Mc 6,17-29 LA MISE À MORT DE JEAN-BAPTISTE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 6,17-29  LA MISE À MORT DE JEAN-BAPTISTE

 

( voir aussi Matthieu 14,3-12  et  Luc 3,19-20 )

 

                Le rappel de la mort de Jean-Baptiste, que Marc insère dans le récit de la mission des Douze (le v.30 suit bien le v.13), montre comment un prophète est rejeté (voir 6,4) : ce sera aussi le sort des témoins de l'Évangile, qu’il s’agisse de Jésus, des Douze ou de chrétiens de chaque époque… Le récit de Marc est le plus détaillé ; le plus court est en Luc.

v. 17 : « Car c’était lui, Hérode, qui avait fait arrêter Jean et l’avait mis en prison. En effet, il avait épousé Hérodiade, la femme de son frère Philippe. »

                v. 18 : « et Jean lui disait : « Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère. »

                v. 19 : « Hérodiade en voulait donc à Jean, et elle cherchait à le faire mettre à mort. Mais elle n’y arrivait pas »

                v. 20 : « parce que Hérode avait peur de Jean : il savait que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait ; quand il l’avait entendu, il était très embarrassé, et pourtant il aimait l’entendre. »

                               Essayons de nous faire une idée de la grande famille des HÉRODE :

HÉRODE LE GRAND [ 73 à -4 av.J.C.]

Il épouse 10 femmes (ici les cinq premières)

( Mt 2,1-22 ; Lc 1,5 )

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1 Doris

2 Mariamne I

3 Mariamne II

4 Malthaké

5 Cléopâtre

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Antipater

4 av.J.C.

Alexandre

† 7 av.J.C.

Aristobule

† 7 av.J.C.

Hérode

Philippe I

 

Mt 14,3-11

Mc 6,17-28

Lc 3,19

Archélaüs

 

4 av.J.C.

destitué en

6 aprèsJC

Hérode

Antipas

4 av.J.C.

destitué en

39 ap J.C.

Mt 14,1-10

Mc 6,14-28

Lc 3,1-19

Philippe II

4 av. J.C.

† 34 ap. J.C.

 

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Hérode II

de Chalkis

épousera

Bérénice

 

Ac 25,13-27

Ac 26

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Hérode le Grand fait tuer les enfants (Saints Innocents) après la naissance de Jésus. Il meurt en  4 av. JC

Il a fait tuer les enfants de ses 2 premières épouses.

À sa mort son royaume est divisé en 4 pour les fils des trois épouses suivantes.

Hérode Antipas sera contemporain de Jésus.

Hérode Philippe avait pour épouse Hérodiade (fille de son frère Aristobule). Ils ont eu ensemble une fille : Salomé.

Hérode Antipas attirera à lui Hérodiade, accompagnée de sa fille : ce sera la cause de la mort de Jean-Baptiste.

Salomé épousera Philippe II, fils de Cléopâtre.

Hérode II

de Chalkis

41-48 ap.JC

Hérode

Agrippa I

37-44 ap.JC

Actes 12

Hérodiade

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Salomé

 

Mt 14,6-11

Mc 6,22-28

 

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Bérénice

 

Actes 25 et 26

Drusille

 

Actes 24,34

H. Agrippa II

50-94 ap.J.C.

Actes 25 et 26

             

 

N.B. On connaît avec certitude l’année de la mort d’Hérode le Grand : 750 de la fondation de Rome, ce qui correspond à l’an 4 avant J.C. de notre calendrier.  En effet, au VIesiècle ap. JC, Denis le Petit, un moine chargé d’établir le calendrier de l’ère chrétienne, fit, par erreur, naître Jésus en 754 de la fondation de Rome, (au lieu de 748 vraisemblablement), soit 4 ans après la mort d’Hérode le Grand… Cela permet d’affirmer que la chronologie chrétienne est erronée d’au moins 6 ans. Jésus est donc né environ en – 6 avant J.C.

                Revenons à l’époque de Jésus : Hérode Antipas, après avoir répudié son épouse, qui était une fille du roi nabatéen Aretas IV), pris la femme de son frère Hérode Philippe I. Or la Loi interdisait une telle union : Lv 20,21 ; 18,16. C’est ce que Jean-Baptiste lui rappelait régulièrement, et qui lui attira la haine d’Hérodiade, la femme infidèle.

                Il est noté que Hérode “protégeait” Jean-Baptiste, c’est-à-dire qu’il le respectait, avec une réelle estime pour cet “homme juste et saint”. Mais il ne saura pas résister à la pression d’Hérodiade, la femme usurpée, au charme de Salomé, et à la folie de sa promesse devant de nombreux témoins.

                Le verset 20 rapproche Jésus de Jean-Baptiste. On a dit en effet de Jésus : « Lui, le saint et le juste » (Ac 3,14) ; et Marc a noté aussi que « la foule l’écoutait avec plaisir » (12,37). C’était peut-être pour Hérode une façon de protéger le Baptiste, que de l’emprisonner (6,17.20) : il le soustrayait ainsi aux poursuites d’Hérodiade (v.19). L’illustre prisonnier pouvait être pour Hérode le philosophe ou le moraliste de service dans la compagnie duquel il se plaisait (cf. le cas de Paul, Ac 24,24-26).

                Le récit de Marc est très “travaillé” ; il est présenté en deux parties :

Ø v. 17-20 : présentation des divers personnages : Hérode “protège” Jean-Baptiste…

Øv. 21-29 : tout bascule à partir d’une danse, d’une promesse malheureuse, de la haine d’une femme infidèle et de la faiblesse, de la lâcheté d’un prince…

Le récit de Marc est confirmé par un historien juif contemporain, Flavius Josèphe, qui précise l’arrestation et la mise à mort de Jean (“dont la prédication provoquait l’agitation publique”…) par Hérode, et indique que le nom de la jeune fille était Salomé.

v. 21 : « Cependant, une occasion favorable se présenta lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un banquet à ses dignitaires, aux chefs de l’armée et aux notables de la Galilée. »

Marc est le seul à préciser la liste des invités.

v. 22 : « La fille d’Hérodiade fit son entrée et dansa. Elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : “Demande-moi tout ce que tu veux, je te le donnerai”. »

v. 23 : « Et il lui fit ce serment : “Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. »

Il est étonnant qu’une princesse, à cette époque, ait dansé devant une telle assemblée d’invités, au cours du banquet. Hérode lui montre une générosité royale. La présence de tant de dignitaires (v.21) et le serment prononcé devant eux (v.23), lierait un prince un tant soit peu vaniteux !

Ce serment d’Hérode au cours d’un grand banquet fait penser curieusement au roi Assuérus s’adressant à Esther, au cours d’un autre grand banquet : « Quelle est ta demande, reine Esther ? Elle te sera accordée ! Quelle est ta requête ? Jusqu’à la moitié du Royaume, elle sera exaucée » (Esther 5,6 ; 7,2).

v. 24 : « Elle sortit alors pour dire à sa mère : “Qu’est-ce que je vais demander ?” Hérodiade répondit : “La tête de Jean le Baptiste”.

Hérode avait fait une promesse à la jeune fille qui avait dansé (v.22). L’attention du lecteur est maintenant tournée vers cette mère Hérodiade qui, on le sait (v.19), voulait faire mourir Jean-Baptiste. Le récit des vv.24-28 sera unifié par la mention de la mère au début et à la fin du récit. Cette inclusion est significative : c’est la haine que nourrit Hérodiade qui décidera du sort du Baptiste.

Cette haine en Hérodiade fait penser à Jézabel cherchant à faire périr le prophète Élie (1 R 19) ; Jean-Baptiste a été présenté comme un nouvel Élie (Mc 1,6).

v. 25 : « Aussitôt la jeune fille s’empressa de retourner auprès du roi, et lui fit cette demande : “Je veux que tout de suite tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste. »

Les expressions “je veux” et “tout de suite”, “sur un plat” laissent percer la dureté, la haine farouche d’Hérodiade. C’est comme un ordre impérieux donné au roi, plutôt qu’un désir ou une demande respectueuse…

v. 26 : « Le roi fut vivement contrarié ; mais à cause du serment fait devant les convives, il ne voulut pas lui opposer un refus. »

v. 27 : « Aussitôt il envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Le garde s’en alla, et le décapita dans sa prison. »

v. 28 : « Il apporta la tête sur un plat, la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. »

La tristesse du roi se comprend à la lumière du verset 20. Hérode est tiraillé entre la sympathie qu’il éprouve pour le Baptiste et la fidélité à son serment (v.23). Hérode (6,20), comme Pilate (15,10.14) condamneront consciemment et lâchement deux innocents.

v. 29 : « Lorsque les disciples de Jean apprirent cela, ils vinrent prendre son corps et le déposèrent dans un tombeau. »

Tout comme il en sera pour Jésus, des disciples du Baptiste (2,18) viennent prendre son corps pour le mettre dans un tombeau (15,43-47 ; Ac 13,29). Joseph d’Arimathie était un “sympathisant” de Jésus (15,43).

La mort de Jean-Baptiste préfigure déjà la Passion, la mort et l’ensevelissement de Jésus. On pressent que Jésus mourra, comme Jean, de la mort des prophètes. Néanmoins la supériorité de Jésus sur Jean est bien affirmée. Jésus est ressuscité, tandis que la résurrection de Jean-Baptiste est un mythe. On n’oubliera pas que ce récit a été écrit après la résurrection de Jésus.

« Le prophète meurt parce qu’il énonce la vérité de leur désir à des gens qui ne veulent pas l’entendre. » ( R. Girard, Le bouc émissaire, p. 215 ).

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