Mc 6,1-6a ÉCHEC DE JÉSUS À NAZARETH

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 6,1-6a  ÉCHEC DE JÉSUS À NAZARETH

 

( voir aussi Matthieu 13,53-58  et  Luc 4,16-20 )

 

                Cette scène sert de conclusion à la section qui précède : Jésus s’est manifesté en paroles (chapitre 4) et en actes (chapitre 5) comme l’envoyé de Dieu ; pourtant, ceux qui sont proches de lui, par le sang ou l’habitat, ne croient pas (6,6) ; Jésus rencontre en eux un manque de foi tenace !

C’est ce qui se passe pour les gens de Nazareth, les gens de son village, ceux qui se sont fait une idée de Jésus et qui ne sont pas disposés à se laisser interroger par une réalité nouvelle : ils ne découvriront peut-être jamais la véritable identité de Jésus.

                v. 1 : « Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. »

                v. 2 : «  Le jour du sabbat, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : “D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? »

                v. 3 : « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?” Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. »

                                Jésus revient à Nazareth, le village de son enfance, son pays d’origine. S’il est né à Bethléem, c’est accidentellement, en raison du recensement. Mais Jésus a passé son enfance et sa jeunesse à Nazareth, petit village de Galilée qui devait compter à cette époque environ cent cinquante familles. On y vivait très simplement, de la culture des oliviers et de la vigne, avec un peu d’orge et de blé. Chaque famille possédait quelques chèvres. Chacun faisait son pain à la maison. Le samedi, tous se rendaient à la synagogue pour la prière commune.

                Jésus était, à la suite de Joseph, le charpentier du village. En quoi consistait son travail ? Il pouvait fabriquer les meubles, les lits, les portes que les familles ne fabriquaient pas ; la vie était rustique : on couchait souvent sur des nattes posées à terre, et on mangeait assis par terre, très simplement. Le charpentier était surtout le dépanneur du village, capable de réparer les jougs et les charrues en bois d’une population paysanne.

                Jésus se rend à la synagogue, le jour du sabbat. Il se fond au milieu des autres habitants. La coutume voulait qu’un homme de l’assemblée, surtout s’il était de passage, soit invité à lire et à commenter l’Écriture. Le chef de synagogue, ce jour-là, confie ce rôle à Jésus. Marc ne précise pas quel fut le texte lu et commenté par Jésus. Il signale seulement “l’étonnement” et l’incrédulité de beaucoup des auditeurs. Comment cet humble charpentier peut-il est rempli d’une telle sagesse ? Comment peut-il posséder un tel pouvoir de guérison ? On a du mal à reconnaître les talents de celui que l’on a vu grandir au sein d’une famille modeste ! Aussi l’assistance passe-t-elle de l’admiration (“frappés d’étonnement” v.2) au scepticisme (“Quelle est cette sagesse ? vv.2-3), à l’opposition (“profondément choqués” v.3), puis au rejet catégorique (“leur manque de foi” v.6a). L’ensemble d’Israël connaîtra une évolution semblable.

                Dans l’assistance il y a des membres de la famille de Jésus : certains partagent les sentiments de l’assemblée. Il y en a aussi qui sont proches de Jésus. Marc cite le nom de quatre de ses cousins, qui ont fait partie de l’environnement de Jésus. À la mode orientale ils sont appelés ses « frères » ; en fait, l’Évangile nous fait connaître le nom de leurs parents : au pied de la croix, on trouve Marie (mère de Jésus), l’autre Marie, femme de Clopas, et sœur de Marie, mère de Jésus, et Marie Madeleine (Jean 19,25) ; un autre texte donne cette autre Marie, comme la mère de Jacques et de Joseph… Les quatre cousins de Jésus : Jacques, José (Joseph), Jude et Simon, auraient donc pour parents : l’autre Marie et Clopas (voir aussi : Galates 1,9 ; Jude 1,1 ; Actes 1,14). Si Marie avait eu d’autres enfants, Jésus, sur la croix, avant de mourir, n’aurait pas confié sa mère à l’apôtre Jean “qui la prit chez lui” (Jn 19,26-27).

                v. 4 : « Jésus leur disait : “Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. »

                                C’est dans sa famille, hormis Marie, que Jésus a été le plus “méprisé” : on s’est mépris sur lui. Une certaine familiarité peut faire écran à la profondeur des relations. Réduire Jésus à des dimensions humaines, à un simple rôle de guérisseur, c’est le mépriser. Ce qui fait la vraie parenté, la vraie famille avec Jésus, ce ne sont pas les liens du sang, c’est la foi : « Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère »(Mc 3,35). Jésus s’est fait une nouvelle famille : ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique.

                En prononçant cette parole, Jésus montre aussi qu’il savait à l’avance quel sort serait le sien : celui de tous ces prophètes qu’Israël tua l’un après l’autre (Ac 7,52)…

                v. 5 : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. »

                                Le miracle est une réponse de Jésus à une foi exprimée : « Ta foi t’a sauvée » dira Jésus à une malade qu’il guérit (Mc 5,34). Par contre on le verra refuser tout signe aux pharisiens incrédules (8,11-12).

                Jésus nous apprend ici qu’une guérison, même faite avec l’imposition des mains de Jésus, n’est pas forcément un miracle. Il veut nous dire qu’il faut la foi pour qu’il y ait un miracle véritable. On peut donc dire que le miracle n’est pas suffisant pour donner la foi. Il faut la foi pour comprendre le miracle et pour l’accueillir.

                v. 6a : « Jésus s’étonna de leur manque de foi ».

                               Ce refus de la foi semble bien une des caractéristiques de toute la seconde phase du ministère de Jésus. Jésus est ici comme désarmé face au phénomène de l’incroyance. Cela manifeste son infini respect de la liberté humaine au regard de la non-foi de ses compatriotes. Combien de parents aujourd’hui se trouvent devant le même phénomène, de la part de leurs propres enfants !

                La foi est un regard - ou une écoute -  ou une ouverture du cœur à Dieu, la certitude que Dieu existe et qu’il pourrait bien nous concerner, et par conséquent, nous donner des signes de re-connaissance. Ce dialogue avec Dieu - car c’en est un – Dieu le commence toujours. Ce n’est pas nous qui pouvons faire le premier pas puisque, justement,  nous ne le connaissons pas. Il faut que Dieu suscite, simultanément et en concordance, la foi dans notre cœur et des signes dans notre vie. Sollicités par la lumière que Dieu ne manque jamais de nous donner, nous pouvons réagir librement ou par le refus ou par l’accueil.

                Si nous nous refusons à la lumière intérieure qui nous vient de Dieu, par orgueil, par attachement à nos idées ou au qu’en dira-t-on, par enlisement de notre être spirituel dans les plaisirs charnels, par désir immodéré de l’argent ou souci excessif de ce monde, nous ne pouvons plus accueillir le don de la foi et pour nous, alors, il n’y a plus de signes.

                Si, au contraire, nous nous ouvrons à la foi, tout peut devenir « signe de Dieu », tous les événements, petits ou grands, malheureux ou heureux, exactement comme étaient pour les contemporains de Jésus ce qu’il disait et ce qu’il faisait, sa sagesse et ses miracles. Une foi authentique peut alors commencer, et avec elle une vie vraiment heureuse, une sorte de jaillissement inépuisable de paix, de joie et de lumière, malgré toutes les épreuves, maladie, séparation, échec, mort, - toute peur, quoique vraiment ressentie, étant alors dépassée.

                Alors, comme l’a écrit Roger Garaudy : “Chacun peut, à chaque instant, commencer un nouvel avenir”. Telle est la Bonne Nouvelle, ou Évangile, apportée par Jésus-Christ !

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Publié dans MARC

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