Mc 9,38-41 POUR NOUS OU CONTRE NOUS ?
Mc 9,38-41 POUR NOUS OU CONTRE NOUS ?
( voir aussi Luc 9,49-50 )
Nous sommes témoins ici d’une autre manifestation d’incompréhension bien proche de l’intolérance. Personne n’a le monopole de la lutte contre le mal et de la préparation du Règne de Dieu. Un cœur d’enfant (10,15) s’émerveille devant tout bien, où qu’il soit et d’où qu’il vienne.
v. 38 : « Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : “Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent ».
Jean, « le disciple que Jésus aimait » fut l’un des plus proches du Maître, l’un de ceux qui a vécu avec lui les grands moments de son ministère, comme la Transfiguration, l’un de ceux qui, avec Pierre, n’hésite pas à parler au nom des Douze et même à faire des propositions à Jésus, quitte à se faire remettre en place quand il demande avec son frère Jacques, de faire tomber le feu du ciel sur un village samaritain (Lc 9,54-55), ou d’être assis à sa droite et à sa gauche dans la gloire (Mc 10,35-41) ; ce n’est pas pour rien qu’en les appelant Jésus les avait tout de suite surnommés « Boanerguès », c’est-à-dire, « Fils du tonnerre » !
Ici, Jean s’étonne que quelqu’un qui ne fait pas partie des Douze puisse faire des prodiges au nom de Jésus ! Décidément, les apôtres restent bien humains, empêtrés dans les questions de préséances, de jalousies, de mesquineries… Jésus vient d’annoncer sa Passion où il va se faire le « dernier des serviteurs »… Il vient de conseiller à ses disciples de se mettre en état de service et de ne pas chercher les premières places… Et voilà que la réaction de Jean, l’un des meilleurs, est une réaction de domination, une volonté de puissance, un souci de garder un monopole : il voudrait avec les Onze autres garder pour eux seuls la puissance de Jésus !
Ne jugeons ni Jean, ni les Apôtres, ne jugeons personne… ce serait trop facile d’appliquer l’Évangile aux autres ! Qui d’entre nous n’a pas eu de ces sectarismes de groupe ? Sous couvert de la solidarité et de la défense du bien commun de notre milieu, ne nous arrive-t-il jamais de défendre, en fait, nos propres intérêts ? Qui d’entre nous n’a pas cherché, un jour ou l’autre, à protéger des avantages acquis, en empêchant les autres de tenter leur chance ?
« Il n’est pas de ceux qui nous suivent » : il ne fait pas partie de notre groupe. Et pourtant il fait du bien, il chasse les démons « en ton Nom » ! Cette situation est très fréquente, et toujours très actuelle dans l’Église d’aujourd’hui. Oui, la grâce du Christ est à l’œuvre bien au-delà des structures visibles de l’Église. Des hommes et des femmes, comme du temps de Jésus qui ne font pas partie du groupe des disciples, peuvent agir pourtant au nom de Jésus.
v. 39 : « Jésus répondit : “Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après, mal parler de moi ».
La réponse de Jésus est celle du bon sens : pourquoi celui qui dispose du pouvoir de Jésus parlerait-il contre lui ? À moins d’être purement magiques, de tels exorcismes manifestent une certaine union de pensée avec Jésus.
Faire une action qui va dans le sens de l’enseignement du Christ est déjà une chose bonne qui permet d’avancer vers une connaissance et une parole conformes au Christ. Noter que Jésus met en valeur la notion « d’agir ».
Pour beaucoup de personnes de notre temps, c’est effectivement par l’action droite, par l’engagement sérieux dans le sens de la conscience, qu’une pédagogie de la foi peut commencer à se mettre en place, qui conduira à la découverte plus explicite du Christ.
Jésus affirme, dans sa réponse, que Dieu agit aujourd’hui ailleurs que dans et par l’Église, pour sauver l’homme. Et pourtant ce ne peut être qu’au nom de Jésus.
v. 40 : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».
Formule follement optimiste ! Au lieu du petit esprit étroit et sectaire des Douze, voilà une « ouverture » totale. Jésus invite ses disciples à faire confiance à l’Esprit Saint. L’Église actuelle, à la suite de Jésus, se veut largement ouverte. Le Concile Vatican II a volontairement renoncé à porter des condamnations : « qui n’est pas contre nous est pour nous ». Est-ce que je crois que Dieu est à l’œuvre partout ? Et que l’Esprit n’est la propriété d’aucun groupe ? Ni d’aucune structure ? « L’Esprit souffle où il veut » (Jn 3,8). Ne l’empêchons pas !
v. 41 : « Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. »
Le moindre geste de sympathie (un verre d’eau, c’est presque rien !) pour l’œuvre de Jésus reçoit l’assurance d’être récompensé par Dieu. C’est le symbole du plus petit service qu’on puisse rendre à quelqu’un. « Il ne restera pas sans récompense ! ».
Jésus souligne la dignité du « disciple » : il « appartient au Christ ». Le plus petit des croyants, le plus humble disciple de Jésus représente Jésus Christ ! « C’est à Moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). Rien n’est petit. Rien n’est indifférent.
C’est une vérité étonnante, qui sera reprise et développée par Jésus au long de son discours sur le Jugement dernier (Mt 25,31-46).