Mc 5,1-20 L'Exorcisme du possédé de Gérasa (2e partie)
Mc 5,1-20 L’EXORCISME DU POSSÉDÉ DE GÉRASA (2epartie)
( voir aussi Matthieu 8,28-34 et Luc 8,26-39
Comment comprendre ces événements ?
Faisons quatre remarques :
1ère : Sur Jésus et les païens. Nous sommes en plein pays païen : la preuve en est qu’on y élève des porcs. Chez les Juifs, en effet, c’était impossible : ils avaient le porc – animal impur – en horreur. Nous sommes, de ce fait, dans un pays où règne davantage le pouvoir démoniaque, renforcé de peur superstitieuse. C’est ce que croyaient les juifs. Or Jésus va précisément chez ces gens-là en toute sérénité.
2e : Sur Jésus libérateur. Nous avons affaire ici à un aliéné, au plan physique, mental et religieux. Le type de toutes les aliénations qui empêchent l’homme d’être libre, mais surtout de la pire des aliénations qui est la possession démoniaque. Le diagnostic est facile à faire, si toutes les notations sont exactes : obsédé par la mort, masochiste, violent, exhibitionniste, énergumène… Jésus vient libérer cet homme de toutes ses aliénations.
3e : Sur Jésus et les démons. Nous assistons à l’effondrement de la puissance démoniaque devant Jésus. Cette puissance occulte reconnaît qu’elle a trouvé un plus fort qu’elle. Jésus en effet anéantit cet adversaire insaisissable instantanément. On ne donnera pas d’importance à l’épisode folklorique des porcs, sinon pour noter ce qu’il y a de sain à faire rire et à se moquer des démons… Jésus manifeste ici un pouvoir étonnant.
4e : Sur les gens face à Jésus. Les réactions des gens dans la finale 1 (le récit avec les porcs) sont typiques de notre humanité. Sans doute, le malheureux possédé, qui terrorisait la région, est guéri. Sans doute, femmes et enfants vont enfin pouvoir sortir sans danger. Mais tout de même, cela a coûté très cher : un troupeau de 2000 porcs ! Pour écarter le danger d’en perdre encore d’autres, il faut que Jésus s’en aille ! Mais peut-être aussi, ces gens ne veulent-ils pas d’un salut qui les ferait sortir de leur monde habituel ? Et Jésus qui est plus fort que le Mal, ne peut rien contre la liberté des hommes qui le refusent…
Et à travers tout cela, qu’est-ce que Jésus a voulu “enseigner” à ses disciples et à nous-mêmes ?
Jésus est venu susciter parmi les hommes une immense espérance, mais alors, jusqu’où faut-il espérer ?
Jésus est venu proclamer dans le monde entier la venue du Royaume de Dieu, mais jusques à quand faut-il l’attendre ?
À ces questions, il faut répondre, d’après ce que Jésus a dit et ce qu’il a fait : jusqu’à la libération totale de l’homme rendu à lui-même et à Dieu.
Par conséquent, et c’est ce qui ressort de ce miracle, jusqu’à la libération de tout pouvoir démoniaque, de toute peur superstitieuse et de toute aliénation religieuse.
Il y a des jours où on voit que des forces sans visage font des dégâts considérables (forces à l’œuvre dans des puissances anonymes ou dans des individus, qui favorisent ou imposent la drogue, le chômage, l’échec scolaire, l’exclusion, la violence raciste ou nationaliste, le mensonge institutionnalisé, le repli sur soi ou la “déprime”…). Bien sûr, des hommes sont en cause, mais cela dépasse tellement les individus…
Pourtant, comme on l’a déjà dit à propos de la “tempête apaisée”, celui qui croit en Dieu doit savoir qu’il ne peut rien lui arriver de mal, qui soit un vrai mal, et contre lequel il soit totalement sans défense, seraient-ce ses péchés, la puissance du mal en lui et l’action mauvaise de Satan. « Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28).
Ainsi le Royaume de Dieu, même s’il est combattu dans l’homme lui-même par des forces hostiles et mystérieuses, qui semblent parfois invincibles, est pourtant sûr de l’emporter par la puissance de Dieu que nous révèle Jésus. Il y a cette affirmation de Jésus qui doit être pour nous une certitude : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33). Relisons également la panoplie du chrétien pour le combat spirituel, tel que saint Paul la décrit en Éphésiens 6,10-17 : « Armez-vous de force dans le Seigneur… Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable… et aux esprits du mal… Debout donc ! à la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse, et comme chaussures aux pieds, l’élan pour annoncer l’Évangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire, la Parole de Dieu. ».
En terminant la lecture de ce passage, interrogeons-nous personnellement :
Sur nous même : sur nos peurs superstitieuses… sur nos idées aberrantes de Dieu… sur la tyrannie de nos défauts de caractère, de nos passions, de nos démons… sur toutes ces aliénations qui nous empêchent d’être libres…
Sur Jésus : qui fut lui aussi en butte à la puissance démoniaque déchaînée et qu’il vainquit en toutes circonstances par sa foi exemplaire en Dieu. Jésus est plus fort que les forces mauvaises de l’homme
Sur Dieu enfin que Jésus nous révèle ici comme Père, et Père tout-puissant qui, par amour de l’homme veut amener l’homme à sa totale libération. Quelle que soit sa déchéance (ici on se trouvait devant un véritable “monstre” humain, un être déshumanisé), l’homme peut être radicalement guéri et transformé par la puissance de Dieu. Voilà la Bonne Nouvelle !