes qui profitent du prestige que leur procure leur savoir pour satisfaire leurs intérêts, dans le mépris des plus faibles. En agissant ainsi, ils défigurent Dieu qu’ils disent servir : un Dieu dont la révélation biblique ne cesse d’annoncer qu’il se fait proche des petits et des pauvres.
La mise en garde contre les scribes porte sur des attitudes caractéristiques :
Porter des robes solennelles : cela veut dire élargir les phylactères, allonger les franges. Les phylactères étaient des bouts de parchemin que l’on portait sur soi et sur lesquels étaient écrits, par dévotion, des textes de la loi. Les franges étaient des houppes suspendues aux vêtements dont la vue devait rappeler les commandements de Dieu. Évidemment, Marc ne pouvait parler de ces usages juifs à ses lecteurs grecs. Alors il ne parle que de “robes solennelles”.
Aimer les salutations sur les places publiques – occuper les premiers rangs dans les synagogues – occuper les places d’honneur dans les diners. Toutes ces recherches visent à se faire estimer et honorer comme stricts observants de la loi, ce que laissaient croire les scribes.
Affecter de longues prières, dans les synagogues et sur les places publiques, probablement avec les bras étendus et les yeux vers le ciel, avec l’air de n’en pas finir, en jouant la comédie…
Puisqu’ils dévorent les biens des veuves, profitant de ce qu’elles sont des femmes sans protection pour leur extorquer leur petit avoir et passer sur leurs droits. Ce dernier verset montre une attitude vraiment odieuse.
Le jugement de Jésus est dur. Il s’appuie sur son enseignement : l’amour de Dieu et l’amour des hommes ne font qu’un. Or les scribes se flattent d’avoir un grand amour de Dieu, en affectant de faire de longues prières et en même temps, ils n’ont au cœur aucun amour des hommes, eux qui dévorent le bien des veuves.
Jésus dénonce leur hypocrisie, quitte à s’en faire de terribles ennemis. Nous retrouvons ici le Jésus héroïque des premiers accrochages qui suit sa conscience d’homme, uni au Père et docile à l’Esprit, quoi qu’il lui en coûte, dût-il s’exposer froidement à la mort. Ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. À celui qui a beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé !
Ne nous moquons pas trop facilement de ces scribes critiqués par Jésus : être appréciés, voire admirés, nous fait aussi plaisir ! Voilà où doit s’exercer notre vigilance : ne pas céder à notre désir de montrer notre sainteté ! Briller, certes, selon le commandement de Mt 5,16, mais avec une dose d’humilité supérieure à celle de la fierté !