Mc 6,6b-13 L'ENVOI EN MISSION DES DOUZE
Mc 6,6b-13 L’ENVOI EN MISSION DES DOUZE
( voir aussi Matthieu 9,35 ; 10,1.7-11.14 et Luc 9,1-6 )
Ici commence une nouvelle section qui se terminera en 8,26 et qu’on pourrait intituler : La mission vers les païens. Cette section mettra en relief les rapports qu’eut Jésus avec ses disciples, ainsi que la difficulté de ces derniers à comprendre la mission de Jésus et celle qu’il leur confie. L’envoi des Douze en mission en constitue comme le préambule. Ce texte suit et prolonge le récit de l’institution des Douze : Marc 3,13-19.
v. 6b : « Alors Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant. »
Jésus est toujours en mouvement chez Marc ! Il n’attend pas que les gens viennent. Il ne les attend pas dans la synagogue, ou au bord du Jourdain, comme Jean-Baptiste. Il va au-devant d’eux, dans leur village, les rencontrer sur leur terrain.
v. 7 : « Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie…
« Les Douze » sont une petite équipe de disciples soigneusement choisie par Jésus, complétée peu à peu, qui sont toujours “avec lui” (Mc 3,13-14), et qui l’accompagnent partout où il va. Le nombre est symbolique, indiquant que Jésus avait l’intention de faire naître comme un nouveau peuple d’Israël, dans la lignée des « douze » patriarches et des « douze » tribus.
Jésus a pris tout son temps pour les regarder, les éprouver et les former. Eux, à longueur de journées et même de nuits, ont vu Jésus agir et l’ont entendu parler. Le moment est venu pour Jésus de les associer plus étroitement à son œuvre (Mc 3,14-15), en les envoyant annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et en guérissant les malades. Pour la première fois, ils vont se trouver seuls. C’est le temps de l’Église qui commence…
On peut admirer ici l’audace de Jésus confiant une grande responsabilité aux Douze, alors qu’il connaît leurs limites et leurs défauts ; son humilité aussi, car il se dessaisit de sa propre mission et partage son pouvoir ; et sa confiance dans le Père, qui agira aussi par eux.
C’est ainsi que la mission des Douze va relayer celle de Jésus, avec le même but et les mêmes moyens.
Le même but : refaire l’homme par le dedans. Sauver tout l’homme et tous les hommes. Pour refaire l’homme, il faut enseigner et guérir, comme le fait Jésus. Toutefois les guérisons et les miracles ne sont que les signes visibles d’une foi intérieure qui s’ouvre à Dieu et d’une action de Dieu ainsi rendue possible permettant la conversion du cœur.
Les mêmes moyens : nous le noterons plus loin…
v. 7 (suite) : « … il les envoie deux par deux…
Marc est le seul à préciser ici que Jésus envoie ses disciples deux par deux. Luc reprendra cette idée plus loin, à propos de la mission des 72 disciples (Lc 10,1). La coutume d’aller deux par deux est juive. Il faut être « deux » pour qu’un témoignage soit valable (Dt 17,6 ; 19,15). La sagesse des peuples a créé toutes sortes de dictons populaires en ce sens : « Deux hommes valent mieux qu’un seul… en effet, s’ils tombent, l’un relève l’autre. Mais malheur à celui qui est seul ! » (Qohélet 4,9). Cela était pratiqué au début de l’Église par Paul et Silas (Ac 15,40), Barnabé et Paul (Ac 13,2), puis par Barnabé et Marc (Ac 15,39), etc. C’est en même temps très moderne dans l’Église : la première règle de l’apostolat, c’est de « faire équipe », de ne pas travailler seul. La vie fraternelle est déjà une prédication de l’amour, avant même d’en parler : « Voyez comme ils s’aiment ! » Notre témoignage doit garder sa forme communautaire pour être crédible.
v. 7 (fin) : « … Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais. »
Aux versets 12 et 13 : on constatera qu’ils ne mettront pas longtemps à en faire usage !
v. 8 : « Et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. »
v. 9 : « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
v. 10 : « Il leur disait encore : “Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. »
Les consignes données par Jésus à ceux qu’il envoie visent à leur garder la plus grande liberté possible. On aurait pu s’attendre à des recommandations concernant leur prédication : non ! il s’agit d’abord du témoignage de vie qu’ils vont donner : cela passe avant tout ! Jésus veut des troupes légères, toujours prêtes à partir ailleurs. Il insiste sur la simplicité et la pauvreté. Comme les messagers qui parcouraient les routes du pays devaient s’encombrer le moins possible pour porter rapidement les nouvelles dont ils étaient chargés, ainsi les messagers de la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu doivent se garder de tout ce qui pourrait limiter leur liberté d’action ou de parole.
« Si ce n’est un bâton » : comme l’ont tous les pèlerins, parce qu’il faudra beaucoup marcher, et qu’il sera utile pour les dangers de la route. Quand on lit les récits de Paul, on voit que ce n’est pas superflu ! (2 Co 11,26).
« Mettez des sandales » : en Palestine on marchait sans doute pieds nus ; mais à Rome le port des sandales s’était généralisé. Par contre, pas de réserve. Un équipement léger. Un dépouillement qui va loin, mais qui reflète aussi la façon de s’habiller et de voyager de l’époque. Jésus avait donné l’exemple, lui qui n’avait pas « d’endroit où reposer la tête » (Mt 8,20).
« Restez dans la maison qui vous offre l’hospitalité » : pour ne pas donner lieu au reproche d’instabilité. Changer constamment de lieu de résidence serait perçu ainsi.
v. 11 : « Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
À l’exemple de Jésus, les apôtres vont connaître les refus, les oppositions, l’incroyance. Ils doivent apprendre à ne pas se laisser décourager par un accueil négatif, et à poursuivre leur chemin. La “mission”, c’est difficile ! Jésus en a averti à l’avance ceux qu’il a envoyés prêcher l’Évangile.
« Partez en secouant la poussière de vos pieds » : le geste de secouer ostensiblement la poussière de ses sandales est un acte symbolique à comprendre en fonction de la mentalité juive. Commentant ce verset, le P. Lagrange écrit : « Les Juifs regardent comme impure toute terre qui n’était pas la terre d’Israël, en particulier parce que les Gentils (les païens) n’observaient pas les règles de purification par rapport aux morts. En rentrant en Terre Sainte, il était donc nécessaire de se débarrasser du contact de la terre impure. » Les Actes des Apôtres illustrent bien la signification de ce geste, reproduit par saint Paul lorsque les Juifs d’Antioche de Pisidie refusèrent d’ajouter foi à ses paroles (Ac 13,51) : « C’était à vous d’abord qu’il fallait annoncer la Parole de Dieu. Puisque vous la repoussez et ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens. » (Ac 13,6). Ces paroles, comme ce geste, ont pour but d’amener les auditeurs à réfléchir sur les conséquences de leur refus de croire.
v. 12 : « Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. »
v. 13 : « Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. »
La mission des Douze est identique à celle de Jésus (1,15), mais aussi à celle de Jean-Baptiste (1,4) rendue itinérante.
Les Douze font exactement ce qu’ils ont vu faire à Jésus.
Ils appellent d’abord les gens à un changement de vie, à une conversion, à une nouvelle façon de remplir leur vie, parce que maintenant Dieu vient les visiter et inaugurer la mise en place d’un monde nouveau sur des bases nouvelles. On comprend que l’accueil n’ait pas été chaleureux partout !
Ils donnent des signes de vie, de Bonne Nouvelle. Ils remettent les gens debout. Ils rétablissent les corps, les conditions d’existence. Ils donnent comme Jésus les signes du monde nouveau de Dieu qui vient. Ils apportent une espérance, une libération, un renouvellement de la vie sociale…
Ils chassent les démons. Ils partent combattre contre des puissances mystérieuses et insaisissables, qui cherchent à maintenir les personnes dans les ténèbres, pour mieux exercer leur pouvoir sur eux. C’est un vrai combat, contre un redoutable adversaire, une lutte contre le règne du mal dans le monde. Mais ils ont cette certitude affirmée par Jésus : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16,33).
Ils font des onctions d’huile. À l’époque de Jésus, on appliquait de l’huile sur des plaies ou sur des membres malades pour hâter la guérison. Les Apôtres emploient des gestes dont la signification est claire à leur époque pour signifier le salut qu’ils annoncent.
EN CONCLUSION : Les MOYENS d’évangélisation conseillés aux Douze par Jésus :
ØD’abord une mission itinérante : en parcourant les villages à la ronde : la Bonne Nouvelle est offerte.
ØPartir deux à deux : pour s’entraider l’un l’autre en chemin, mais aussi pour un témoignage vrai.
ØPorter une tenue légère : pour aller vite, plus librement, plus efficacement, et voir bcp de gens.
ØAvec désintéressement : « pas de… » est répété 3 fois ! L’oubli de soi donne priorité à la mission.
ØAvec discernement : l’hospitalité sera le signe d’un accueil ou d’un refus fait à Dieu et à sa Parole.
ØD’où cette règle d’action : devant un refus, s’en aller ailleurs, sans rien emporter…
Cela reste un « défi » pour les Apôtres de tous les temps !