Mc 2,13-17 JÉSUS APPELLE “LEVI” ET MANGE AVEC LUI
Mc 2,13-17 JÉSUS APPELLE “LÉVI” et MANGE AVEC LUI
( voir aussi Matthieu 9,9-13 et Luc 5,27-32 )
Cet épisode a pour but de révéler la mission de Jésus, qui est d’appeler les pécheurs (v.17), plus précisément tous ceux qui se reconnaissent pécheurs (Lc 18,13-14 ; Jn 9,41). Jésus appellera des pécheurs pour qu’ils le suivent comme compagnons de route (Mc 1,14), ou pour qu’ils soient guéris tout simplement de leur péché (v.17). Cette mission est bien différente de celle que Jean-Baptiste reconnaissait au Messie (Mt 3,12 ; Lc 3,17-18). Les gens qui se croient bien portants ou justes ne viendront pas vers Jésus, parce qu’ils pensent ne pas avoir besoin de ses soins ou de sa miséricorde.
Deux événements se succèdent dans ce passage :
Ø La vocation de Lévi, fils d’Alphée (sur le modèle de celles de Pierre, André, Jacques, Jean).
Ø Un repas avec des gens compromettants (publicains et pécheurs).
Marc a joint bout à bout ces moments de la vie de Jésus en ajoutant une conclusion qui se rattache davantage à la vocation de Lévi qu’au repas qui suit.
v. 13 : « Jésus sortit de nouveau sur le rivage du lac ; toute la foule venait à lui, et il les instruisait. »
Cette deuxième controverse débute dans l’ambiance paisible d’un matin ordinaire (v.13) : le bord du lac, la foule, l’enseignement… Jésus reste fidèle à sa mission : il instruit.
v. 14 : « En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis à son bureau de publicain (collecteur d’impôts). Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Le v.14 débute comme en 1,16 et 19 : Jésus appelle Lévi, comme il a appelé les quatre pécheurs au bord du lac : « il aperçoit, en passant »… C’est spontané, imprévisible ! Et ça marche ! Lévi devient ainsi le cinquième disciple à être appelé par Jésus. Lévi est un douanier au poste de Capharnaüm ; un de ces petits fonctionnaires chargés du recouvrement des taxes “publiques”, d’où leur nom de “publicains”. Ces collecteurs n’ont pas une bonne réputation, et cela pour deux raisons. La première, c’est que jouissant de la liberté de fixer le montant des impôts, ils s’enrichissent injustement. La deuxième, c’est qu’ils travaillent soit pour le compte de l’occupant romain, et on les accuse de frayer avec les païens ; soit pour le compte d’Hérode, collaborateur des romains. Ces motifs font que cette catégorie d’homme est méprisée par le peuple et plus encore par les juifs respectueux de la Loi. C’est donc bien un pécheur public, ainsi classé par l’entourage, que Jésus invite à rejoindre les siens. Il va même le chercher à son bureau. “Jésus lui dit : « suis-moi ! » - L’homme se lève et le suit !” Le courage de la foi répond à l’audace de l’amour ! Pour quitter aussi courageusement une situation fort lucrative, on devine que le cœur de Lévi devait être bon ! Là encore le v.14 rejoint l’appel des quatre disciples au bord du lac : 1,18.20 : souveraine initiative de Jésus ; empressement de ces hommes à se mettre à la suite de Jésus. Ce qui surprend c’est que le choix de Jésus se porte aussi naturellement sur un pécheur notoire, dans l’esprit des gens. Jésus ne juge et ne condamne personne arbitrairement. Il ne rentre pas dans les classifications habituelles de l’opinion de son temps. Il veut que chacun ait sa chance… Il fait confiance ! Il va spontanément vers les méprisés (qui ne sont pas nécessairement méprisables !), les exclus, pour les inviter à un « mieux vivre ». Leur présence ne le souille pas : la sienne les purifie !
Marc a placé ici le récit de cette vocation, pour introduire directement la controverse.
v. 15 : « Comme il était à table dans sa maison, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car il y avait beaucoup de monde. »
Être appelé par Jésus, cela se fête avec les amis au cours d’un grand repas. Jésus participe à ce repas qui rassemble. Il accepte de devenir l’un des leurs. Décidément, Jésus provoque et dérange !
v. 16 : « Même les scribes du parti des pharisiens le suivaient aussi, et, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, ils disaient à ses disciples : « Il mange avec les publicains et les pécheurs ! ».
C’est Jésus qui est visé, mais ce sont les disciples que les adversaires scandalisés vont interpeller ! Ils n’osent pas encore attaquer Jésus de face ! Or c’est lui qui va leur répondre…
v. 17 : « Jésus, qui avait entendu, leur déclara : “Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »
Réponse péremptoire ! Jésus affirme ouvertement quelle est sa mission et où est sa place. S’il y a deux camps : celui des justes et celui des pécheurs, il a choisi ostensiblement le sien !
Il est intéressant de faire un parallèle avec la controverse précédente (2,5-12). Face à l’homme paralysé, Jésus revendiquait le pouvoir de pardonner les péchés en tant que “Fils de l’homme” (2,10). Ici, au milieu des publicains et des pécheurs, il affiche sa prétention d’être le “médecin” qui vient les guérir. En parlant de “médecin”, c’est un nouveau titre divin que Jésus s’approprie. Dans l’Ancien Testament, chez les prophètes, Dieu est présenté comme le seul Médecin capable d’arracher Israël à ses péchés (cf. Osée 6,1-3 ; Jérémie 30,17).
Jésus ouvre donc l’ère de la rémission des péchés. Pour lui, les pécheurs ne sont pas à écarter, à exclure, comme des gens contaminés, mais des hommes et des femmes appelés à la réconciliation, à la communion et même à l’apostolat. Son repas en compagnie d’une foule d’exclus signifie que le temps du pardon est arrivé. Le Messie est là !
Le récit ne nous dit pas la réaction des disciples qui participent au repas. Lévi est devenu l’un des leurs, un « disciple » au même titre qu’eux. Jésus par son comportement révolutionnaire, brouille les rituels religieux de son temps et les rend caducs.
Jésus ouvre ainsi l’ère de la contestation impitoyable de toutes les exclusions, de toutes les ségrégations. Le Royaume de Dieu est de soi universel. Personne n’est exclu. Tous et toutes y sont appelés. Ce sont même les méprisés, les rejetés, parce qu’ils ont conscience de leur mal, qui accueillent plus facilement le médecin.
Cette démarche à contrecourant de Jésus, les pharisiens eux-mêmes, malgré leur opposition, sont bien obligés de la reconnaître et de l’avouer : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu » (12,14).
C’est à nous maintenant d’entrer dans cet esprit de pardon en ce qui nous concerne et de contestation de toutes les exclusions en ce qui concerne ceux qui nous entourent… Or ces démarches ne sont pas plus faciles aujourd’hui qu’au temps de Jésus ! Il nous a donné l’exemple pour que nous puissions nous aussi faire à sa suite courageusement quelques pas…
« Je suis venu pour les malades et les pécheurs » (Mc 2,17)