BIEN VIVRE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME

Publié le par GITANS EN EGLISE

BIEN VIVRE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME

Jésus est le culte et le Temple nouveaux (Jn 2,13-25)

par Mgr Raymond Bouchex

Archevêque émérite d’Avignon (*)

 

            Le récit de Jésus chassant les vendeurs du Temple est célèbre… Les « marchands du temple » sont devenus l’expression courante pour condamner tout commerce aux abords des sanctuaires de pèlerinage comme pour bannir tout bruit d’argent autour de l’autel. Les moralistes recourent à ce texte des Évangiles pour dire qu’il existe de saintes colères. Que veut nous dire réellement ce texte, rapporté dans les quatre Évangiles, mais particulièrement détaillé dans celui selon saint Jean ?

            Il était nécessaire qu’il y ait aux abords du Temple de Jérusalem des vendeurs de bœufs, de moutons et de colombes, pour que les pèlerins puissent offrir les sacrifices demandés par la Liturgie du Temple. Jésus savait cela. Dans l’Évangile de la Présentation de Jésus au Temple, il est dit que Marie et Joseph offrirent deux petites colombes, l’offrande des pauvres (Lc 2,24). Il fallait aussi aux abords du Temple des changeurs d’argent pour que les pèlerins puissent changer l’argent des pays étrangers d’où ils venaient, surtout l’argent de l’occupant romain qui ne devait pas être utilisé dans le Temple. Ces vendeurs et ces changeurs assuraient un service nécessaire pour les Juifs venant en pèlerinage à Jérusalem. Jésus savait également cela.

            Bien entendu, comme encore maintenant, les vendeurs et les changeurs savaient tirer profit, et parfois d’une manière malhonnête, des pèlerins qui venaient de loin, qui ne connaissaient pas les prix, et qui étaient heureux de venir à n’importe quel prix au Temple. Jésus, par son geste inattendu, ne rejette pas ce qu’il savait être nécessaire au culte du Temple de Jérusalem.

            Il condamne ces vendeurs et ces changeurs qui pensaient plus à leur profit qu’au service légitime qu’ils avaient à rendre aux juifs pieux venant en pèlerinage de tous les coins du monde. Du Temple dont il avait dit, lors de son premier pèlerinage alors qu’il avait douze ans, qu’il était dans la maison de son père, ils font une maison de trafic, une caverne de bandits. Il reproche plus encore aux autorités d’interdire aux non-juifs, sous peine de mort, l’accès au Temple dont le prophète Isaïe disait qu’il devait être une maison de prière pour toutes les nations.

            Tout cela est présent dans l’épisode de Jésus chassant les vendeurs du Temple. Mais l’essentiel dépasse cela. Par son geste audacieux, Jésus réalise ce qu’annonçaient certains prophètes, à savoir l’instauration future d’un nouveau Temple et d’un nouveau culte. Il dira à la samaritaine : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne, (le Garizim, lieu sacré pour les Samaritains), ni à Jérusalem, pour adorer le Père… Mais l’heure vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,21-23). En chassant les vendeurs et les changeurs du Temple, Jésus montre qu’un jour il viendra à Jérusalem pour y mourir sur une croix et pour entrer dans la vie nouvelle de la résurrection. Ce sera alors le moment où le Temple de Jérusalem et le culte qui y est célébré seront remplacés par un autre Temple et un autre culte. Les prophètes l’avaient déjà dit : le sacrifice qui plaît à Dieu, ce n’est pas l’offrande d’animaux, mais l’offrande du cœur, de la vie, de la personne tout entière. Dieu veut un culte qui soit l’offrande de la vie animée par le Saint-Esprit et l’offrande en vérité de toute la personne. C’est ce sacrifice que lui-même offre par toute sa vie et qu’il va achever en mourant sur la croix et en ressuscitant.

            Désormais, dit Jésus, le vrai Temple où Dieu est présent et adoré, ce ne sera plus le Temple grandiose que vient de terminer Hérode, mais celui de son corps, détruit par la mort mais rebâti en trois jours par la résurrection. Le vrai Temple où Dieu habitera au milieu des hommes, c’est désormais Lui Jésus. Les adversaires ne pouvaient pas comprendre ces mots, c’est pourquoi ils lui disent : comment pourras-tu rebâtir en trois jours ce Temple qu’il a fallu 46 ans pour construire ?  Les disciples eux-mêmes n’ont compris ces paroles qu’après Pâques, après la résurrection de leur Maître. Ils ont compris alors que les Écritures les préparaient à comprendre cela.

            Ils ont compris une autre chose qui est la conséquence de la première. Le vrai Temple où Dieu est présent au milieu du monde et où est célébré le vrai culte « en esprit et en vérité », c’est la personne de Jésus  et la communauté de ceux qui sont unis à Jésus. C’est bien sûr son Corps personnel. Et c’est son Corps communautaire fait de ceux qui sont ses disciples, qui ont foi en lui et qui l’aiment, se convertissent à lui et vivent de son Évangile, qui sont baptisés et confirmés en son nom, qui participent à l’Eucharistie et reçoivent son pardon.

            Le Temple de Dieu, c’est même les hommes droits qui suivent le Christ sans le savoir. C’est les hommes dont Dieu connaît la droiture, dit la 3e prière eucharistique. C’est la communauté mystérieuse de ceux qui aiment Jésus à travers les pauvres de ce monde : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est-à-dire moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

            Seigneur Jésus, quel bonheur de savoir que tu es le vrai et unique Temple de Dieu. En étant uni à toi, en vivant avec toi, nous entrons dans le Temple définitif et parfait. Et tu nous donnes une dignité immense en faisant de nous les Temples vivants de Dieu au milieu des hommes. Donne-nous d’être des Temples plus beaux que les plus belles cathédrales, même si nous sommes fragiles, faibles, sans prestance, sans beauté extérieure. Même les malades, les handicapés, les pauvres de moyens sont tes Temples, parfois beaucoup mieux que ceux qui sont reluisants de richesse et de beauté. Sainte Marie, la vraie Arche d’Alliance, obtiens-nous la foi en notre dignité et en notre mission.

 

(*) Mgr Raymond Bouchex, Vivre le Carême, Éd. Parole et Silence, 2008, .p. 121-125.

 

Publicité

Publié dans CARÊME

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article