Mc 9,42-50 LA GRAVITÉ DU SCANDALE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 9,42-50  LA GRAVITÉ DU SCANDALE

( voir aussi Matthieu 18,6-9  et  Luc 17,1-2 ; 14,34-35 )

 

Le scandale, c’est pour nous un événement qui suscite la réprobation et l’indignation (un scandale politique, par exemple), ou bien une action qui va à l’encontre des règles communes de la moralité (une vie scandaleuse, par exemple). Pour les Juifs et pour Jésus, le scandale est tout ce qui constitue un obstacle en face de quelqu’un ; dans le domaine religieux, un scandale sera tout ce qui empêche d’être fidèle à Dieu, ce qui peut écarter du salut. C’est en ce sens que la main, par exemple, peut être cause de scandale ou de chute (v.43).

Il est d’abord question du scandale des petits (v.42), puis du scandale personnel (43-48) ; et le texte se termine par deux versets sur le feu et le sel.

v. 42 : « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette dans la mer ».

Après le conseil « positif » (donner un verre d’eau) (v.41), voici la mise en garde « négative » (ne pas scandaliser). Mais c’est en fait le même comportement : l’attention aux autres !

Nous découvrons, là, un aspect nouveau de Jésus : sa violence intérieure, sa capacité de véhémence. Et nous devinons qu’il n’a pas dit ces mots de manière doucereuse et sucrée !

L’image utilisée par Lui fait frémir : « mieux vaudrait qu’on le jette à la mer avec une meule au cou » ! De qui s’agit-il ? Quel est l’homme qui mérite un tel sort ? « Celui qui entraînera au péché un seul de ces petits » ! Les « petits », ce sont les enfants, mais aussi les faibles, les méprisés, les rejetés…

La faute est si grave que celui qui la commet mérite un châtiment terrible… Ce jugement de Jésus fait apparaître l’éminente valeur de l’homme, surtout s’il est vulnérable.

Seigneur, prends pitié de nous !

v. 43 : « Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-là. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas ».

v. 44 : Plusieurs manuscrits portent, après les versets 43 et 45, les mots suivants : « Où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas ». Il semble que ce soit une addition inspirée du v.48, car la phrase est absente d’excellents manuscrits anciens. La version officielle du texte liturgique ne les a pas retenus.

v. 45 : « Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne ».

v. 46 : Même remarque que pour le verset 44.

v. 47 : « Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne ».

v. 48 : « Là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas ».

Seul Jésus a le droit de dire des mots pareils : Lui seul sait, véritablement, ce qu’est le “péché”. C’est très sérieux ! C’est même dramatique !

« Coupe-la ! » Cette consigne faite dans le style imagé et exagéré des Orientaux signifie qu’il faut être prêt à tous les sacrifices et à tous les renoncements pour suivre Jésus.

Marc oppose ici la vie et la géhenne et il identifie la vie avec le Royaume de Dieu.

La vie, c’est la vie parfaite et bienheureuse pour toujours auprès de Dieu. Elle mérite tous les sacrifices ! Sommes-nous capables de faire ce choix radical, ce choix absolu ? Notre liberté humaine ne peut se contenter de faire semblant : elle n’est pas un jeu !

La géhenne était la vallée de Hinnom au sud-ouest de Jérusalem où l’on jetait autrefois des cadavres (auxquels les « vers » font allusion) et où l’on brûlait les ordures de la ville. On y exerçait des métiers, telle la fonderie, qui utilisaient le « feu » (auquel le texte fait d’ailleurs allusion). Elle est devenue le symbole d’un lieu maudit où seraient détruits les ennemis de Dieu. On situe là les sacrifices d’enfants « passés par le feu » (2 R 16,3 ; 21,6). Cette vallée aux souvenirs sinistres était tout indiquée pour évoquer le feu de l’enfer

C’est ainsi que la mort accule les hommes à accomplir leur “choix” soit en entrant dans la Vie et le Royaume définitif, soit en sautant dans la géhenne inextinguible.

Pour mesurer la gravité de nos choix, on peut procéder ainsi : d’une part, faire l’estimation de ce qui est le plus nécessaire à l’homme, comme ses mains, ses pieds, ses yeux, son intégrité physique ; et d’autre part, considérer le salut ultime de la personne à réaliser à tout prix, sinon ce sera une sorte d’anéantissement et d’échec absolu. À chacun de décider dès maintenant de son destin…

v. 49 : « Car tout homme sera salé par le feu ».

v. 50 : « C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous ».

Marc a regroupé ici une série de conseils de Jésus sur la vie fraternelle : trois phrases accrochées les unes aux autres par les mots-crochets : feu et sel.

« Tout homme sera salé par le feu » : [Les spécialistes ne sont pas encore arrivés à donner une explication satisfaisante de ce verset énigmatique, dont le texte est d’ailleurs incertain dans les manuscrits anciens.] On vient de parler du feu qui purifie la terre en consumant les ordures. Le sel aussi purifie. Les disciples seront purifiés par un sel qui est le feu de Dieu. Il n’est plus question ici du feu de l’enfer, mais du feu purificateur bien connu par les Psaumes et les prophètes (cf. Ps 66(65),10 ; Is 48,10 ; comme on affine un métal au creuset, comme on épure de l’argent…), et qui permettra à tout homme de se présenter devant Dieu comme un sacrifice agréable, parce que « assaisonné de sel » (Ez 16,4 ; 2 R 2,20), c’est-à-dire, totalement purifié. D’où l’importance de garder au sel toute sa force…

« Si le sel cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force ? » : Le disciple est le sel de la terre parce qu’il lui apporte la sagesse de l’Évangile. S’il vient à perdre cette sagesse qui, sur terre, pourra la lui rendre ? Le sel représente les dispositions intérieures qui rendent possible la vie fraternelle en communauté. (cf. 1 Th 5,12 ou Ph 2,1-4), où Paul montre que l’unité fraternelle dépend de dispositions qui n’ont rien à voir avec des discussions où l’on se préoccupe de savoir qui est le plus grand !). En Marc, le sel n’est sûrement pas le symbole des disciples. Sans doute se contente-t-il de rapporter simplement ce dicton qui marque le caractère irremplaçable du sel, pour introduire la sentence suivante…

« Ayez du sel en vous-mêmes et vivez-en paix entre vous » : Ici le sel, c’est l’Évangile, vécu par les disciples et qui les fait vivre en paix, puisque les disciples doivent, selon l’Évangile, s’aimer les uns les autres. La première partie de la phrase est bien énigmatique ; on peut supposer que la seconde a pour but de l’éclairer. En ce cas le sel est le symbole de ce qui permet de vivre en paix les uns avec les autres. « Chez les Grecs le sel était le symbole de l’amitié » (Lagrange). Chez les Arabes nomades on présente le sel à l’hôte en signe de bienvenue (cf. le livre du dominicain Serge de Beaurecueil : « Nous avons partagé le pain et le sel », qui parle de son partage de vie à Kaboul et en Afghanistan). C’est sans doute ici le symbole de ce qui fait le charme des relations sociales, avec un certain sens de l’humour, faute duquel la vie en commun serait bien insipide…

Personne n’échappera à une certaine purification. Le feu brûle et purifie. Le sel servait autrefois à entretenir le feu !

Nous avons là une invitation très forte à ne pas laisser notre foi s’affadir, à ne pas accepter d’être vaincu par la fadeur de notre vie !

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Publié dans MARC

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