Mc 6,14-16 L'OPINION D'HÉRODE SUR JÉSUS

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 6,14-16  L’OPINION D’HÉRODE SUR JÉSUS 

 

( voir aussi Matthieu 14,1-2  et  Luc 9,7-9 )

                Les Douze sont partis en mission, certainement pour quelques semaines : Marc fait une pause dans le récit des activités de Jésus. Il en profite pour insérer trois réponses habituelles à la question : Qui est Jésus ? On les retrouvera au Ch 8, lorsque Jésus posera la question à ses disciples, non loin de Césarée de Philippe. Il fait ici intervenir habilement l’opinion du roi Hérode Antipas, ce qui prépare le récit de la mort de Jean-Baptiste, qu’il va insérer juste après (Mc 6,17-29).

              Marc montre qu’on peut répondre de différentes façons à la question de l’identité de Jésus : l’opinion d’Hérode et l’opinion du peuple. Mais aucune ne rend compte de toute la réalité. Personne ne peut, par ses propres réflexions, confesser que Jésus est Christ et Fils de Dieu (Mc 1,1). Il faudra encore attendre le chapitre 8, pour que Pierre, “inspiré par le Père” (Mt 16,17), puisse en faire l’affirmation (Mc 8,27-30).

                v. 14 : « Comme le nom de Jésus devenait célèbre, le roi Hérode en entendit parler. On disait : “C’est Jean le Baptiste qui est ressuscité d’entre les morts, et voilà pourquoi il a le pouvoir de faire des miracles.” »

                               La Palestine est petite. La prédication et les miracles de Jésus sont vite connus dans le pays. Et maintenant que les six groupes de disciples arpentent les villages, on en cause davantage. Hérode en est régulièrement informé. Mais il est troublé : la mort de Jean-Baptiste lui pèse sur la conscience. Alors il s’interroge, et en conclut avec une partie de l’opinion : Jésus pourrait bien être Jean-Baptiste ressuscité d’entre les morts ! Ils prêchent tous les deux un même message de conversion... Alors il en éprouve de la crainte…

                Cette première opinion qui identifie Jésus à Jean-Baptiste, et donnent comme explication que les puissances qui agissent en Jésus proviennent de Jean-Baptiste, est erronée. Le début de l’Évangile de Marc, avec le baptême de Jésus montre bien quelle est la puissance qui agit en lui. D’autre part Jean-Baptiste avait lui-même déclaré : « Voici venir derrière-moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisés dans l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,7-8). Plus loin, en 3,29, il est expliqué que c’est l’Esprit Saint, reçu au baptême (1,10), qui est la puissance par laquelle Jésus chasse les démons (cf. 1,12-13). Par ailleurs, le corps de Jean-Baptiste a été emporté et mis au tombeau par ses disciples ; il n’y a pas eu de résurrection.  Identifier donc Jésus avec Jean, c’est méconnaître l’un et l’autre, et c’est ignorer tout de leur mission respective : l’un préparait la mission de l’autre : « Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3,30).

                v. 15 : « Certains disaient : “C’est le prophète Élie”. D’autres disaient encore : “C’est un prophète comme ceux de jadis”. »

                               Une seconde opinion reconnaît en Jésus le prophète « Élie ». C’est là également une erreur. Le prologue de Marc a présenté Jean-Baptiste comme « l’Élie qui doit venir », d’après la prophétie de Malachie (3,1), citée en Mc 1,2. Jean-Baptiste lui-même a confirmé cette mission quelques versets plus loin (1,6-8) ; sa description correspond à celle d’Élie faite au roi Achaz au deuxième livre des Rois (1,8). Au chapitre 9, il sera encore question d’Élie (Mc 9,11-13). Là, c’est Jésus lui-même qui révèle aux disciples que l’Élie « qui doit venir d’abord » et « tout remettre en ordre » (cf. Ml 3,1.23) est Jean-Baptiste, lui qu’ils « ont traité à leur guise » (9,13 en le décapitant (6,17-29). Ce passage ne fait que confirmer que pour Marc, Jean-Baptiste est l’Élie précurseur, annoncé par Malachie. Jésus étant venu après Jean-Baptiste, le « temps est accompli » (1,15), le rôle d’Élie a été rempli : il n’a plus à être attendu.

                La troisième identification parle de Jésus comme d’un « prophète », (littéralement : « un prophète comme un des prophètes, c’est-à-dire dire, un prophète comme les autres ». Jésus est prophète : il s’est servi lui-même de ce terme pour se désigner à Nazareth (Mc 6,4). Mais il n’est pas “un prophète comme les autres”. Il est « le Prophète  par excellence », le dernier des prophètes, le nouveau Moïse annoncé par la prophétie du Deutéronome 18,15 : « Le Seigneur ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme toi, que vous écouterez » et 18,18 : « Je leur susciterai, du milieu de leurs frères, un prophète semblable à toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche et il leur dira tout ce que je commanderai. » Le prologue présentait Jésus non seulement comme supérieur à Jean-Baptiste, « l’Élie qui devait venir d’abord », mais précisément comme le nouveau Moïse, le prophète attendu pour la fin des temps, sous la conduite duquel le nouvel Exode devait avoir lieu. La remontée des eaux du baptême, la vue des cieux déchirés et la descente de l’Esprit (Mc 1,10) sont trois traits qui contribuent à qualifier Jésus comme le prophète, celui qu’on attendait pour la fin des temps, comme dernier libérateur, à l’image du premier Moïse. Le prologue affirme d’ailleurs bien plus que cette seule identification, puisqu’il désigne Jésus  par les termes de « Christ » (1,1), de « Seigneur » (1,3) et de « fils bien-aimé » de Dieu (1,11).

                Donc trois identifications erronées : la première étant la plus exagérée et la troisième la plus proche de la vérité. Les Juifs n’avaient pas encore découvert en Jésus sa vocation propre, unique, celle du Messie…

                v. 16 : « Hérode entendait ces propos et disait : “Celui que j’ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité. »

                Hérode ironisait sans doute !  La croyance en la résurrection ne devait pas avoir beaucoup de prise sur cet helléniste (Ac 17,32).

                Mais cela fait une bonne introduction à Marc pour relater les circonstances de la mort du précurseur. Ce sera le prochain commentaire.

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Publié dans MARC

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