ÉPIPHANIE : DIEU VIENT SE DONNER À TOUS
ÉPIPHANIE : DIEU VIENT SE DONNER À TOUS
Texte à lire : Matthieu 2,1-12
Ce texte n’est pas un reportage, mais un enseignement. Ce n’est pas un texte pour enfants, mais une catéchèse pour adultes. C’est une histoire pleine de sens pour les plus grands…
Matthieu écrit son Évangile cinquante ans après la mort de Jésus. Il a beaucoup réfléchi sur l’aveuglement de certains pharisiens, de certains prêtres, de certains scribes au temps de Jésus. Et cinquante ans après, c’est pareil, il en est encore qui font toujours preuve du même entêtement, du même refus. En écrivant cette page sur la visite des Mages, c’est à eux qu’il pense.
D’autre part, Matthieu écrit son Évangile pour des communautés chrétiennes issues du monde juif et qui hésitent à accueillir les païens parmi eux… des Grecs, des Romains qui se convertissent en grand nombre à l’Évangile de Jésus. Leur entrée massive dans les communautés n’est pas du goût de tout le monde. Certains se demandent encore si des hommes, des femmes, qui ne pratiquent pas la Loi de Moïse peuvent devenir chrétiens. C’est aussi pour répondre à cette question que Matthieu développe ce récit.
En effet, qui voit-on venir auprès de l’Enfant Jésus ? On s’attendrait normalement à voir les prêtres, les lévites, les docteurs de la Loi, les hommes de la religion… Non, Matthieu nous dit que ce sont des hommes qui viennent des lointaines contrées d’Orient, avec leur caravane de chameaux. Sont-ils rois ? Sont-ils savants ? Peu importe, ce sont d’éminents personnages des autres peuples qui convergent vers le Sauveur. Ce sont des païens, des étrangers, qui se risquent à chercher Dieu jusqu’à Bethléem et non pas dans l’environnement de ceux qui savent tout des Écritures ; ceux-là restent à Jérusalem. On dirait qu’ils en savent trop ! C’est qu’il ne suffit pas de « savoir », il faut marcher, comme les Mages, il faut suivre l’Étoile, il faut « se rendre » à l’appel qui vient d’En-haut !
Le message que Matthieu veut faire passer est clair, il est même aveuglant ! La réponse est donnée à la question : « Faut-il accueillir les païens dans les communautés chrétiennes ? » Mais bien sûr ! Ce sont eux qui ont le mieux compris la nouveauté apportée par Jésus, qui ont le mieux accueilli la visite de Dieu. En offrant l’or, ils le disent Roi ; en offrant l’encens, ils le disent Dieu ; en offrant la myrrhe (qui servait à embaumer les morts), ils annoncent la mort et la résurrection de Jésus.
Le message de l’Épiphanie est éclatant. Le mot « Épiphanie » veut dire « Manifestation ». Dieu veut « se manifester » à tous les hommes sans exception : « Étranger, d’où que tu viennes, Dieu est venu pour toi. Aucun obstacle ne peut venir de ta race, de ta culture, de ton origine religieuse. Dieu se propose à toi, qui que tu sois, pourvu que tu le cherches ».
Dans certaines de nos églises, les chrétiens ne sont pas toujours très nombreux, le dimanche. Aujourd’hui, ces églises seront peut-être pleines. Pourquoi ? Parce que les chrétiens de ces paroisses ont pris l’habitude d’inviter tous les étrangers de leur quartier, pour signifier que notre Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ est venu pour tous les hommes, de toutes les races : c’est une bonne nouvelle à faire très largement connaître !
Merci Matthieu de nous avoir raconté la visite des Mages, qui vient nous bousculer un peu plus chaque année, et qui nous empêche de nous replier sur nous-mêmes, de garder pour nous seuls notre trésor !
En ce début janvier, reprenons les cadeaux offerts à Jésus par les Mages, pour nous souhaiter les uns aux autres, une bonne et heureuse année !
L’or évoque tout ce qui dans notre monde relève des échanges économiques, c’est à dire notre vie matérielle. La vie matérielle, c’est important. Ce n’est pas suffisant pour passer une bonne et heureuse année, mais c’est nécessaire. Nous pouvons nous souhaiter une vie matérielle équilibrée, stable, un emploi sûr, un salaire régulier, etc. Et puis que les biens matériels soient mieux distribués, mieux partagés, pour que ceux qui manquent terriblement du nécessaire autour de nous et dans le monde, retrouvent une existence normale.
L’encens évoque la prière, c’est-à-dire notre vie spirituelle. L’intériorité, le silence, le dialogue avec Dieu. On peut se souhaiter cela : avoir une vraie vie de prière, même au milieu de nos plus prenantes activités. Que cette vie intérieure transparaisse en nous, pour que même inconsciemment nous devenions un repère pour tous ceux qui cherchent leur chemin.
La myrrhe servait à embaumer les morts. Il ne s’agit pas d’être des rabat-joie aujourd’hui… mais reconnaissons que la mort fait partie de la vie. Il faut souhaiter que ceux qui connaîtront, cette année, le désert cruel de la souffrance et de la mort ne soient pas seuls quand ils traverseront ce désert, et que dans l’épreuve terrible de la mort d’un proche, notre espérance soit plus forte que la mort.
Et puis que notre prière et notre courage en 2012 fassent reculer les forces de la mort, de la violence, de la haine, de l’indifférence, en nous, autour de nous et dans le monde entier que Jésus est venu sauver.
Un dernier souhait pour conclure : puissions-nous repartir dès ce début janvier 2012 « par un autre chemin ». Tous ceux qui rencontrent le Christ sont appelés à prendre un autre chemin, en quittant le passé et la routine habituelle. Jésus nous montre toujours un chemin « nouveau » ! Une vie en compagnie de Jésus n’est jamais banale. Jésus bouscule, mais passionne !
« Plutôt que d’ajouter une année à notre vie,
ajoutons simplement de la vie à notre année ! »