Mc 7,14-23 LE PUR ET L'IMPUR

Publié le par GITANS EN EGLISE

  Mc 7,14-23  LE PUR ET L’IMPUR

( voir aussi Matthieu 15,1-20)

 

Jésus différencie son enseignement selon son auditoire : aux foules, il ne parle souvent qu’en termes généraux et voilés ; il réserve pour ses disciples l’explication en clair. Nous retrouvons cette distinction dans les versets qui vont suivre.

v. 14 : « Jésus appela de nouveau la foule et lui dit : “Écoutez-moi tous et comprenez bien. »

v. 15 : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

Jésus ne perd pas de vue sa discussion avec les pharisiens qui reprochaient à ses  disciples « de manger sans s’être lavé les mains », ce qui était considéré comme un geste impur. Il va donner à ce sujet un enseignement clair et libérateur à la foule : un enseignement important et qui s’adresse à tous. Il insiste pour être bien entendu (v.14).

Si Marc rapporte cet enseignement de Jésus c’est parce qu’il fallait aux chrétiens venus du judaïsme une transformation profonde de leur mentalité pour rejeter certains interdits du monde religieux dont ils avaient beaucoup de mal à se dégager. Le fait de manger telle nourriture, ou de manger avec des gens qui n’étaient pas d’origine juive, sans que cela n’affecte en rien leur vie religieuse, leur était très difficile à accepter. On le voit au comportement de Pierre à Antioche (Ga 2,11-14). Il a fallu commencer par admettre que l’amour du prochain devait primer sur tous les interdits qui diminuaient certains hommes.

Pour se faire comprendre, Jésus utilise une brève parabole (selon l’appellation des disciples au v. 17), qui serait plutôt une énigme (v.15) ! Qui peut comprendre cette phrase mystérieuse dans sa généralité ?

Dans le contexte évangélique, cette parole de Jésus prend appui sur la remarque désobligeante des scribes et des pharisiens au verset 5, mais elle oriente la pensée dans un sens différent de la première réponse de Jésus (v.8) : le mal n’est pas dans les réalités extérieures : la création est bonne, telle qu’elle est sortie des mains de Dieu : « et Dieu vit que cela était bon » (Gn 1,10.12.18.21.25). C’est l’homme qui peut en faire un mauvais usage, contraire à l’intention du Créateur. Il est possible d’en user selon cette intention : 1 Tim 4,4-5 : « Tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter si on le prend dans l’action de grâce, car c’est sanctifié par la Parole de Dieu et la prière » (cf. 1 Co 10,25-30).

Le mal n’est donc pas dans les biens mis à l’usage de l’homme ; c’est seulement dans le cœur de l’homme qu’il peut se trouver.

Cette parole est révolutionnaire si elle est prise au pied de la lettre, car elle va contre les prescriptions alimentaires de Lévitique 11 et Deutéronome 14, qui interdisaient aux Israélites de manger de certains aliments. Mais la forme énigmatique qu’elle revêt laisse encore place au doute chez les auditeurs, qui comprennent toutefois que Jésus veut attirer l’attention sur ce qui peut gravement souiller : ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le souille (c’est clair, mais révolutionnaire !) ; c’est ce qui sort de l’homme qui le rend impur (et là Jésus ne précise pas !). D’où la forme énigmatique de son enseignement !

v. 16 : certains manuscrits portent ici un verset 16 : « Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Mais plusieurs manuscrits anciens n’ont pas ces mots, ce qui laisse penser qu’ils ont pu être ajoutés tardivement. La Bible de la Liturgie ne les a pas retenus.

v. 17 : « Quand Jésus eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l’interrogeaient sur la parabole (sur cette parole énigmatique). »

v. 18 : « Alors il leur dit : « Ainsi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre ? Ne voyez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur. »

v. 19 : « Parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait pur tous les aliments. »

Marc ne ménage pas les disciples. Son objectivité lui fait un devoir de rapporter même les paroles de blâme adressées par Jésus à ses disciples en raison de leur incompréhension et de leur manque de clairvoyance (v.18). C’est lentement que les premiers chrétiens comprendront le sens de l’ouverture que Jésus apporte face au système pharisien et à la Loi juive en général.

Alors Jésus reprend patiemment l’explication de ce qu’il a voulu suggérer : la nourriture n’atteint pas ce qu’il y a d’essentiel dans l’homme, à savoir son cœur, au sens sémitique du mot, c’est-à-dire l’intérieur, l’âme, siège à la fois des pensées et des sentiments.

À cette explication de Jésus, Marc se permet d’ajouter une petite glose personnelle, destinée à ses lecteurs romains : « C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments » (v.19). On ne se rend pas bien compte à quel point cette petite note était révolutionnaire et libératrice, et pourtant encore difficile à accepter… Jésus pensait aux païens qui devenaient chrétiens. Si les chrétiens issus des communautés juives, même quarante ans plus tard, à l’époque où Marc rédigeait son Évangile, s’abstenaient encore de certains aliments, comme la viande de porc, eux du moins se savaient affranchis, par Jésus, d’une telle contrainte.

v. 20 : « Jésus leur dit encore (à ses disciples) : “Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. »

v. 21 : « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, »

v. 22 : « adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. »

v. 23 : « Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur ».

                Ce dernier passage complète l’enseignement de Jésus. Il venait de parler de ce qui pénètre dans l’homme ; il faut maintenant préciser quelles sont les choses qui sortent du cœur de l’homme et le rendent impur (v.23). Il est vraisemblable que la liste des vices (au singulier) et des actes mauvais (au pluriel) énumérée ici fait partie de ces « catalogues » qui furent utilisés par les premières communautés chrétiennes et dont nous trouvons des exemples en Ga 5,19-21 ; Rm 1,29-31 et 1 Pi 4,3. Le vocabulaire, par ailleurs, est presque entièrement paulinien : des douze termes employés, quatre seulement sont absents des épîtres de saint Paul, cinq sont absents de Matthieu, huit manquent chez Luc et huit également chez Jean. Au total, ces mots se trouvent seize fois chez Marc et trente-deux fois chez Paul, contre douze fois en Matthieu, cinq fois en Luc et trois fois chez Jean. Marc a sans doute été attentif à ce que ses lecteurs puissent se trouver devant des termes qui leur étaient familiers.

Ce qui rend impur (v.2), c’est-à-dire ce qui éloigne de Dieu, ce n’est pas la désobéissance aux prescriptions humaines touchant des gestes extérieurs à poser ; c’est plutôt la rupture multiforme (et féconde en toutes sortes de crimes) que l’homme entretient à l’intérieur de lui-même avec cette suprême loi d’amour que Dieu a mise en lui (Mt 22,36-40).

C’est la simple conscience universelle, la morale la plus naturelle, que Jésus remet en valeur. Aucune coutume nationale, aucune tradition des ancêtres, ne peut aller contre ces lois essentielles que tout homme droit reconnaît au fond de sa conscience.

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Publié dans MARC

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