Mc 8,22-26 LA GUÉRISON DE L'AVEUGLE DE BETHSAÏDE

Publié le par GITANS EN EGLISE

  Mc 8,22-26  LA GUÉRISON DE L’AVEUGLE DE BETHSAÏDE

 

Ce miracle n’est rapporté que par l’évangéliste Marc. Il présente beaucoup de ressemblances avec la guérison du sourd-bègue (7,31-37).

Placé entre l’épisode précédent où Marc vient d’accentuer l’inintelligence des disciples (l’apostrophe de Jésus aux disciples : “Vous ne comprenez pas encore ?”, est restée sans réponse…), et l’épisode suivant où Pierre, à Césarée, reprend la parole pour manifester sa foi, le récit de ce miracle vient redonner espoir aux disciples qui en sont les témoins. L’aveugle qui recouvre la vue progressivement (v.24) jusqu’à tout voir distinctement (v.25), c’est ce qui va se passer pour les disciples qui commencent eux aussi à recevoir la lumière, qui aboutira à la profession de foi que Pierre fera en leur nom à tous. Nous trouvons une catéchèse semblable en Jean 9, à partir de la guérison de l’aveugle-né.

v. 22 : « Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. On lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher ».

Jésus et ses disciples descendent à Bethsaïde. Le nom de ce village était déjà apparu en 6,45, comme le lieu de destination ordonné par Jésus  aux disciples, après la première multiplication des pains. En réalité, ils avaient accosté à Génésareth (6,53). Mais « ils n’avaient rien compris », dit le narrateur, « au sujet des pains » - « leur esprit était bouché » (6,52). Tant que dure leur opacité, ils errent sur le lac et aux alentours. Arrivés à destination, à Bethsaïde, en 8,22, ils ne tarderont plus à reconnaître Celui qui est au milieu d’eux (8,27-29). On voit ici que certains éléments, apparemment anodins, comme le jeu des traversées en barque, sont au service de la composition thématique de l’Évangile.

v. 23 : « Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : “Est-ce que tu vois quelque chose ? »

v. 24 : « Ayant ouvert les yeux, l’homme disait : “Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent”. »

v. 25 : « Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme ; celui-ci se mit à voir normalement ; il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté. »

v. 26 : « Jésus le renvoya chez lui en disant : “Ne rentre même pas dans le village” ».

Parmi les détails les plus caractéristiques de ce bref récit, il y a le fait que l’aveugle recouvre la vue en deux temps, et qu’à la première fois il déclare « voir des hommes qui marchent », mais de les voir « comme des arbres » (8,24), c’est-à-dire, sans le mouvement.

En présentant un aveugle qui recouvre progressivement la vue, Marc annonce qu’une partie du mystère de Jésus va maintenant nous être dévoilée ; la lumière totale sera pour plus tard.

« Jésus prend l’aveugle par la main » : geste humain tout simple, émouvant… Quelle espérance ce geste a dû susciter dans le cœur de l’aveugle, tandis qu’ils marchaient tous les deux, la main dans la main !

« Jésus le conduit hors du village » : c’est pour essayer d’envelopper ce miracle de beaucoup de discrétion ; il fallait garder ce « secret messianique »… Le Christ ne sera vraiment compréhensible, qu’après la croix et la résurrection. Cette discrétion de Jésus montre aussi qu’il est davantage soucieux d’apporter le salut (physique, d’abord) et d’enseigner les mystères du Royaume (4,11), que de faire sensation. Le verset 26 b, ira dans le même sens.

« Jésus lui mit de la salive sur les yeux et lui impose les mains ». Comme dans le cas du sourd-bègue guéri en Marc 7,31-37, Jésus recourt à la salive et au toucher pour guérir l’aveugle. Ce sont les gestes que l’on faisait aussi, du temps de saint Pierre, sur les catéchumènes, pour les conduire des ténèbres de l’incroyance à l’illumination de la foi. Marc pense vraisemblablement au baptême ; les gestes de ces miracles sont des gestes liturgiques ; et par ces gestes du Christ, l’homme est guéri dans tout son être. Les trois « sens » importants qui font communiquer l’homme avec le monde et avec ses frères, sont restitués, renouvelés : le sens de l’écoute, le sens de la parole, le sens de la vue…

Voilà ce que fait la foi en nous, aujourd’hui encore ! Le baptême nous ouvre à un univers nouveau, totalement transformé de l’intérieur : entendre Dieu qui nous parle à travers les événements et à travers la parole de nos frères, voir Dieu à l’œuvre au cœur de nos vies et de la vie du monde, devenir capable d’en parler… C’est une grâce à accueillir et à faire fructifier.

Que la guérison ait été effectuée par étapes ne change rien au fait que Jésus montre une grande puissance en guérissant l’aveugle. « Jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance » (Jn 9,32) En opérant ce miracle, Jésus manifeste qu’il est celui qui doit venir, le Messie (Mt 11,5 ; Is 29,18-19 ; 35,5-6) ; il est aussitôt perçu comme un prophète, c’est-à-dire un homme qui vient de Dieu (Jn 9,17.33). Jésus se révèle comme lumière du monde (Jn 9,5) en opérant ce miracle. Il vient faire voir à l’homme, les voies de Dieu.

Marc, à travers le récit de cette lente guérison, y voit la lenteur du cheminement vers la foi pleine. Aujourd’hui encore nous avançons bien lentement sur ce chemin… et nous restons demi-aveugles bien longtemps !

La guérison de l’aveugle de Bethsaïde évoque donc la difficulté qu’ont eue les juifs et même les disciples à reconnaître, malgré tous les miracles qu’il accomplissait, le Messie envoyé de Dieu que fut Jésus de Nazareth. Ainsi sera introduite la profession de foi de Pierre et la déclaration de Jésus concernant sa Passion, qui laisse entrevoir sa fin.

Ouvre nos yeux Seigneur ! Ouvre aussi notre cœur !

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Publié dans MARC

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