Mc 5,1-20 L'EXORCISME DU POSSÉDÉ DE GÉRASA (1e partie)

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 5,1-20  L’EXORCISME DU POSSÉDÉ DE GÉRASA (1epartie)

 

( voir aussi Matthieu 8,28-34  et  Luc 8,26-39 )

 

Ce récit fait partie d’un ensemble de quatre miracles où Jésus affronte devant ses disciples les diverses formes du mal et de la mort. Il vient de faire taire la tempête, le mal qui se cache dans la mer et le vent, symboles des violences de la nature. Dans un instant il va affronter les démons dans le possédé de Gérasa, à travers un récit passionnant. Puis il va guérir une femme souffrant d’une longue maladie en la personne de l’hémorroïsse. Enfin il va relever de la mort la fille de Jaïre.

C’est après une pleine journée d’enseignement, puis toute une nuit de combat dans la tempête sur la mer de Galilée (largeur : 13 km), que Jésus aborde, à l’aube, avec ses disciples, la rive païenne. Marc situe le lieu d’arrivée à l’est de la mer, au pays des Géraséniens. C’est la première rencontre de Jésus avec le monde païen, la première fois qu’il passe une frontière. Marc a le souci de montrer que sa puissance de salut n’est pas limitée à la terre d’Israël. Le monde païen, auquel appartenaient les lecteurs romains de Marc, est décrit ici d’une manière particulièrement négative : le malade, qui représente tous les païens, vit dans un esclavage terrible et total ; il habite des tombeaux, signes de mort et d’impureté légale ; il est soumis à une “légion” d’influences maléfiques ; etc. Mais Jésus vient pour le libérer totalement par la puissance de sa Parole. Un exorcisme est une sorte de combat contre les puissances maléfiques. Pour agir sur l’esprit mauvais, il faut connaître son nom. Jésus doit donc arracher son nom à l’ennemi qui connaît le sien !

Au temps de Jésus, la mer de Galilée (comme aime bien l’appeler Marc) constitue une frontière entre la terre d’Israël à l’ouest et le monde païen à l’est. La Décapole est une fédération de « dix villes » non juives, dont “Gérasa”, située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de la mer ; c’est actuellement une ville de Jordanie qui s’appelle Djérash. La tradition a situé l’épisode sur la côte orientale, au lieu-dit Koursi, où l’on a retrouvé les restes d’un monastère bizantin.

« Ce récit est cocasse et haut en couleurs. Il est bien attesté dans la tradition évangélique (cf. Mt 8,28-34 et Lc 8,26-39), mais Marc en fait un chef-d’œuvre de l’art narratif. Il s’y révèle un conteur remarquable par la fraîcheur de son style et la richesse de son vocabulaire. L’épisode se déroule comme un film tragi-comique… » (Jacques Hervieux).

Pourtant quand on lit le texte tranquillement en essayant de le bien comprendre, on découvre quelques invraisemblances voire quelques incohérences qu’on a du mal à s’expliquer. Voyons-les de plus près…

Les invraisemblances et incohérences du texte

Mc 5,1-2 : Gérasa est située à une cinquantaine de kilomètres du lac. C’est une bien longue route que doivent parcourir les 2000 porcs avant de se jeter à l’eau du haut d’une falaise ! Il est vrai que Marc parle prudemment du “pays des Géraséniens”. Vu de Rome, cette imprécision n’avait pas beaucoup d’importance…

Mc 5,2-6 : Jésus descend de la barque. Le possédé aussitôt vient à sa rencontre. Cela suggère qu’il était près de la rive et guettait Jésus qui arrivait. Et voilà, après cela, qu’il accourt ayant vu seulement Jésus de loin !

Mc 5,8-10 : On commence par avoir affaire, semble-t-il, à un seul esprit impur (v.8). Puis à une légion (v.9.13), pour dire qu’il y en avait beaucoup (la Légion romaine comptait de 3000 à 6000 hommes !). Ici les démons étaient au moins 2000 pour se réfugier dans le troupeau de porc. Marc est le seul à préciser la taille du troupeau.

Mc 5,14-20 : On a l’impression que le récit se termine par deux finales différentes :

Finale 1 : les gardiens vont dans la ville annoncer la catastrophe de la mort du troupeau ; alors les gens demandent à Jésus de quitter les lieux ! (vv.14.17).

Finale 2 : l’ex-possédé doit aller à la ville annoncer sa guérison, sans qu’il soit fait aucunement mention des porcs (vv.19-20).

            Comment les expliquer ?

            Il semble bien que Marc ait eu connaissance de deux récits concernant cet exorcisme : un exorcisme classique auprès des tombeaux, et un exorcisme à proximité du lac, avec l’incident du troupeau de porc ; il les aurait simplement fusionnés.

            Essayons la reconstitution du premier récit : l’exorcisme du possédé :

« Ils arrivèrent dans le pays des Géraséniens.

Un homme possédé d’un esprit mauvais sortit du cimetière à sa rencontre ;

voyant Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui et cria de toutes ses forces :

“Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ?

Je t’adjure par Dieu, ne me fais pas souffrir !”

Jésus lui ordonna : “Esprit mauvais, sors de cet homme !”  (vv.1-2.6-8).

Et l’esprit mauvais sortit.

Comme Jésus remontait dans la barque, le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui.

Jésus n’y consentit pas, mais il lui dit : “Rentre chez toi, auprès des tiens,

annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde”.

Alors cet homme s’en alla, il se mit à proclamer dans la région de la Décapole

tout ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l’admiration ». (vv.18-20).

            Ce premier texte représente sans doute la forme primitive du récit. Jésus accomplit un exorcisme dans la région de Gérasa. Le possédé une fois guéri lui demande de faire partie de ses disciples. Jésus refuse à cause de ses origines païennes, mais l’envoie en mission sur son propre terrain. Il part aussitôt proclamer à la ville ce que Jésus vient de faire pour lui. Et tout le monde s’émerveille.

            Le récit a pu être plus tard ré-interprété à partir d’un certain épisode folklorique : la noyade accidentelle d’un troupeau de porc, dans le lac de Tibériade. Voici :

            Essayons la reconstitution du second récit : L’histoire des 2000 porcs.

« Jésus arriva dans la région de Gergesthan

et un homme possédé d’un esprit mauvais vint à sa rencontre.

Il habitait dans les tombeaux et personne ne pouvait plus l’attacher,

même avec une chaîne ; en effet, on l’avait souvent attaché avec des fers aux pieds et

des chaînes, mais il avait rompu les chaînes, brisé les fers,

et personne ne pouvait le maîtriser.

Et il criait : “Que nous veux-tu, Jésus, Fils de Dieu ?”

Et ils suppliaient Jésus avec insistance de ne pas les chasser en dehors du pays.

Or il y avait là, du côté de la colline, un grand troupeau de porcs

qui cherchait sa nourriture.

Alors les esprits mauvais supplièrent Jésus : “Envoie-nous vers ces porcs,

Et nous entrerons en eux. »

Jésus le leur permit.

Alors ils sortirent de l’homme et entrèrent dans les porcs.

Du haut de la falaise le troupeau se précipita dans la mer :

il y avait environ deux mille porcs, et ils s’étouffaient dans la mer.

Ceux qui les gardaient prirent la fuite,

ils annoncèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne,

et les gens vinrent voir ce qui s’était passé.

Les témoins leur racontèrent l’aventure du possédé et l’affaire des porcs.

Alors ils se mirent à supplier Jésus de partir de leur région. » (vv.1-5.7.9-17).

            Ce texte a intégré l’histoire des porcs au récit de l’exorcisme. Il fait venir Jésus plus près du lac que ne l’était Gérasa, dans la région de Gergesthan, qui est une ville imaginaire. Il attribue la noyade accidentelle du troupeau de porcs à l’action des démons que Jésus a chassés du corps du possédé. Il précise le nombre de démons : 2000, pour bien expliquer la panique qui s’est emparé du troupeau de porcs. L’épisode prend une tournure moins favorable à Jésus. Les gardiens courent à la ville pour annoncer le désastre. Les gens paniqués demandent à Jésus de quitter les lieux au plus vite !

            Marc, en fusionnant les deux récits, a ajouté un verset de liaison : v.9 : « Et il lui demandait : “Quel est ton nom ?” L’homme lui répond : “Je m’appelle Légion, car nous sommes beaucoup”. C’est ainsi que l’on fait passer le lecteur de un à 2000 démons qui entreront dans les porcs mystérieusement. Cela donne une idée du combat gigantesque contre la puissance du Mal qui asservit l’humanité, que Jésus va mener et gagner ici ostensiblement.

            D’autres détails complémentaires dans la logique du récit viendront enfin s’ajouter :

Avant l’exorcisme :« Sans arrêt, nuit et jour, il était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier et à se blesser avec des pierres » (v.5). 

Après l’exorcisme : « Arrivés auprès de Jésus, ils voient le possédé assis, habillé, et devenu raisonnable, lui qui avait eu la légion de démons, et ils furent saisis de crainte. » (v.15)

 

            Comment comprendre ces événements ?

 

(à suivre : suite et fin du commentaire).

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Publié dans MARC

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