Mc 2,18-22 JÉSUS RÉPOND AU SUJET DU JEÛNE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 2,18-22  JÉSUS ET LE JEÛNE

 

( voir aussi Matthieu 9,14-17 et Luc 5,33-39 )

 

                        En plus du jeûne pratiqué au jour des Expiations (Lv 23,29 ; Ac 27,9), bien des jeûnes libres et privés avaient cours en Israël (Mt 6,16-18). Les pharisiens, par exemple, jeûnaient deux jours par semaine (Lc 18,12). Les disciples de Jean jeûnaient pour hâter la venue du Royaume. Ces jeûnes étaient liés à une ère de péché ou d’attente de Dieu (Ex 34,28 ; Dn 9,3).

Or, Dieu est venu en Jésus établir des rapports tout empreints d’amour et de joie ; il réalisait alors ce “mariage” qu’il rêvait de nouer avec son peuple (Os 2,16-20 ; Is 54,5-6 ; Jér 2,2 ; Ez 16). Un temps de joie inconciliable avec le jeûne s’est ouvert (Mc 2,19). La mission de Jésus est ainsi affirmée.

Entre la mort de Jésus et son retour lors de la parousie, se situe une pénible séparationle jeûne aura un sens (v.20). Marc n’insiste pas, toutefois. Il est beaucoup plus sensible au renouvellement profond qu’introduit Jésus (Jr 31,33 ; Ez 36,26 ; Is 65,17).

            v. 18 : « Comme les disciples de Jean-Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus : “Pourquoi tes disciples ne jeûnent-t-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ?”

            La troisième controverse entre Jésus est ses adversaires éclate sans crier gare. Jésus est interpelé directement au sujet de ses disciples : pourquoi se comportent-ils comme des gens libérés des pratiques surérogatoires ? Non seulement ils mangent avec les publicains et les pécheurs (Mc 2,16), mais ils se dispensent de jeûner, quand d’autres le font. Et cela se voit, parce que ceux qui jeûnent le font savoir autour d’eux ! Jésus mettra précisément ses disciples en garde, assez sévèrement, contre cette attitude: « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage : ainsi ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret : ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra » (Mt 6,16-18). Si le jeûne reste l’attitude pénitentielle par excellence, il peut aussi dévier vers une forme d’hypocrisie spirituelle ou de perfection légaliste et orgueilleuse, austère et triste. Et c’est cette déviation que Jésus veut dénoncer.

            De fait, les disciples de Jésus donnent l’impression d’être toujours à la fête : ils rayonnent la joie et la bonne humeur, puisqu’ils sont porteurs d’une joyeuse Nouvelle. On les sent heureux. Jésus lui-même s’était fait traiter de « glouton et d’ivrogne » (Mt 11,18-19). Quel contraste avec les Juifs fervents qui se faisaient remarquer par leur austérité et leur sérieux ! D’où la critique scandalisée du v.18. Cela, au moins, va nous valoir une réponse détaillée de Jésus qui lève audacieusement le voile sur un monde nouveau en train de naître…

            v. 19 : « Jésus répond : “Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner.”

            Jésus commence par prendre la défense de ses disciples. Après s’être présenté comme celui qui pardonne les péchés, puis le médecin qui guérit, il se donne ici le titre d’Époux, invitant ses disciples à ses noces. Cette affirmation doit exaspérer davantage encore ses adversaires, car dans l’Ancien Testament, l’Époux d’Israël, c’est Dieu (Is 54,5-6 ; 62,4-5), qui vient conclure une Alliance avec son peuple à la manière des épousailles. Malgré les infidélités de son peuple (Osée 2,18-22), Dieu doit venir renouveler son Alliance à la fin des temps (Isaïe 25,6-9) ; cette victoire définitive sera préparée par le Messie annoncé par les prophètes.

            La réponse de Jésus manifeste clairement qu’avec sa venue, une ère nouvelle est commencée. Ce n’est plus celle de l’attente du Messie, pour laquelle jeûnent encore les disciples de Jean comme les pharisiens ; mais c’est celle des noces messianiques annoncée par Jérémie (Jr 31,31*34) et Ézéchiel (Ez 36,25-28), pour lesquelles les disciples sont les premiers invités ; voilà pourquoi ils n’ont plus à jeûner. Ils sont donc les témoins d’un événement historique en cours : l’Époux est là ! Le Messie est là !

            Étonnante révélation de Jésus, qui ne sera vraiment comprise qu’après Pâques !

            v. 20 : « Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront »

            C’est sans doute avec émotion et tristesse que Jésus a prononcé cette phrase… « L’Époux » qui vient accomplir toute chose… ne va pas être reconnu… va être refusé… Le mot « enlevé » est une traduction faible du terme grec « arraché ». Jésus fait ici une annonce discrète de sa Passion et de sa mort (cf. le Serviteur souffrant, Is 53,8), en évoquant ce temps de « l’absence » qui préparera le retour du Christ à la fin des temps. Le monde éprouve cette absence comme une douloureuse épreuve. Le moment est revenu de jeûner !

Jésus ne condamne pas le jeûne, mais la manière de le faire : il s’agit de le purifier de tout formalisme. L’Église des Actes des Apôtres associera habituellement le jeûne et la prière (Ac 13,3 ; 14,23). Le jeûne garde toute sa place, et retrouve sa vraie motivation : une priorité donnée à Dieu, dans la liberté et l’amour. Depuis l’Ascension du Christ, après sa Résurrection, les chrétiens ont repris le chemin du jeûne, comme une attente ardente de son retour.

            v. 21 : « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage ».

            v. 22 : « Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement la fermentation fait éclater les outres et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves ».

            Par deux courtes paraboles aux images expressives, Jésus veut signifier que sa présence apporte le germe d’un nouveau monde en train de naître. Tout tourne autour de l’opposition entre le vieux et le neuf. Jésus avait conscience d’apporter vraiment du « neuf » à l’humanité tout entière. L’Évangile est une radicale nouveauté qui rend caduc l’ordre ancien et fait craquer le vieux tissu des usages rituels du judaïsme ; pas question de rapiéçage ou de surcharge comme l’ont fait les pharisiens. Finies les routines, les vieilles habitudes qui sentent le moisi ! L’Esprit Saint fermente plus que le vin nouveau ; il est un habit neuf qu’il faut porter avec fierté en nous dépouillant de nos guenilles !

Est-il bien vrai que nous sommes les disciples de ce Jésus-là ?

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Publié dans MARC

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