Mc 4,01-09 LA PARABOLE DU SEMEUR

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 4, 1-9  LA PARABOLE DU SEMEUR

 

( voir aussi Matthieu 13,1-9 et Luc 8,4-8 )

 

Marc a regroupé dans ce chapitre une série de cinq paraboles de Jésus que l’on appelle “le discours en paraboles”, et le premier d’une série de quatre miracles. Ces paraboles sont des comparaisons empruntées à la nature ou à la vie quotidienne, qui ont pour but de frapper l’auditeur par son caractère vivant ou étrange, pour éveiller l’attention, faire réfléchir ou faire comprendre. C’était un mode d’enseignement courant à l’époque de Jésus. Courte ou développée, la parabole a, le plus souvent, un enseignement unique ; il ne faut accorder d’importance aux détails du récit que dans la mesure où ils aident à saisir cet enseignement ; dans ce cas la comparaison devient une allégorie.

Les paraboles existaient déjà dans l’Ancien Testament. La plus célèbre est celle du prophète Nathan face à David : 2 Sam 12,1-15. Mais il y en a d’autres : Juges 9,8-20 ; 2 S 14,4-20 ; 1 R 20,35-42 ; 2 R 14,9-11 ; Is 5,1-7 ; Ez 17,1-10 ; 19,1-9 ; 23,1-49 ; 24,1-14 ;…

Si Jésus n’a pas inventé le “genre”, il lui a donné une forme achevée. Ce fut pour lui un moyen bien adapté pour rendre son enseignement abordable aux gens les plus simples. Aucun enseignement sur la miséricorde de Dieu envers les pécheurs repentants n’aurait produit l’effet, jusqu’à nos jours, de la “parabole de l’enfant prodigue” !

Les paraboles évangéliques se présentent sous 4 formes littéraires possibles :

1.    Proverbes : ce sont des ébauches de paraboles : Lc 4,23 ; Mt 19,30.

2.    Allégories : La vigne (Jn 15), le bon pasteur (Jn 10), la semence et les terrains (Mc 3,1-9).

3.    Paraboles scripturaires : elles font référence à l’A.T. : Lc 17,26 ; Mt 12,41-42.

4.    Paraboles du Royaume : les plus nombreuses ; elles commencent ainsi : « Il en est du Royaume des cieux… », ou « Le Royaume des cieux est semblable à… »

« Les paraboles apparaissent comme une médiation nécessaire pour que la raison s’ouvre à la foi : plus le croyant pénètre le mystère révélé, plus il entre dans l’intelligence des paraboles. » (D. Sesboué).

 

            v. 1 : « Jésus s’est mis une fois de plus à enseigner au bord du lac, et une foule très nombreuse se rassemble auprès de lui, si bien qu’il monte dans une barque où il s’assoit. Il était sur le lac et toute la foule était au bord du lac, sur le rivage ».

            Ce qui est décrit ici de façon très concrète a dû se renouveler d’autres fois lorsque Jésus enseignait au bord du lac : la foule très nombreuse se bouscule, Jésus monte dans une barque et s’éloigne un peu du rivage pour voir tout le monde ; sa voix porte sur l’eau et il peut se faire entendre de tous. Alors on ne se lasse pas de l’écouter !

            v. 2 : « Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles, et il leur disait dans son enseignement : »

            Marc a déjà écrit, dans les chapitres précédents, que “Jésus enseignait les foules”, mais jusqu’ici il n’avait pas encore décrit “le contenu” de son enseignement. La parabole du semeur est le premier exemple de ce que Jésus pouvait dire aux foules. Et c’est la première fois qu’il parle en paraboles. Le second discours ne se situera qu’au chapitre treize. Dans cette première parabole on trouve déjà l’essentiel de sa pédagogie.

            v. 3 : « Écoutez ! Voici que le semeur est sorti pour semer.

            v. 4 : « Comme il semait, il est arrivé que du grain est tombé au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé.

            v. 5 : « Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ;

            v. 6 : « et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché.

            v. 7 : « Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné du fruit.

            La prédication de Jésus ne rallie pas tout le monde : les uns croient, les autres restent distants, doutent ou font opposition. En Mc 3,6, les pharisiens avec les Hérodiens envisagent sa mise à mort. En 3,21, les membres de sa famille déclarent qu’il a perdu la tête. En 3,22, les scribes de Jérusalem l’accusent d’être possédé du démon. Si Jésus continue son œuvre, c’est qu’il est comme le semeur qui sème le plus possible pour récolter le plus possible. La parabole vaut encore de l’Église, qui poursuit la mission du Christ, sans se laisser décourager par l’accueil inégal qu’elle reçoit.

            En Palestine, on semait avant de labourer. On semait à des endroits apparemment peu féconds ; le labour qui viendrait pourrait améliorer la situation.

            Le thème de la semence est déjà bien présent dans la Bible : « Dieu met en chaque plante la semence » (Gn 1,11) ; « Dieu semeur d’un peuple parfait… » (Os 2,24-25) ; « Comme le jardin fait germer sa semence, Dieu fait germer sa justice » (Is 61,11) ; « Sous les pas du Messie, tout germera » (Za 6,11)…

            Le fait central est que Dieu sème. Le Royaume de Dieu est venu (1,14-15) ; Jésus, comme le semeur, le proclame à tout venant ; sa parole s’adresse à tout homme. Telle est la mission qu’il a conscience d’accomplir en prêchant.

            La description du semeur de la parabole est un récit merveilleusement bien composé, mais terriblement déroutant ! À travers ces images paysannes, Jésus dresse certainement le bilan de ses premières prédications… Le récit est plein de réalisme et de lucidité, mais aussi de patience et d’espérance.

Par trois fois, le grain semé ne donne aucun résultat : ce qui est tombé sur le chemin est aussitôt mangé par les oiseaux ; ce qui tombe sur le sol pierreux, germe, mais se dessèche ; ce qui tombe dans les épines, pousse, mais est étouffé. Jusque-là, le résultat est nul !

On peut pourtant noter trois grandes leçons : tout d’abord, la générosité du semeur qui sème abondamment partout. Jésus, malgré les oppositions rencontrées continue à semer, à annoncer la Parole en s’adressant à tous (riches, pauvres, Juifs, païens, pécheurs…). On peut aussi noter la fragilité, la vulnérabilité de la semence : elle contient beaucoup d’espérance de vie, mais elle a besoin d’un terrain favorable. Le grain ne devient moisson que par l’ouverture d’une terre ; la Parole ne devient fécondité, que par l’accueil d’une liberté humaine. Jésus en fera l’expérience dans son propre village de Nazareth où il ne put faire aucun miracle en raison de leur manque de foi (Mc 6,5-6) ; et dans sa rencontre manquée avec le jeune homme riche (10,17-22). On observe enfin l’espérance inscrite dans cette parabole : le devenir de la semence est en progression constante ; les premières sont entièrement mangées : elles servent au moins de nourriture ! Les secondes commencent à lever, à germer : il y a donc en elles de la vie possible, mais le soleil va tout brûler ; les troisièmes poussent et grandissent : elles montrent ainsi davantage leurs potentialités, mais les épines croissent aussi et vont étouffer les jeunes pousses. Cela nous montre bien que le rendement ne dépend pas tant des graines (elles sont identiques), que du terrain. Et la suite du texte va montrer l’efficacité de la semence dans la bonne terre…

v. 8 : « Mais d’autres grains sont tombés sur la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent pour un. »

À l’époque de Jésus, le rendement de 10 pour 1 était déjà un bon rendement. Jésus promet plus ! Ce verset est la pointe de la parabole : au-delà des échecs, des ratées, qui sont inévitables, il y a le succès qui va au-delà des espérances !  Cela est vrai d’abord en nous, mais aussi dans notre mission d’évangélisation.

La parabole montre que Jésus sait voir au-delà des apparences. Il voit des signes de la victoire de sa Parole sur le règne de Satan (1,26) ; il racontera d’autres paraboles d’espérance : le grain qui pousse tout seul (4,26-29) ; le grain de sénevé (4,30-32). Comme le semeur qui voit déjà la moisson, Jésus “voit” déjà les succès de ses disciples (6,13).

v. 9 : « Et Jésus disait : “Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ».

C’est peut-être l’occasion de m’interroger pour savoir sur quel sol arrive en moi la Parole ?

1.    Les oiseaux ne laissent aucune chance à la graine ! Et si j’étais comme eux, en voulant tout, tout de suite, en ne laissant pas aux personnes et aux choses le temps de produire selon leurs possibilités ! Prendre conscience qu’en recherchant les satisfactions immédiates, je me prive de beaucoup de choses !

2.    Et si j’étais comme ces pierres qui encombrent la bonne terre ! Dans ce cas, je serai comme ces personnes encombrées, superficielles, sans profondeur, vite enthousiasmées, mais qui baissent les bras très vite par peur d’être dérangées ! La parole de Dieu ne peut s’enraciner en moi… C’est l’inverse de Marie qui gardait tout dans son cœur (Lc 2,19.51) ; c’est sa profondeur qui lui a permis de dire OUI à Dieu.

3.    Et si j’étais à l’écoute d’autres paroles qui poussent plus vite… qui ont plus d’apparat, mais qui conduisent au laxisme, au libertinage, à la facilité, à l’égoïsme, et finalement à la stérilité !

4.    Et si la production « 100 pour 1 » était pour moi un appel fort à la conversion ? Je me contente peut-être du 30 ou du 60… Qu’est-ce que le Seigneur-Semeur attend de moi aujourd’hui vis-à-vis de Lui-même et de mon entourage ?

En conclusion :

            Comme Jésus, semons à tout vent sans attendre de terre idéale ni de résultat unique.

Isaïe 55,10-11 : La parole réalise toujours sa mission…

Psaume 126,5 : « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonnent en chantant »…

1 Corinthiens 3,6 : « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donne la croissance ».

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Publié dans MARC

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