Mc 12,41-43 L'OFFRANDE D'UNE PAUVRE VEUVE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 12,41- 43  L’OFFRANDE D’UNE PAUVRE VEUVE

( voir aussi Luc 21,1-4 )

Épisode émouvant sur le regard de Jésus.

Marc vient de faire le portrait impitoyable des scribes « qui dévorent les biens des veuves » (v.40). Il offre ici, en contraste, le geste généreux et spontané d’une pauvre veuve à travers le don si modeste d’une somme dérisoire (v.41). Jésus en tire un enseignement important pour ses disciples et pour le monde entier jusqu’à la fin des temps (vv.43-44) : le riche donne de son « superflu », la pauvre veuve a donné « tout son nécessaire ». Elle est l’image du vrai disciple.

Puis Jésus quitte le Temple pour ne plus y revenir…

v. 41 : « Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. »

Jésus se tient dans la salle appelée « cour des femmes », où sont alignés treize troncs devant lesquels des prêtres attendent les donateurs. En arrivant, ceux-ci expliquent à un prêtre qu’ils veulent donner tel montant pour telle fin. Le prêtre vérifie la qualité de l’argent et voit si l’offrande répond aux exigences de la catégorie à laquelle le donateur la destinait. Ainsi, un passant, un observateur, peuvent saisir le dialogue et savoir combien telle personne donne et à quelle fin elle le fait. Les gros donateurs aimaient bien le faire ostensiblement…

v. 42 : « Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes ».

Premier contraste : d’une part, les scribes étaient caractérisés, au haut de l’échelle sociale, par la vanité, la cupidité et l’hypocrisie (vv. 37b-40) ; d’autre part, une pauvre veuve apparaît, au bas de l’échelle sociale, comme une croyante humble, détachée de ses faibles ressources, donnant en toute simplicité.

Jésus semble être le seul à noter le geste de cette pauvre veuve qui verse si discrètement deux petites pièces de monnaie dans un des troncs du Temple de Jérusalem. (Marc compare ces piécettes juives au « lepte » en bronze, la plus petite pièce de monnaie romaine, qui valait 56 fois moins que « l’obole » grecque, pièce d’argent d’un poids de 0,72g.). En comparaison de ce que venaient de donner de riches notables, c’était une somme dérisoire.

v. 43 : « Jésus s’adressa à ses disciples : “Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde”. »

v. 44 : « Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ».

Un peu de vocabulaire :

L’indigence      : c’est l’état de celui qui n’a pas ce qu’il faut pour vivre.

Le nécessaire : c’est ce qui correspond à la vie normale des personnes.

Le superflu      : c’est tout ce qui existe en plus du nécessaire.

Saint Augustin disait : « le superflu du riche, c’est le bien du pauvre »… Et le pape Jean XXIII ajoutait : « Le superflu se mesure d’après les besoins du prochain ». Voilà de quoi réfléchir en chrétiens…

Second contraste : les riches visiteurs du Temple donnaient beaucoup (v.41), comparés à la pauvre veuve. Or, la valeur d'une offrande ne se mesure pas à la somme qui est donnée. Jésus regarde aux dispositions du cœur (humilité, amour, détachement) plutôt qu’à la valeur visible ou matérielle des gestes posés. Ses remarques montrent que, dans la Nouvelle Alliance, les vrais disciples (10,21) se retrouveront plutôt du côté de l’humble femme.

Cette pauvre veuve a donné, dit Jésus, bien plus que tous ces riches, car elle a pris sur son nécessaire, sur ce qui était vital pour elle, alors qu’eux, ils ont donné de leur superflu. Quelle leçon ! Quelle interrogation pour nous !

Qui pourrait dire qu’il a déjà fait le geste de cette femme ? Qu’il a matériellement donné tous ses biens à Dieu ? Peut-être pourrions-nous interpréter ce « tout donner » dans la manière de mettre psychologiquement, spirituellement et concrètement tous nos biens au service de l’avancement du Royaume…

Dieu ne se contente pas de notre superflu, des miettes de notre table, des miettes de notre emploi du temps, des miettes de notre énergie… Il veut utiliser l’essentiel de nos vies et pas simplement les marges… Mais c’est une question de priorité intérieure et non de calcul mathématique !

Toute offrande de nos biens n'a de sens que si elle traduit le don de nous-mêmes. Et comme le don de soi est une exigence permanente de la nature humaine, l'avoir, le savoir et le pouvoir ne lui sont confiés que pour être partagés, à la mesure de ses possibilités et aussi de l'amour de chacun pour les autres.

À travers sa capacité à pénétrer les situations et les cœurs, Jésus nous révèle la véritable nature de Dieu : c’est un Dieu qui est prompt à s’émouvoir, à admirer comme à s’indigner (Marc a bien su le montrer en de nombreuses circonstances) ; un Dieu dont le regard ne s’arrête pas aux apparences ; un Dieu qui ne se laisse pas tromper par les prières vaniteuses des hypocrites ou les sonores aumônes de ceux qui donnent de leur superflu ; un Dieu qui est attentif aux plus petits gestes et aux attentions les plus discrètes. Car, mieux que quiconque, il sait ce qu’il y a dans le cœur de chaque être humain.

Celui qui accepte de se mettre sous son regard n’a rien à craindre : il grandira en vérité et en liberté. Il comprendra que vivre c’est partager, jusqu’à tout donner !

« Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Corinthiens 8,9)

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Publié dans MARC

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