Mc 4,35-41 LA TEMPÊTE APAISÉE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 4,35-41  LA TEMPÊTE APAISÉE

 

( voir aussi Matthieu 8,18.23-27  et  Luc 8,22-25 )

 

Après avoir regroupé cinq paraboles de Jésus, dont l’enseignement a nettement distingué « ceux du dehors », pour qui tout demeure une énigme, et « ceux du dedans », c’est-à-dire les « disciples », qui reçoivent de Jésus une explication complémentaire, Marc rapporte maintenant quatre miracles qu’il situe autour du lac de Tibériade, aussi appelée mer de Galilée, et qui n’ont pour témoins que les disciples. Ces miracles servent à leur éducation et ont pour but de leur révéler davantage qui est Jésus ; ce sont pour ainsi dire, des « paraboles en acte » !

Ce récit de la tempête apaisée est inspiré de Jonas 1 et du Psaume 107(106), 23-31. Jésus accomplira « un miracle en haute mer » semblable à ceux que Dieu faisait (Ps 107,24). « Aussitôt la mer se tint immobile, calmée de sa fureur » (Jon 1,15). Maintenant c’est toutefois Jésus lui-même qui réduit au silence la mer et le vent (Mc 4,39). Si bien que le lecteur ne peut que s’écrier : « Ici il y a plus que Jonas » (Mt 12,41 ; Lc 11,82). On sera saisi d’une grande crainte (Mc 4,41) en découvrant que Jésus dispose de la puissance divine qui domine les éléments déchaînés.

Matthieu et Luc reprennent aussi ce récit qui a profondément marqué les disciples. Les rescapés d’un grave accident ne peuvent pas oublier… Si l’on compare le récit de Matthieu avec celui de Marc, on peut faire les observations suivantes : la relation de Marc est plus colorée, émaillée de détails, plus vivante, plus longue, plus incisive. On est dans le vécu !

            v. 35 : « Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : “Passons sur l’autre rive”.

            v. 36 : « Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d’autres barques le suivaient. »

            Après avoir passé toute la journée à enseigner la foule en utilisant les paraboles, Jésus semble avoir besoin de calme et de repos. Au lieu de rentrer se reposer dans la maison de Pierre et André, Jésus prend la décision, assez surprenante puis c’est le soir, (c’est quand il fait nuit que les esprits mauvais entre en action !), de quitter Capharnaüm, de traverser le lac, avec ses disciples, (c’est dans les eaux profondes que les forces maléfiques cherchent à capturer leurs proies !) pour se rendre de nuit en terre païenne, assez inhospitalière, voire hostile : « Passons sur l’autre rive »…

On peut imaginer que c’était un soir d’été. Après la chaleur du jour, la fraîcheur du soir faisait du bien ! Après la pression des foules, ces moments d’intimité entre Jésus et les disciples, assis dans une barque voguant en silence sur une mer tranquille, redonnait du souffle ! Les anciens marins retrouvaient facilement les gestes qu’il fallait faire pour accorder la voile avec un vent léger. C’est Jésus qui a eu l’initiative de ces instants de paix ! Mais ce sont les disciples qui font monter Jésus dans la barque “comme il était”, sans lui laisser le temps de se changer ou de repasser par la maison. Ils étaient pressés, eux aussi, semble-t-il, de trouver un peu de calme. Plusieurs barques sont du voyage.

            v. 37 : « Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau. »

            v. 38 : « Jésus dormait sur le coussin à l’arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

            Une tempête subite, imprévue, cela était fréquent sur ce lac situé au fond des collines, à 212 mètres sous le niveau de la mer Méditerranée : rien de tel pour que les vents s’en donnent à cœur joie. C’est ce qui se passa cette nuit-là. Et pas simplement une tempête ordinaire ! La description de Marc montre que même des marins aguerris ne savaient plus quoi faire pour s’en sortir !

            Et pendant ce temps-là, Jésus dormait tranquillement, la tête sur un coussin. Il devait être vraiment fatigué. Tout cet ensemble de détails montre bien la réalité de cette tempête vécue : il s’agit de détails observés et rapportés par un témoin de la scène ; ici, c’est Pierre qui se souvient.

            Les disciples en pleine panique réveillent énergiquement Jésus et lui crient leur désespoir tout en lui reprochant de ne rien faire pour les protéger.

            v. 39 : « Réveillé, Jésus interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : “Silence, tais-toi !” Le vent tomba et il se fit un grand calme.

            v. 40 : « Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? »

Marc décrit la scène comme un exorcisme. On pourra relire à ce sujet Mc 1,23-28 : en employant le même verbe, Jésus menace le démon et le vent (1,25 ; 4,39) ; même appel au silence (1,25b ; 4,39) ; même réaction des témoins de la scène (1,27 ; 4,41).

            Combien de fois, nous aussi, au milieu de nos tempêtes humaines, nous reprochons à Dieu de dormir, de rester sourd à nos appels, indifférent à nos souffrances, et de ne pas intervenir pour nous aider… «  Jésus dormait sur le coussin… »… « Cela ne te fait rien ? »… Jésus va répondre à ses disciples en leur reprochant leur manque de foi, et en calmant immédiatement la tempête par la puissance de sa parole. La présence de Jésus dans la barque, même de Jésus endormi, est la garantie d’une absolue protection : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Seule la foi « en Jésus mort et ressuscité » est capable d’apaiser nos tempêtes !

V 41 : « Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : “Qui est-il donc pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Chez les Juifs, la mer représentait une force mauvaise. Les Psaumes 77,17-20 ; 89,10 ; 93,3-4 ; 104,6-9, font de la victoire sur la mer un signe de la puissance de Dieu. Chez Marc, la puissance de Jésus sert à relancer la question sur sa véritable identité (v.41). C’est la première fois que Marc note cette question dans le groupe des disciples : question essentielle sur la personnalité de Jésus qui les a réunis autour de lui ; qui est-il vraiment ? Où nous conduit-il ?... Pour le moment la réponse n’apparaît pas encore…

Réflexions sur cette page.

            On doit porter plus d’attention sur les “thèmes spirituels”, sur “l’enseignement de Jésus” à travers cet événement, que sur le miracle en lui-même. Les thèmes spirituels s’entremêlent : la puissance de Jésus, la foi au Père, le salut des hommes, la victoire sur la mort…

            Marc, par la structure de son récit, a voulu faire ressortir deux choses :

 

La terreur justifiée des disciples : car ceux-ci ont failli vraiment se noyer ! Ils ont même remarqué qu’en pareil moment, on s’irrite très facilement, car, dans le danger, chacun tenant à sauver sa peau, perd son sang-froid. Ils ont même durement interpellé Jésus : « Cela ne te fait rien que nous périssions ? »

 

Le reproche très sévère de Jésus : comme si l’on s’était affolé pour rien ! Il y a même quelque humeur à se fâcher contre cette méchante bourrasque, qui vous empêche de dormir tranquillement pendant que le bateau coule : « S’étant réveillé, Jésus interpelle le vent avec vivacité ».

 

L’enseignement de Jésus peut se résumer ainsi : toute peur, même la mort, est un signe d’incrédulité. Celui qui croit en Dieu doit savoir qu’il ne peut rien lui arriver de mal, qui soit réellement un mal, véritablement un mal, un mal irréparable : « Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » Rm 8,28. La peur ici n’est pas la peur instinctive, que Jésus lui-même a connue, mais la peur non surmontée par la foi !

 

Ainsi le Royaume qu’annonce Jésus, bien qu’il soit pourtant actuel, semble se situer au-delà de la mort, comme déjà assuré de l’éternité. Là, le bonheur sera définitif, la joie parfaite, le Royaume achevé.

 

On peut alors finalement s’interroger :



Sur nous-mêmes, dont l’existence n’est faite trop souvent que de peurs, et de toutes les peurs, la pire est celle de la mort.

 

Sur Jésus, dont la foi extraordinaire en son Père est exemplaire. Il pouvait lui aussi se noyer. Il a surmonté sa peur.



Sur Dieu qui, par Jésus en ce miracle, se révèle à nous comme un Père. Il est maître de la mort, alors pourquoi avoir peur ? Le Père nous aime comme Jésus. Absolument. Alors ?



                        L’homme, par la foi dans le Père, est libéré de toute peur, même de la mort. Il expérimente que l’immense espérance suscitée par Jésus de Nazareth dépasse pourtant l’obstacle inévitable de la mort, que le Royaume de Dieu, proclamé par Jésus de Nazareth, continue et même s’accomplit au-delà de la mort.

 

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Publié dans MARC

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