Mc 4,10-12 POURQUOI JÉSUS PARLE EN PARABOLES
Mc 4, 10-12 POURQUOI JÉSUS PARLE EN PARABOLES
( voir aussi Matthieu 13,10-17 et Luc 8,9-10 )
Ces trois versets reviennent sur les échecs de la Parole. En les lisant, il faudra se rappeler que les versets 4-8 parlaient nettement des conditions du sol (voir Jean 3,20-21). Dieu, lui, ne désire que la croissance et le salut (Jn 3,16-19).
La lecture de ces trois versets nous surprend et nous bouscule par la dureté des paroles de Jésus. Nous allons essayer d’en comprendre le sens…
v. 10 : « Quand Jésus resta seul, ses compagnons, ainsi que les Douze, l’interrogeaient sur les paraboles. »
Jésus pratique ici un enseignement à deux niveaux : il adresse ses paraboles à toute la foule, en général. Puis, en particulier, il les explique à ses disciples, comme si « le mystère du Royaume de Dieu » (v.11a) n’était réservé qu’à ses proches ; tandis que les foules devaient se contenter de « l’énigme des paraboles » (v.11b), comme va l’exprimer Jésus dans le verset suivant.
Avant d’aborder le v.11, remarquons que ceux qui interrogent Jésus ne sont pas seulement les “Douze”, mais aussi “ses compagnons”, c’est-à-dire ceux qui, ensemble, forment la « nouvelle famille de Jésus », ceux « qui font sa volonté » (Mc 3,35). Ainsi ceux qui ont foi en Jésus, Juifs et païens, ceux qui demeurent près de lui, ceux qui écoutent sa Parole, ceux qui ouvrent leur cœur et veulent se convertir, ceux qui cherchent à mieux comprendre, forment les « proches » de Jésus, ceux qui sont entrés « au-dedans » de l’Église, et à qui Jésus est prêt à donner davantage.
v. 11 : « Jésus leur disait : “C’est à vous qu’est donné le mystère du Royaume de Dieu ; mais à ceux qui sont dehors, tout se présente sous l’énigme des paraboles. »
Il semblait que Jésus parlait en paraboles, dans un langage simple et concret, à la portée de tous, pour se faire mieux comprendre des foules. On découvre ici que la parabole peut devenir un “facteur d’aveuglement”, voulu par Dieu lui-même, pour que certains, « ceux qui sont dehors », c’est-à-dire, ceux qui ne suivent pas Jésus avec bienveillance, ne puissent pas comprendre. Cette affirmation, nous avons bien du mal à l’admettre ; et pourtant Jésus va la confirmer au verset 12.
v. 12 : « afin que se réalise la prophétie : Ils pourront bien regarder de tous leurs yeux, mais ils ne verront pas ; ils pourront bien écouter de toutes leurs oreilles, mais ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon ».
Ce verset, qui fait référence à la prophétie d’Isaïe 6,9-10, peut nous surprendre. C’est une des paroles les plus obscures des Évangiles. Essayons de la comprendre dans la bouche de Jésus. Cela ne veut pas dire que Dieu cherche à perdre son peuple en lui fermant les yeux et les oreilles ! Non ! Dieu respecte la liberté de chacun, mais il connaît à l’avance (dans un présent éternel) ce que le peuple va faire, comment il va fermer son cœur à la parole du prophète, à la parole de Jésus, et comment il va finalement rejeter Dieu et sa Parole.
Annoncer la Parole est un appel fort à la conversion ! Il en est encore temps… Dieu invite alors Isaïe à ne pas se décourager devant de tels refus. Jésus vit alors la même situation au milieu du peuple Juif : comme Isaïe il rencontre ceux qui ne veulent pas écouter sa Parole, qui ferment leur cœur et leurs oreilles à l’annonce de la Bonne Nouvelle ; c’est eux qui décident de rester avec « ceux qui sont dehors ».
À Rome, Marc et sa communauté font également l’expérience du refus de la presque totalité des Juifs d’accueillir la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité. Ce refus du peuple élu reste un mystère. Loin d’être privé de la lumière, c’est lui qui se ferme les yeux et les oreilles. C’est le sens de la prophétie d’Isaïe. Ce refus a traversé les âges : il est encore d’actualité aujourd’hui autour de nous. Cette “lenteur à croire” n’est pas en contradiction avec les propositions que Dieu fait à l’humanité : propositions qui ne peuvent se réaliser plus vite que ne le permet la liberté des personnes.
« Afin que se réalise la prophétie » : Jésus reprend ici une parole du Prophète Isaïe (6,9-10) qui vécut au VIIIe siècle avant l’ère chrétienne et qui se plaignait que ses compatriotes n’aient pas écouté ses avertissements. Ce prophète avait même l’impression que plus il parlait à ses auditeurs, plus ceux-ci s’enfonçaient dans leur opposition. Aussi, lorsqu’il compose le récit de son appel par Dieu, il adopte un ton très ironique. Il met en scène Dieu qui lui dit : « Va vers ce peuple, parle afin qu’il ne te comprenne pas et pour qu’il ne se convertisse pas ». C’est là un artifice littéraire, destiné, si c’est encore possible, à faire réagir ses détracteurs une dernière fois. En réalité, Isaïe ne fait que résumer ici ce qu’a été sa vie. Il a tout fait pour annoncer et expliquer à ses contemporains ce qui allait arriver, et il n’a pas été écouté. Il espérait que la dureté du ton de son récit provoquerait un sursaut salutaire auprès de ses auditeurs et qu’il serait enfin entendu.
Ces propos d’Isaïe éclairent la parole de Jésus. Les auditeurs ne sont pas dupes. Ils comprennent qu’en reprenant à son compte la phrase d’Isaïe, Jésus se situe dans la lignée des serviteurs de Dieu dont la Bible dit qu’ils n’ont pas été compris.
Pour les disciples, la parole devient de plus en plus une invitation pressante à accueillir la prédication de Jésus, à ouvrir leurs yeux, leurs oreilles et leur cœur. Il ne s’agit pas d’être classé parmi ceux qui refusent d’écouter. Ils ont conservé cette parole de Jésus et ils l’ont consignée dans les Évangiles, après Pâques, parce qu’elle continue de les inviter, par contraste, à se situer du côté de ceux qui accueillent et comprennent les paroles de Jésus. Cela leur permet aussi de raconter le drame que fut la vie de Jésus, venu parmi les siens qui l’ont rejeté. Elle leur permet de raconter aussi leur propre histoire, puisqu’eux aussi rencontrent l’opposition et ont souvent l’impression de prêcher dans le désert !
Ces paroles de Jésus nous concernent toujours, nous aussi. Elles sont comme une invitation pressante à écouter son message et à le faire passer dans nos vies. Quel dommage ce serait de passer à côté ! Car il s’agit d’un bonheur, même s’il est exigeant.