Mc 14 Présentation de la PASSION SELON SAINT MARC
Mc 14 Présentation de la PASSION SELON SAINT MARC
Le RÉCIT de la PASSION tient une grande place dans l’Évangile de MARC : c’est le “sommet” de son Évangile : deux chapitres entiers (sur 16), tout en restant relativement sobre dans les descriptions. Marc est certainement, de tous les évangélistes, celui qui se rapproche le plus du récit primitif. Précieuse spontanéité qui rend indulgent devant certaines tournures maladroites que Matthieu ou Luc corrigeront.
Par exemple, en Mc 14,35-36 : répétition : “s’il était possible”… “tout est possible pour toi”, corrigée en Mt 26,39. Autre cas en Mc 15,2-5 : Pilate reproche à Jésus de ne rien répondre… Or c’est seulement ensuite que le texte dit que Jésus se taisait ! (comparer avec Mt 27,11-14 et Lc 23,2-5.)
On mesure, par l’importance donnée à ce récit, combien la souffrance et la mort de Jésus ont été dures à accepter par les disciples. Cependant, malgré les défaillances humaines de ceux auprès de qui il aurait dû trouver un soutien, un réconfort (trahison… reniement… fuite…), Jésus a tenu à les associer pleinement au mystère de sa mort rédemptrice.
Marc s’adresse d’abord à des non-croyants ou à des mal-croyants et il veut les amener à proclamer avec le centurion romain au pied de la croix : Jésus est vraiment le Fils de Dieu !
Marc proclame la réalisation déconcertante du dessein de Dieu. Il raconte les faits sans les apprêter, au risque de heurter ses lecteurs. Un récit brutal : Jésus, Prophète et Roi accomplit sa mission dans la souffrance et dans la mort. Un récit sans concession pour ceux qui devaient connaître les Écritures : les prophéties qui éclairent la Passion de Jésus sont bien là, mais enrobées dans l’histoire (Matthieu les explicite). Un récit qui interpelle en brouillant les cartes : qui comprend la Passion ? Les disciples en fuite ou le centurion au pied de la croix ? On prend mieux conscience, avec Marc, combien la réalisation du projet de Dieu est déconcertante pour l’homme. Il fait ressortir les contrastes et souligne le paradoxe : La croix est scandaleuse ; mais c’est pourtant par elle que se révèle le Fils de Dieu !
Chez Marc, le récit de la Passion est traversé par deux mouvements extrêmement douloureux pour Jésus : il est progressivement et inéluctablement abandonné par tous ceux qui l’ont accompagné : la foule (12,37), Judas, les disciples, le jeune homme qui s’enfuit (14,52), Pierre dans la cour du palais des grands prêtres… Par ailleurs, à partir de la trahison de Judas, l’opposition et les outrages se concentrent contre lui avec de plus en plus de violence : Judas avec une troupe armée de bâtons (14,43-44), « tous » s’assemblent (14,53), le condamnent (14,64) par des faux témoignages pour finir par arracher une condamnation unanime : « crucifie-le » (15,13-14).
La solitude de Jésus éclate chez Marc, dans toute sa dureté ; il s’avance seul, abandonné de tous, vers la nuit de la croix.
Le silence de Jésus, durant sa passion, est impressionnant. Jésus sait que son mystère est trop grand pour être compris par les hommes ; ses disciples eux-mêmes ont bien du mal à comprendre. Aussi, pendant sa vie publique, il a toujours refusé de dire qui il était (le secret messianique). Pendant sa passion, parce qu’il est condamné, et qu’il n’y a plus de danger d’interpréter ses titres comme une volonté de puissance, il accepte de lever un peu le voile, un peu seulement ! À partir de son arrestation, et malgré les questions dont on le presse, Jésus n’ouvre que trois fois la bouche : devant le grand prêtre, il se déclare le Messie (ou Christ) et le Fils de l’homme ; devant Pilate, il reconnaît qu’il est le Roi des Juifs ; sur la croix, il reprend la plainte du Serviteur soufrant d’Isaïe, assumant en lui toute la souffrance et l’angoisse du monde : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22(21),2 ; cf. 16,53).
En Marc le mystère de la passion s’impose à nous et nous impressionne comme du dehors. L’aboutissement est un acte de foi, soumission au mystère (Mc 15,39). Ce n’est qu’en acceptant le paradoxe de la croix que nous pourrons, avec le soldat romain, proclamer en vérité, sans prendre nos faux espoirs pour la réalité : « Celui-ci est vraiment le Fils de Dieu »
Terminons par une remarque plus générale : le style de Marc est souvent celui de l’improvisation orale qui donne au récit plus de vivacité. C’est le récit d’un témoin, par l’intermédiaire de Pierre.
Le récit de cette dernière journée de Jésus a constitué l’essentiel des premières prédications des Apôtres ( Actes 2,22-24 ; 3,13-15 ; 4,10… ).
Les trois derniers chapitres de Marc sont les plus importants. C’est vers eux que le lecteur a été conduit ; c’est ici que sera dévoilée la véritable identité de Jésus et que sera ouverte par la résurrection la voie du salut jusqu’ici annoncée aux disciples de Jésus. Ainsi sous une apparence narrative, ces chapitres veulent montrer comment Dieu accomplit son projet de salut.