Mc 6,45-52 JÉSUS MARCHE SUR LES EAUX

Publié le par GITANS EN EGLISE

  Mc 6,45-52  JÉSUS MARCHE SUR LES EAUX

 

( voir aussi Matthieu 14,22-33  et  Jean 6,16-21 )

 

                Nous avons déjà vu (4,39) que la victoire sur la mer était pour les Juifs le propre de Dieu. Marc veut maintenir sous nos yeux cette révélation de Dieu qui passe en Jésus. Ce récit, bien conservé par les premiers chrétiens, dut soutenir leur foi dans les difficultés et les persécutions occasionnées par la mission.

                v. 45 : « Aussitôt après, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule. »

                Les faits rapportés maintenant s’enchaînent bien avec ceux qui précèdent : si Jésus remonte dans la barque avec les disciples, la foule, qui ne veut pas le lâcher, va recommencer, en sens inverse, le même manège que précédemment et le retrouver lorsqu’il débarquera. Il lui faut donc rester sur la berge pour renvoyer la foule, tandis que les disciples s’éloignent en barque.

                Soulignons le choix du verbe : « Jésus obligea ses disciples… » à repartir sans lui avec la barque. C’est un mot tellement vrai, correspondant à une perception tellement humaine ! Les disciples, jusqu’à ce moment de la multiplication des pains pouvaient être d’assez mauvaise humeur, devant l’échec de leur projet de détente et de repos… Mais voilà que la multiplication des pains se produit, un peu entre leurs mains : ils en sont les prestigieux distributeurs forts sollicités et remerciés. Jésus les a vraiment associés à cette aura de mystère qui l’entoure. Ils font figure de gens qui sont dans le secret et du côté du pouvoir. Cela leur va très bien. C’est pourquoi, maintenant, ils ne seraient pas mécontents de rester là, encore un peu, pour se faire féliciter et jouir de l’admiration de cette foule.

                Mais Jésus, “aussitôt” (le mot est de saint Marc) le repas de la foule terminé et les corbeilles de restes recueillies, les “oblige” à partir, se chargeant du renvoi de la foule et de la remise en place de tout. Il ne veut justement pas que ses disciples se laissent emporter par cette manifestation de puissance. Lui-même ne veut pas en profiter…

                v. 46 : « Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier ».

                               Jésus renvoie la foule et se retire. C’est bien cette attitude qui le caractérise de manière frappante : il se manifeste tel qu’il est, et puis se retire discrètement, souvent pour prier. Il ne veut surtout pas être pris pour un thaumaturge puissant : Il l’est, certes, mais il est surtout beaucoup plus que cela. Il se retire pour laisser un espace à son Père, pour prolonger l’action de grâces qu’il a commencée au moment même de la multiplication des pains. Tout ce qu’il a fait là, et qui est une œuvre de puissance, il va, maintenant, sur la montagne, la référer au Père. C’est cette référence au Père qui termine, pour ainsi dire, le miracle (beaucoup plus justement qu’une acclamation de la foule) !

                Jésus fait le miracle des pains et des poissons, puis il renvoie les disciples et la foule, puis il gravit la montagne pour prier. Et le texte termine en disant :

                v. 47 : « Le soir venu, la barque était au milieu de la mer et lui, tout seul, à terre ».

                Une journée qui se termine très, très discrètement, comme un fondu de cinéma… Juste deux silhouettes : celle de la barque au milieu de la mer… et celle de Jésus seul sur la montagne !

                v. 48 : « Voyant qu’ils se débattaient avec les rames, car le vent leur était contraire, Jésus vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. »

                Jésus rejoint les siens vers « la quatrième veille de la nuit », c’est-à-dire entre trois heures et six heures du matin.

                Dans la foi d’Israël, seul Dieu pouvait marcher sur les eaux : Ps 77(76),20 ; Job 9,8-13 ; 38,16 ; Siracide 24,5. Jésus manifeste ici sa puissance divine.

                « Jésus allait les dépasser », sans doute pour les précéder au lieu de débarquement et les accueillir à l’arrivée.

                v. 49 : « En le voyant marcher sur la mer, les disciples crurent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris, »

                v. 50 : « car tous l’avaient vu et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! »

                v. 51 : « Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba ; et en eux-mêmes ils étaient complètement bouleversés de stupeur, »

                v. 52 : « car ils n’avaient pas compris la signification du miracle des pains : leur cœur était aveuglé. »

                Pauvres disciples ! Quelle journée ! Quel programme contrarié ! Ils ont raté le pique-nique, raté le repos, raté la joie de faire valoir un peu leur qualité de disciples ; ils se sont retrouvés de force dans la barque et ils n’ont même pas le vent dans le bon sens ! Il leur faut ramer au lieu de laisser le vent gonfler les voiles ! C’est un retour difficile et de nuit par-dessus le marché !

                Il est intéressant de remarquer, que ce genre de traitement, Jésus nous le propose aussi de temps en temps, à nous, qui sommes ses disciples… Il est bon de nous en souvenir, pour ne pas être étonnés, quand cela nous arrive !

                Mais c’est là qu’on voit quand même que Jésus  fait bien tout ce qu’il fait ! S’il laisse les disciples ramer presque toute la nuit, c’est pour leur donner un signe. Dans toute cette affaire, les disciples n’ont rien demandé ; ils ont été finalement dociles à tout ce que Jésus leur a proposé. Mais ils n’ont rien compris (v.52). Alors Jésus va essayer de les éclairer en les rattrapant par une marche sur la mer. Là encore, il y a quelque chose d’immense. Jésus s’est montré le Maître de la terre en nourrissant les foules avec abondance. Il se montre le Maître de l’eau en marchant dessus. Il n’a pas été limité par la quantité minime de pain ; il n’est pas limité par la liquidité de l’eau. Il est vraiment le Maître de la terre et de l’eau. Il domine les éléments. Il essaye ainsi de donner à ses apôtres une perception supplémentaire de sa puissance qui leur permettra, peut-être, joignant cela à la multiplication des pains, de se poser encore plus la question : “Qui est-il ?”, d’avoir un pressentiment un peu plus profond que celui des autres, et de s’acheminer vers la confession de Jésus comme Christ !

                Jésus propose un signe à ces hommes qui sont pauvres, humbles et de bonne volonté. (Lors de la deuxième multiplication des pains, Jésus monte en barque tout de suite, sans rester sur la rive. Quand il débarque, les Pharisiens lui demandent un signe, mais il ne leur en donne pas. Aux apôtres, il donne un signe sans qu’ils l’aient demandé et aux Pharisiens qui lui en demandent un, il n’en donne pas. Ce contraste est très frappant). Jésus, donc, leur donne un signe de transcendance et réitère cette affirmation de tendresse que l’on trouvait au début du récit : « Confiance ! C’est Moi ! N’ayez pas peur ! » Jésus reste un homme très proche, très affectueux, très attentif. Pourtant les apôtres n’ont pas compris. Leur esprit était encore bouché. C’est en ce sens que, si Jésus a toujours été avec des disciples, il a aussi toujours été seul, parce que ses disciples n’ont jamais rien compris (c’est dit clairement en saint Marc). Il faudra attendre la Résurrection et le don de l’Esprit Saint  pour que tout s’éclaire.

                En conclusion, nous pourrions essayer de voir ce que cet épisode nous révèle sur le Christ, puisque c’est la question que saint Marc soulève : « Qui est JÉSUS ? » Jésus ici se présente en fonction d’un petit groupe, puis en fonction d’une totalité : la foule.

                Au niveau du petit groupe de ses disciples, Jésus manifeste sa très grande humanité, faite de tendresse et d’exigence. Il est significatif que saint Marc, cet évangéliste si net, si clair, qui écrit de façon si tranchée, nous a donné l’Évangile où la tendresse du Christ apparaît le mieux. Le Christ, en petit groupe, est attentif, simple, prompt au partage. Il met un élément de douceur à quelque chose qui, par ailleurs, est d’une très grande exigence. Les disciples peuvent compter sur l’humanité de Jésus, mais ils doivent en même temps faire preuve d’une grande souplesse pour accomplir ce qu’il demande. Il leur faut accepter de “changer leur fusil d’épaule” quand l’imprévu l’exige, d’entrer dans le travail qui leur est proposé, de s’en retirer dès qu’ils l’ont fini… L’urgence de la mission est plus forte que n’importe quelle autre considération, et la générosité est requise. Au fond, ce n’est pas tellement facile d’être “disciple de Jésus” ! Mais le Maître a une certaine manière à lui qui le rend irrésistible !

                Jésus est aussi l’homme de la foule. Il ne la quitte que pour aller prier. Elle est venue à lui d’elle-même et Jésus ne l’a jamais repoussée, il ne s’est jamais dérobé. Il apporte un salut universel. Il ne se fatigue jamais de « l’instruire longuement ». La foule est le symbole de tous les hommes à la recherche de la Vérité. « Ceci est mon sang… versé pour la multitude ». Jésus est l’homme de la multitude : non pour une catégorie de personnes, non pour une élite, non pour les seuls justes : il est venu pour TOUS, et d’abord pour les pauvres, les pécheurs, les malades, les mal-aimés… Les disciples, comme Jésus, sont des “serviteurs” ; mais finalement, le grand Servi, c’est la foule. C’est ce que Jésus manifeste en se mettant immédiatement à instruire, à nourrir, à guérir ceux qui se présentent. Et pourtant, un jour viendra où les foules s’évanouiront… Alors, comme au soir de la multiplication des pains, Jésus se retrouvera à nouveau seul… sauf avec le Père “qui ne le laisse jamais seul” (Jn 8,29 ; Jn 10,30 ; Jn 16,32).

                Enfin, dans cette multiplication des pains, Jésus non seulement révèle la réalité de son humanité au niveau de ses disciples ; non seulement il révèle l’universalité de sa mission en accueillant les foules ; mais il manifeste aussi sa dimension transcendante : comme Maître de la terre et de l’eau, tout comme il s’était révélé précédemment, Maître du pardon et Maître du sabbat. Peu à peu cette multiple maîtrise se fait reconnaître, sans qu’elle n’écrase, puisqu’elle ne se manifeste que lorsqu’elle est mise au service des personnes. D’où lui vient cette maîtrise, sinon de la relation privilégiée qu’il entretien en permanence avec son Père (Jn 3,35 ; Jn 15,10).

« Celui qui m’a envoyé est avec moi… je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29)

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Publié dans MARC

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