AVEC LE CHRIST, NOUS SOMMES RESSUSCITÉS

Publié le par GITANS EN EGLISE

Avec le Christ, nous sommes ressuscités

 

Dans cette fête, l’homme se reconnaît

            Pâques, fête de la vie, fête du renouveau. Fête du besoin de vivre qui est en nous. Fête de ceux qui espèrent, même s’ils n’arrivent pas à le croire, que la vie aura le dernier mot. Fête de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, témoignent pour la vie contre toutes les formes de mort. Fête de nous tous, car tous nous aspirons à ce que vive pleinement le meilleur, le plus profond de nous-mêmes, encore qu’il s’exprime difficilement. Et, au-delà de cette aspiration, espoir secret de quelqu’un qui puisse nous dire : « Cette aspiration n’est pas un rêve. Il y a une réalité correspondante. Tout ce qui est vie porte la promesse d’une vraie vie. La vie ne trompe pas ».

Mais la mort vient détromper l’homme

            Parfois, pourtant, cette aspiration subit de terribles secousses. La mort est si menaçante qu’elle mobilise toutes les forces pour défendre ce qui reste de vie. Ou bien, la mort a fait son œuvre. Le fait est là, brutal, semblant dénoncer l’illusion qui nous habite, brisant le rêve qui nous a fait vivre.

            Cette aspiration et son épreuve, Marie-Madeleine et les disciples de Jésus l’ont vécues. Pour lui, ils avaient tout quitté. Avec lui, ils avaient connu une vie toute nouvelle dont ils espéraient qu’elle irait sans cesse en s’épanouissant. Et puis, l’irréparable est survenu. Depuis deux jours, ils sont désemparés. Avec la mort de Jésus, tout leur univers s’est écroulé. L’espoir qui les avait mobilisés est enfermé au tombeau avec lui.

Les premiers disciples à la recherche de signes

            Marie-Madeleine ne peut pas se résigner. Son amour la pousse vers le tombeau de Jésus. Voyant que la pierre avait été enlevée, elle conclut à l’enlèvement du corps de Jésus. Elle court annoncer la nouvelle à Pierre qui, de suite, se met en route avec Jean. Tous deux constatent l’absence du corps. Tous deux constatent que le suaire et les bandelettes ont été rangés avec le plus grand soin. En peu de temps, deux hypothèses de recherche s’évanouissent. Ce n’est pas au tombeau, dans le royaume de la mort, qu’il faut chercher Jésus. Ce n’est pas, non plus, du côté d’un enlèvement qu’il faut poursuivre la recherche.

            Pauvre de toute explication humaine, ils peuvent alors s’ouvrir à une autre perspective. Il leur est donné de se rappeler l’Écriture, de comprendre en un instant que leur aspiration n’était pas un rêve, mais en même temps que la vie ne peut venir qu’à travers la mort. « Il faut que le grain tombe en terre et meure pour qu’il porte du fruit ». « Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être mis à mort, et ressusciter le troisième jour ».

            Tout dès lors prend un sens. De même qu’au printemps la vie ne repart qu’après la mort hivernale, de même aussi que l’amour ne vit que de la mort du moi égoïste et suffisant, de même encore que toute grande cause ne vit que du sacrifice de ceux qui s’y consacrent… de même cette vie que Jésus est venu apporter ne peut venir et sourdre que de sa vie donnée, de sa mort vécue comme offrande volontaire.

            Les disciples vivent là une expérience spirituelle d’une intensité inexprimable. Elle sera confirmée dans les manifestations de Jésus où s’accomplira sa propre parole : « Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez parce que je vis et que vous-mêmes vivez » (Jn 14,19).

            Il n’y a pas de témoins de la résurrection. Il n’y a que des témoins du Ressuscité. Il y a la foi de ceux qui ont expérimenté Jésus ressuscité ; et c’est sur leur foi que reposent la foi de l’Église et la nôtre.

La foi des premiers témoins

            Quoi qu’il en soit de la genèse de la foi des disciples – l’Évangile est centré non sur leur évolution intérieure, mais sur la personne du Ressuscité – telle est leur foi et celle de l’Église :

-      celle que Pierre proclamait à ses premiers auditeurs : « On l’a fait mourir en le pendant au bois du supplice. Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se montrer à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts et il nous a chargés d’annoncer que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts » (Ac 10,39-41).

-      Celle aussi que Paul explicitait dans sa lettre aux Colossiens (3,1-4) : « Vous êtes ressuscités avec le Christ », Premier-né d’entre les morts, Premier-né d’une multitude.

Le connaître, Lui, et la puissance de sa Résurrection

            Ainsi croire en Jésus ressuscité c’est, sur le témoignage des apôtres :

-        Croire que Jésus est vivant aujourd’hui : il a traversé la mort, il est devenu source de vie nouvelle pour toute l’humanité ;

-        Croire qu’en Jésus mort et ressuscité, un destin nouveau nous est offert. Le monde ne va pas à la mort. Il est travaillé par le dynamisme de la Résurrection qui, tel un ferment, le modèle à travers les soubresauts de l’histoire ;

-        Croire que nous-mêmes, avec le Christ, nous sommes ressuscités. La Résurrection de Jésus est pour nous ; elle est nôtre, comme tout ce qui lui a été donné de vivre.

Notre résurrection est déjà commencée

            Avec le Christ, nous sommes ressuscités ! C’est la Bonne Nouvelle de Pâques. Ce n’est pas une promesse pour après la mort. C’est une réalité pour aujourd’hui, accessible seulement à ceux et celles qui vivent de Jésus ressuscité, qui consentent à entrer dans cette expérience de vie nouvelle.

            Avec le Christ, nous sommes ressuscités ! C’est peut-être plus difficile à croire qu’à la Résurrection de Jésus le troisième jour, car nous nous sentons bien terre à terre dans nos préoccupations et nos réactions et nous sentons bien réellement à l’œuvre en nous les forces de la mort : l’égoïsme et le péché sous toutes ses formes, comme refus à l’appel d’être « plus », comme refus de recommencer une vie toujours nouvelle. Nous nous sentons plus mortels que ressuscités ; pourtant, la réalité acquise dans le Christ, c’est qu’avec lui nous sommes ressuscités !

Livrés aux énergies de la Résurrection

            Cette vie de Jésus ressuscité, c’est la foi qui nous y donne accès, une foi active qui convertit notre regard et notre attitude. Pour qui croit à Jésus ressuscité et vit déjà cette expérience de résurrection, il n’y a plus d’impasse totale ni définitive, puisque la mort elle-même avec tout ce qu’elle comporte d’absurde, de non-sens, a été vaincue. Rien ne peut plus empêcher la vie. Pour qui croit à Jésus ressuscité il est impossible de baisser les bras, de désespérer, de dire « il n’y a plus rien à faire ». Même face à la mort inéluctable, il y a encore à donner sa vie pour réduire la mort à n’être qu’un passage qui fait accéder à l’accomplissement de la vie sans limitation.

            Cette vie de Jésus ressuscité, elle nous est donnée et sans cesse communiquée par le baptême et par l’eucharistie.

            Cette vie de Jésus ressuscité, elle est vécue en nous par la charité fraternelle : « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères » (1 Jn3,14).

            Ressuscités avec le Christ, tout notre effort de vie chrétienne, consiste à faire continuellement le passage avec lui : passage à la vie à travers la mort, mort à tout ce qui nous empêche de vivre selon les véritables dimensions de notre être.

            En vivant cette Pâque, ce passage continuel, nous devenons à notre tour les témoins du Christ ressuscité. La vie ne se prouve que par la vie. Jésus se manifeste vivant en ceux qu’il fait vivre. Nous ne pouvons dire Jésus ressuscité que par notre vie livrée aux énergies de la résurrection, livrée à la charité qui seule peut tout renouveler car, patiente, « elle croit tout, espère tout, supporte tout », assurée d’avoir le dernier mot, car elle est VIE.

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Publié dans PÂQUES

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