Mc 3,13-19 JÉSUS INSTITUE LES DOUZE APÔTRES
Mc 3,13-19 JÉSUS INSTITUE LES DOUZE APÔTRES
( voir aussi Matthieu 10,1-4 et Luc 6,12-16 )
Jésus a fort à faire avec les foules qui viennent à lui de partout. Il n’a jusqu’à maintenant que cinq disciples pour le seconder. Le moment est venu de renforcer ce groupe, de le structurer davantage. Jésus pense déjà à la poursuite de sa Mission. Le projet a mûrit lentement en lui. Il l’a porté dans sa prière. Le moment est venu de le réaliser :
v. 13 : « Jésus gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui, »
C’est un nouveau récit de vocations : Jésus appelle, les disciples répondent.
« Jésus gravit la montagne » : autour du lac de Tibériade, il n’y a que des collines. Peu importe, le mot de « montagne » est ici symbolique, tant il évoque de souvenir dans l’histoire d’Israël. La montagne est toujours le lieu de la rencontre de Dieu (Elie, Moïse, la transfiguration, Jésus pour y prier…) ; le lieu des grandes décisions, de la solitude, de la prière… Lieu aussi des lointains horizons, des envois en mission…
« Il appela ceux qu’il voulait » : Il a l’initiative… La première caractéristique de cette vocation, c’est la liberté souveraine de Jésus : il appelle « ceux qu’il voulait » : c’est lui qui discerne, qui choisit, qui appelle ; c’est lui qui a l’initiative.
« Ils vinrent auprès de lui » : Il fait confiance… La seconde caractéristique : c’est la proximité avec Jésus. Ils sont appelés à vivre dans l’intimité de Jésus, à faire partie de ses proches, à partager sa vie, sa réflexion, sa prière, son travail. A force de fréquenter Jésus, ils devront, en trois ans, arriver à penser et à agir comme lui. Quand Jésus disparaîtra visiblement, ils devront le re-présenter, le rendre présent…
v. 14 : « et il en institua douze pour qu’ils soient avec lui, et pour les envoyer prêcher »
v. 15 : « avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais. »
« Il en institua douze » : en choisissant ce nombre symbolique de « 12 », Jésus a une intention bien précise : il donne naissance au nouveau peuple de Dieu, au nouvel Israël ; mais dans la continuité des douze tribus à l’origine de l’Alliance (Gn 49,28). Non seulement Jésus les a appelés, mais il les a “institués”, intronisés de manière durable, établis héritiers de l’Alliance. C’est une nouvelle fondation, un nouveau départ.
« Pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher et chasser les esprits mauvais » : la mission des Douze est ici spécifiée et elle est double : ils doivent former la communauté de Jésus “être avec lui” ; mais aussi annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, avec le pouvoir de combattre les mauvais démons de l’homme, c’est-à-dire de poser des signes visible de salut. Ce pouvoir, ils ne l’exerceront que plus tard (cf. Mc 6,7).
v. 16 : « Donc Jésus institua les Douze : Pierre (c’est le nom qu’il donna à Simon),
v. 17 : « Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques (il leur donna le nom de “Boanerguès”, c’est-à-dire : “Fils du tonnerre” »
v. 18 : « André, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélote »,
v. 19 : « et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra ».
Comme dans toute intronisation, il faut nommer les gens qui viennent d’être investis. C’est ce que fait Marc.
C’est d’abord Simon qui est nommé en premier par le nom reçu de Jésus : « Pierre » ; ce nom lui sera sans doute donné plus tard, lors de sa profession de foi à Césarée de Philippe (Mc 8,27-30), comme en témoigne Matthieu (Mt 16,13-30) ; mais c’est moins l’exactitude chronologique qui importe pour Marc, que l’affirmation de la vocation de Pierre d’être le « roc » sur lequel Jésus a voulu établir son Église.
Puis viennent Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée que Jésus surnommera « fils du tonnerre », peut-être à la suite de leur proposition violente : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer » (Lc 9,51-56), devant le refus d’hospitalité des habitants d’un village samaritain… Incident relaté par Luc.
Puis André et Philippe, deux noms grecs. Jean nous apprendra qu’ils sont de Bethsaïde (Jn 1,44).
Puis Barthélémy : il porte un nom typiquement araméen. En fait, c’est le nom de son père qui est ainsi donné et qui signifie « fils de Talmaï ». Son nom à lui était sans doute : Nathanaël (Jn 1,45 ; Jn 21,2) de Cana, en Galilée.
Puis Matthieu (“don de Dieu”) qui est le publicain appelé par Jésus à sa table de travail (Mc 2,13-14 ; cf. Mt 9,9).
Puis Thomas, dont la signification du nom est expliquée par Jean qui en donne l’équivalent en grec : “Didyme” (Jn 11,16), ce qui se traduirait en français par : “le jumeau”.
Puis Jacques, fils d’Alphée : serait-il le frère de Lévi (Matthieu) qui, d’après Mc 2,14, était lui aussi fils d’Alphée ? Le mot fils est, il est vrai, sous-entendu dans l’un et l’autre cas…
Puis Thaddée : il s’agit sans doute de la même personne que Judas fils de Jacques dans la liste donnée par Luc (6,15) et Actes (1,13).
Puis Simon le Zélote. Le surnom signifie peut-être que Simon a appartenu au parti des zélotes, ces fanatiques partisans d’une révolte armée contre les Romains…
Enfin Judas Iscariote, “celui-là même qui le livra”. Son surnom signifie vraisemblablement “l’homme de Qeriyyot” (Cf. Josué 15,25 ; ou Jérémie 48,24).
Voilà le groupe de ceux que Jésus a choisi. On devine le souci de Marc, qui est aussi celui de la primitive Église, d’authentifier sa fondation par Jésus lui-même.