Mc 14,53-65 JÉSUS DEVANT LE SANHÉDRIN

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 14,53-65  JÉSUS DEVANT LE SANHÉDRIN

( voir aussi Matthieu 26,57-68 et Luc 22,54-71

Y eut-il une séance de nuit du sanhédrin comme l’écrit Marc, suivi par Matthieu ?

Elle ne s’est pas faite dans le Temple, où se trouve la salle du Conseil, puisque le Temple est fermé la nuit et que les condamnations à mort n’étaient jamais prononcées de nuit. D’autant que la seconde séance (Mc 15,1) paraît ignorer la première.

Marc semble dire que la réunion de nuit de tout le sanhédrin s’est faite exceptionnellement chez le grand prêtre. Saint Jean nous éclaire (Jn 18,15-23) : il s’agit d’un simple interrogatoire privé, entrepris par Anne, l’ancien grand prêtre, déposé par les Romains en l’an 15, mais qui gardait encore une grande influence parmi les membres du sanhédrin, et portait toujours le titre de grand-prêtre, ce qui peut-être facilite la confusion avec le grand prêtre en fonction, Caïphe, qui présidera la séance du sanhédrin, au Temple, le lendemain matin. C’est donc dans la cour d’Anne que se placent les reniements de Pierre.

v. 53 : « Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre et tous les chefs des prêtres, les anciens et les scribes se rassemblent ».

Le rassemblement d’urgence a lieu dans la maison de l’ancien grand prêtre Anne. Y a-t-il de la place pour tout ce monde ? On sait que le Sanhédrin, cour suprême d’Israël, est un conseil qui assiste le grand prêtre, chef suprême de la nation juive, qui en est le président. Il comprend 71 membres : des anciens, les anciens grands prêtres, les chefs des prêtres et les scribes. Il avait une garde à sa disposition.

C’est bien court chez Marc, pour une telle rencontre longuement racontée par St Jean : Jn 18,19-23. On a fait vite, à la veille d’une si grande fête, pour rassembler tant de gens en pleine nuit, avant la séance plénière officielle qui devait se réunir tôt le lendemain matin (Mc 15,1) !

v. 54 : « Pierre avait suivi Jésus de loin, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis parmi les gardes, il se chauffait près du feu ».

On peut admirer le courage de Pierre de ne pas avoir abandonné son Maître, comme les autres.

Le cadre du reniement de Pierre est déjà construit (vv.30.72). Jésus comparaissait près de là, devant le sanhédrin (v.53). Il lui suffira de se retourner pour voir Pierre (Lc 22.61).

v. 55 : « Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort, et ils n’en trouvaient pas. »

Tout est déjà décidé d’avance. Il ne s’agit pas de juger un homme, mais, à travers un simple interrogatoire, de trouver de bonnes raisons pour le faire mettre à mort par Pilate.

Selon la Loi juive, il fallait le témoignage concordant d’au moins deux personnes pour établir la culpabilité d’un accusé. La tradition rapporte cette scène en détail pour montrer que ce ne sera pas sur un faux témoignage, mais sur l’affirmation de sa véritable identité, que Jésus sera condamné.

Le sanhédrin avait déjà pris sa décision avant que ne s’ouvrent les interrogatoires. Il fera deux tentatives pour la justifier apparemment : a) on recueillera de faux témoignages (vv.56-57) ; b) le grand prêtre fera son propre interrogatoire (v.61).

v. 56 : « De fait, plusieurs portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient même pas ».

v. 57 : Quelques-uns se levaient pour porter contre lui ce faux témoignage : »

v. 58 : « Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme” ».

v. 59 : « Et même sur ce point, ils n’étaient pas d’accord. »

v. 60 : « Alors le grand prêtre se leva devant l’assemblée et interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien à ce que ces gens déposent contre toi ? »

Jésus se retrouve seul face à ses adversaires.

Des nombreux faux témoignages portés contre Jésus  (v.56), un seul est rapporté. Il a pour objet une parole de Jésus qui était, dans sa pensée, une annonce du signe que serait sa propre résurrection (Jn 2,18-22). Jésus aurait ainsi critiqué le Temple en le regardant comme fait de main d’homme (ce qui était déjà dépréciatif) et en annonçant sa destruction. Ce Temple est de si peu de valeur, comprit-on, qu’il doit être détruit. À sa place, aurait dit Jésus, j’en construirai un autre qui sera l’œuvre admirable de Dieu. C’était s’attribuer la construction du temple messianique attendu pour la fin des temps. Ainsi, Jésus se serait rendu coupable d’outrage au Temple et de prétentions messianiques intolérables (v.58).

Les paroles de Jésus n’ont pas le même sens pour lui et pour ses adversaires (cf. Mc 15,29). L’Évangile de Jean peut nous aider à comprendre : « Mais lui parlait du temple de son corps » (Jn 2,19-21). Devant cette incompréhension, Jésus n’a rien à répondre. Il se tait.

v. 61 : « Mais lui gardait le silence, et il ne répondit rien. Le grand prêtre l’interroge de nouveau : “Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ?” »

v. 62 : « Jésus lui dit : “Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel” »

Jésus déclare qu’il est bien « le Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). En effet, quand le grand prêtre dit « le Dieu béni », il parle de Dieu. Il en est ainsi quand Jésus répond : « à la droite du Tout-Puissant ». En reprenant les termes de la Bible (Dn 7,13 ; Ps 110,1), Jésus se reconnaît des fonctions divines, celle du jugement par exemple. Voici donc en très clair la réponse à la question que Marc avait posée, dès le début, à son lecteur : « Qui est Jésus ? ». Mystérieusement, ce n’est que sous les traits d’un accusé et d’un condamné qu’il sera reconnu sans équivoque !

v. 63 : « Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : “Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?” »

v. 64 : « “Vous avez entendu le blasphème. Quel est votre avis ?” Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. »

Pourquoi accuser Jésus de blasphème ? Il n’a pas prononcé, encore moins maudit le nom de Dieu (Lv 24,10-16 ; Nb 15,30-31). Toutefois, des prétentions de Jésus pouvaient être considérées comme blasphématoires, sans qu’on puisse l’établir nettement. Il s’est attribué une proximité de Dieu inacceptable (à la droite du Tout-Puissant, v.62) ; il « viendrait parmi les nuées du ciel » juger les hommes (8,38 ; 13,26) : c’était s’octroyer une fonction divine (voir Mc 2,7).

De plus il était sûrement blessant pour le sanhédrin qu’un accusé qui attendait devant lui sa condamnation proclamât avec une telle assurance que Dieu le justifierait en le faisant asseoir à sa droite et que lui-même, Jésus, serait le juge eschatologique de ses propres juges.

En entendant le blasphème de Jésus que constituait sa confession (v.62), le grand prêtre devait déchirer ses habits (2 R 18,37 à 19,1).

v. 65 : « Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le rouèrent de coups, en disant : “Fais le prophète !” Et les gardes lui donnèrent des gifles. »

Jésus est insulté comme devait l’être le Serviteur souffrant (Isaïe 50,5-6 ; 53,3-5).

Pour bien saisir ces humiliations gratuites et injustes, il faudrait pouvoir contempler quelques instants dans les cieux l’éblouissante beauté de Celui qui, un jour, « viendra sur les nuées du ciel avec ses Anges ». Car c’est lui qui fut ainsi abominablement souillé dans ses traits humains… souillé par ses frères qu’il venait sauver… Le comble de l’infamie ! On n’a pas respecté sa dignité souveraine… On l’a mis plus bas que terre. Des misérables se sont acharnés sur sa personne. Des valets, des brutes ont déshonoré ses traits divins…

Et il s’est laissé faire… Pourquoi ?

D’abord, pour nous montrer au travers de sa beauté perdue, ce que c’est qu’une âme en état de péché… Les crachats et les soufflets nous répugnent : ils sont le symbole des souillures mises en nous par le mal, auquel nous cédons trop facilement, peut-être… Un mensonge, une médisance, une pensée mauvaise, une rancune, salissent la toile vivante où l’artiste éternel essaie de fixer en nous ses traits adorables, la transparence de sa divinité. Nous diminuons ainsi la valeur de notre vie spirituelle.

C’est en regardant attentivement les horreurs posées par la malice humaine sur le visage de Jésus qu’on prend une idée vraie des fautes auxquelles on se livre sans assez réfléchir… Nos fautes n’atteignent pas que nous-mêmes : elles atteignent aussi le Seigneur plein de tendresse qui réside en nous… Ce sont de vrais soufflets sur son visage inondé de clarté… Ils viennent d’un ami qui a déjà tellement reçu… C’est plus grave que le soufflet du soldat qui ne savait pas qui était celui qu’il giflait, ou la méchanceté de pauvres serviteurs égarés au soir d’une longue journée…

Ils couvrirent son visage d’un voile… C’est peut-être aussi notre œuvre, nous, qui par le regard, puisons de la sensualité mauvaise dans les êtres, dans les spectacles, dans les livres… Nous ne savons pas toujours respecter nos regards et nos pensées… Jésus a réparé toutes nos fautes, toutes nos faiblesses… Il faut croire qu’elles sont grandes pour qu’il ait fallu de tels abaissements…

Regardons bien Jésus chez le grand prêtre, avec ses beaux yeux cachés par un bandeau, son visage souillé par les crachats, ses traits flétris par les gifles… et disons-nous :

Il est la victime innocente… venu offrir à tous le salut…

… les pécheurs sont ses bourreaux !

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Publié dans MARC

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