Mc 5,21-24.35-43 LA RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 5,21-24.35-43  LA RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE

 

( voir aussi Matthieu 9,18-19.23-26  et  Luc 8,40-42.49-56 )

 

                Ce passage de l’Évangile relate deux guérisons : celle d’une femme souffrant de pertes de sang depuis douze ans, que nous avons méditée précédemment ; et celle d’une enfant de douze ans, fille du chef de synagogue, qui vient de mourir, et que nous allons méditer maintenant. Marc présente ces deux événements comme une catéchèse de foi en la Résurrection : ils annoncent non seulement la propre Résurrection de Jésus, mais toute la puissance de résurrection que le Seigneur ressuscité met en œuvre dans son Église.

                Ainsi dans ces deux miracles entrelacés, Jésus manifeste sa mission de “sauveur” (vv.23.28.34). Dans sa pensée, le salut physique renvoie au salut spirituel : « « Ta foi t’a sauvée ! » (v.34). La collaboration exigée de la personne qui veut le salut est l’acte de foi (vv.34.36). Saint Paul reprendra le même message : (Ga 3,21-31 ; Rm 10,5-13) : « Si tu crois dans ton cœur que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, alors tu seras sauvé » (Rm 10,9).

                Si la maladie est déjà perçue comme un très grand mal, la mort l’est bien davantage. Il y a donc comme une progression dans le récit de ces deux événements : la femme est guérie. Une enfant est rendue à la vie. Il y a aussi un contraste qui montre que Jésus est également bon pour tous. Pour la pauvresse, comme pour un chef de synagogue…

                Entrons dans le second récit…

                v. 21 : « Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord du lac. »

                               Jésus vient de guérir le possédé de Gérasa et a vu une légion de démons faire disparaître dans le lac un troupeau de 2000 porcs. Avec ses disciples il est contraint de quitter la rive est, la rive païenne du lac de Tibériade pour regagner “l’autre rive”, la rive occidentale en terre d’Israël.

                Il a à peine mis pied à terre “qu’une grande foule s’assemble autour de lui” : ce n’est pas encore le moment de prendre du repos ! La foule a besoin de lui : il ne peut pas se dérober. Les disciples sont en formation : ils doivent emboîter le pas !

                v. 22 : « Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds »

                v. 23 : « et le supplie instamment : “Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »

                               Le chef de synagogue était celui qui dirigeait les offices à la synagogue, qui veillait au bon ordre des assemblées et à l’entretien de l’édifice. C’était un des personnages les plus importants d’un village. Il semble qu’il conservait son titre même après avoir cédé le poste à un autre.

                Jaïre, dont le nom signifie en hébreu « celui qui éveille, qui illumine » (1 Ch 20,5), semblait chercher Jésus, comme on est à la recherche du docteur ou du Samu, pour secourir une personne gravement malade. Sa fille de douze ansest à toute extrémité ». Il demande à Jésus de venir lui imposer les mains, pour faire passer en elle sa puissance de vie. Il a appris, en effet, que Jésus en imposant les mains, guérissait toutes sortes d’infirmités (cf. Mc 6,5 ; 7,82 ; 8,23.25). Les croyants pourront en faire autant (Mc 16,18) !

                v. 24 : « Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. »

                               Jésus ne dit rien, mais il “il part avec lui” aussitôt. Une foule nombreuse l’accompagnait. Dans cette foule, il y avait “l’hémorroïsse, la femme qui souffrait de pertes de sang” qui va obtenir sa guérison en touchant le bas du manteau de Jésus. Cela va faire stopper tout le monde. La recherche de Jésus et son dialogue avec la femme va retarder l’arrivée de Jésus auprès de la fille de Jaïre. Jaïre a dû s’impatienter, se tordre les doigts, piétiner… peut-être dire tout bas : “Jésus ! l’état de ma fille est grave… Il est urgent de venir auprès d’elle…” Jésus en est bien conscient ! Mais peut-il ne pas s’occuper de cette pauvre femme qui espère tant de lui ? D’ailleurs Jésus veut profiter de la foi de cette femme, pour faire encore grandir la foi de Jaïre. C’est autant pour l’hémorroïsse que pour Jaïre que Jésus dit bien fort : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal » (v.34).

                v. 35 : « Comme Jésus parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : “Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »

                               « À quoi bon déranger encore le Maître ? » : pour les contemporains de Jésus, il était impensable de lui demander une résurrection, impensable d’imaginer que son pouvoir puisse s’exercer sur la mort ! Guérir un malade, oui ! Ressusciter un mort, c’est impossible ! Inutile de déranger le Maître : c’est trop tard… Cela souligne le paradoxe de la foi.

Marc amène ainsi le lecteur à se demander qui est ce Jésus qui commande à la mer, aux démons, et maintenant à la mort !

v. 36 : « Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : “Ne crains pas, crois seulement. »

Tout de suite, Jésus veut montrer au chef de synagogue qu’il ne l’a pas oublié, qu’il ne l’a pas laissé tomber, et que ce retard pour arriver à la maison va être l’occasion d’un signe d’amour plus grand encore que ce qu’il vient de voir.

« Ne crains pas » : Cette expression introduit souvent, dans l’Ancien Testament grec (la Septante), une venue de Dieu ou l’un de ses anges (Gn 15,1 ; Jos 8,1 ; Dn 10,12.19 ; Tb 12,17). C’est le signe annonciateur que la puissance divine va se manifester.

« Crois seulement ! » : Jésus opère des miracles là où il décèle la foi. Sans elle, le miracle ne pourrait prendre toute sa signification (Mc 2,5 ; 5,36 ; 7,29 ; 9,23 ; 10,52 ; et surtout 6,5-6). Maintenant que la fille de Jaïre n’est plus seulement « à toute extrémité » (v.23), mais qu’elle est « morte » (v.35), il faut au chef de la synagogue une foi de qualité supérieure (v.36).

v. 37 : « Jésus ne laissa personne l’accompagner, sinon Pierre, Jacques et Jean son frère. »

                Jésus n’aime pas faire du sensationnel : il en avait pourtant ici l’occasion ! Il préfère, chaque fois que c’est possible, accomplir ses miracles dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui, il emmène seulement trois témoins qualifiés, les trois qui seront aussi témoins de sa transfiguration (Mc 9,2) et de son agonie (Mc 14,33). Leur propre foi pourra en être soutenue, et soutenir celle des autres le moment venu.

 La puissance de Jésus ne veut pas être une puissance magique : il fera lui-même l’expérience tragique de l’agonie et de la mort que vient de connaître cette jeune fille. Le seul salut définitif, c’est la Pâque dernière, l’entrée dans la Vie éternelle.

v. 38 : « Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. »

v. 39 : « Il entre et leur dit : “Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, elle dort. »

v. 40 : « Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille. »

                La fille de Jaïre est vraiment morte : des gens de la maison le disent (v.35) et les démonstrations bruyantes du deuil l’attestent (v.38). Les personnes présentes se moquent de Jésus qui parlent plutôt de sommeil ! Une vraie résurrection va donc être opérée.

La foi de Jaïre est mise à rude épreuve, celle des trois disciples aussi, face à l’incrédulité massive des proches qui se « moquaient » de Jésus. Mais Jésus les écarte et pénètre dans le calme auprès de la jeune morte, accompagné des parents – il a besoin de leur foi – et des disciples. « Ne crains pas ! Crois seulement ! »

v. 41 : « Jésus saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

« Talitha koum » : Marc est le seul à rapporter ces mots en araméen, langue maternelle de Jésus. Il tenait ce récit de Pierre, qui y était. Ce sont ces petits détails qui trahissent le témoin oculaire. Ces souvenirs ont été cueillis sur les lèvres de quelqu’un qui a entendu, et qui en fut bouleversé. Toute sa vie, Pierre a retenu ces deux mots : « Talitha koum ! » 

« Ce qui signifie : “Jeune fille, je te le dis, lève-toi” » : En fait, les deux mots araméens se traduisent de manière beaucoup plus courte : « Fillette, debout ! » Mais l’évangéliste a éprouvé le besoin de paraphraser, et il a utilisé un mot-clef chez les premiers chrétiens “d’après Pâques” : « Lève-toi », en grec “égeiré”, c’est-à-dire, « réveille-toi ». C’est le mot utilisé pour dire la résurrection de Jésus. Ce mot a une saveur pascale. C’est l’opposé du mot « dormir » que Jésus avait utilisé plus haut pour parler de la mort. Oui, pour Jésus, la mort n’est plus tout à fait la mort, c’est un sommeil avant un réveil. Le nom de Jaïre, on l’a vu, signifie « celui qui réveille, qui illumine » ; il évoque le baptême. L’épître aux Éphésiens a conservé un fragment précieux d’une hymne baptismale, qui exprime très bien cette réalité : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Eph 5,14).

Par mon baptême, j’ai reçu le même bienfait que cette jeune fille : je suis passé de la mort à la vie ! Ma vie éternelle est déjà commencée : je dois être quelqu’un qui ne cesse de “se lever”, de “s’éveiller” ! Entendre Jésus me redire sans cesse : « Debout ! Lève-toi ! Réveille-toi ! Ressuscite ! »

v. 42 : « Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher ; elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés. »

Comment ne pas être bouleversés nous-mêmes devant un tel miracle, où la vie triomphe de la mort, en sachant que cela reste vrai pour nous aussi. Jésus a déclaré – et vécu en lui-même - la mort réelle, mais non pas définitive. Dieu, notre Père, est maître de la mort : il ne faut pas en avoir peur. Si Dieu a créé l’homme mortel, c’est pour lui faire dépasser la mort. La mort nous force à grandir dans la foi qui, elle, nous ouvre à la vie de Dieu.

Le miracle est un signe proposé à la foi par lequel Jésus révèle aux témoins la connaissance de Dieu le Père. Un tel signe est inutile pour tous ceux que Dieu n’intéresse pas, préoccupés seulement par leurs intérêts et leurs divertissements. En définitive, le miracle ne fait pas croire, c’est la foi qui déchiffre le miracle.

v. 43 : « Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger. »

La consigne de silence vient renforcer l’idée déjà exprimée que les vrais mystères de Jésus sont inaccessibles à ceux qui n’ont pas la foi. Inutile de montrer un miracle sensationnel : il serait pris pour un acte magique ; or Jésus s’est toujours refusé à être pris pour un magicien. Mais il est évident qu’il devait être presque impossible de passer sous silence un tel geste de puissance… Marc y tient beaucoup pour favoriser la découverte progressive de la mission de Jésus.

« Puis il leur dit de la faire manger » : certes une attention délicate et touchante ; mais aussi preuve de la réalité de la résurrection de la jeune fille ; et en plus, dans la symbolique baptismale, celui qui est “passé de la mort à la vie” par le baptême, est introduit ensuite à la table de l’eucharistie : un vivant se nourrit… un baptisé mange le pain de Vie… Nourriture de notre Foi !

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Publié dans MARC

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