Mc 11,15-19 LES VENDEURS CHASSÉS DU TEMPLE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 11,15-19  LES VENDEURS CHASSÉS DU TEMPLE

( voir aussi Matthieu 21,12-13 ; Luc 19,45-48 et Jn 2,13-17 ; 11,45-53 )

 

                À l’époque de Jésus, le TEMPLE était tout à la fois :

·                  Un centre religieux : il est le signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Chaque jour des sacrifices y sont offerts. Les Juifs y prient à des heures régulières et y montent en pèlerinage aux grandes fêtes.

·                  Un centre politique : situé dans la capitale, Jérusalem, il est le siège du seul organe du gouvernement juif, le Sanhédrin. À l’angle nord-ouest, Hérode y avait fait bâtir une forteresse, qui servit ensuite de casernement à une garnison romaine.

·                  Un centre économique : qui regroupe un personnel important : les prêtres, organisés en différents groupes, y montent chacun leur tour pour assurer leur service ; les lévites, chanteurs et portiers, assurent l’entretien et la police ; de nombreux ouvriers qui continuent les travaux de construction et d’aménagement entrepris par Hérode le Grand, qui se sont prolongés pendant plus de quatre-vingts ans, de 19 av J.C. à 64 ap JC. (La guerre juive contre les romains qui se terminera par la destruction du Temple en 70, commence dès 66) ; des vendeurs qui font le commerce des animaux nécessaires aux sacrifices, et qui prennent de plus en plus de place ; des changeurs pour permettre aux pèlerins de l’étranger de changer leur monnaie pour s’acquitter de l’impôt annuel pour le Temple qui n’était accepté qu’en monnaie juive (Ex 30,12-16).

Pour nous, le mot « Temple » évoque l’image d’un édifice. En fait, la plus grande partie du Temple de Jérusalem était en plein air : il s’agissait de grandes cours, séparées les unes des autres et à des niveaux différents (parvis des prêtres, des hommes, des femmes, des gentils (païens)…), et des portiques tout autour. Seule la partie centrale était construite : un bâtiment de 20 mètres de long sur 10 de large et trente de haut. Une partie était réservée aux Juifs ; les païens n’avaient pas le droit d’y pénétrer sous peine de mort. C’était la partie vraiment sacrée ; la circulation et les activités y étaient réglementées. Mais le reste était ouvert à tous, Juifs et païens.

 

v. 15 : « Jésus et ses disciples arrivent à Jérusalem. Alors Jésus entra dans le Temple et se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes. »

v. 16 : « Et il ne laissait personne traverser le Temple en portant quoi que ce soit »

Jésus se conduit dans le Temple en vengeur des droits de Dieu. Un simple prophète eût pu, certes se comporter de la sorte, mais la scène est à interpréter ici dans la perspective de l’entrée messianique du jour des Rameaux : c’est le “Fils de David” qui agit de la sorte. Il expulse ceux qui vendent et ceux qui achètent ; il renverse les boîtes de monnaie ; mais il ne touche pas aux colombes (Joseph et Marie l’ont racheté à sa naissance par deux petites colombes (Lc 2,24) : il ne renverse que leurs sièges…

Jésus perturbe volontairement le bon fonctionnement du Temple, signifiant par là qu’il inaugure les temps nouveaux. Comme l’annonçait le prophète Zacharie : « Il n’y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur, le Tout-Puissant, en ce jour-là » (Zacharie 14,21).

La description est plus détaillée chez Matthieu, qui ajoute la mention des aveugles et des boiteux guéris (signification messianique), et des enfants qui crient comme au jour des Rameaux : « Hosanna au Fils de David ! » ; c’est même précisément cette manifestation tapageuse qui amène les grands prêtres et les scribes à intervenir. Il n’est donc pas douteux que Matthieu ait accentué la portée messianique de la scène.

Par contre, nous trouvons en Marc un détail absent en Matthieu : « Il ne laissait personne traverser le Temple en portant quoi que ce soit ». Cette précision révèle que l’on avait pris la fâcheuse habitude de faire du Temple un lieu de passage commode pour éviter un détour.

Cet incident est placé par Jean au début de son Évangile (Jean 2,13…). Des raisons catéchétiques ont inspiré cette situation, comme du reste celle que l’on trouve chez les synoptiques. Ceux-ci sont bien obligés de placer l’événement ici, puisqu’ils ont groupé à la fin de leur livre tout ce qui s’est déroulé à Jérusalem, tandis que Jean ne s’est pas imposé ce schématisme, et qu’il a ses raisons pour placer le signe du Temple sitôt après le signe de Cana.

v. 17 : « Il enseignait et il déclarait aux gens : “L’Écriture ne dit-elle pas : Ma Maison s’appellera maison de prière pour toutes les nations ? Or, vous, vous en avez fait une caverne de bandits” ».

Citation du prophète Isaïe (56,7) : les temps nouveaux annoncés par le prophète du temps de l’exil s’accomplissent ; Jésus veut ouvrir le Temple à tous les peuples.

En reprenant des textes prophétiques (Is 56,7 ; Jér 7,11), Jésus dénonce la corruption des prêtres qui ont fait du Temple un lieu de commerce qui a bien peu à voir avec le service de Dieu.

La signification du geste, sans doute historique, que pose Jésus est profonde. Il ne s’agit pas que de corriger des abus. Jésus fustige un Israël qui tente de dissimuler derrière le culte du Temple une vie indigne du Dieu qu’il honore : tel est le sens de Jérémie 7,1-15.

C’est à toutes les nations (expression que Marc est le seul à retenir d’Isaïe 56,7 ; voir Mt 21,13 ; Lc 19,46), que sera confiée la maison de Dieu, comme l’enseignera bientôt la parabole des vignerons meurtriers (Mc 12,9 ; Mt 21,43). C’est l’annonce d’une ouverture universaliste.

L’expression « caverne de bandits » est une citation, très explicite, du prophète Jérémie (7,11). Des Juifs pensaient en en toute sérénité qu’ils étaient en règle parce qu’ils venaient au Temple accomplir des actes religieux. Comme l’avait dit Jérémie, ils s’estimaient en sécurité parce qu’ils se sont réfugiés dans leur caverne. Mais Jérémie ajoutait (et les auditeurs de Jésus connaissaient cette parole) : Si, d’un côté, vous allez au Temple et que, de l’autre, vous vivez dans l’injustice, cela ne sert à rien ; le Temple n’a plus qu’à être détruit (Jér 7,1-15).

Ce Temple est alors comme le figuier dont parle Marc, avant et après le présent récit : si un figuier ne donne pas de fruits, il ne sert à rien ; si le Temple ne donne pas de fruits, car il cautionne une société où règne l’injustice, il ne sert plus à rien !

v. 18 : « Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. »

Jésus ose s’attaquer à ce qu’il y a de plus sacré pour les Juifs. C’est là une position radicale, qui ne supporte aucun compromis. Les vieilles outres ne peuvent qu’éclater ! (2,22). D’où la réaction de « colère retenue » chez les Prêtres et les Scribes…

Par là, Jésus revendique une autorité extraordinaire : c’est lui qui va indiquer où est le vrai lieu de la rencontre de Dieu : toute la vie des hommes est éclairée par sa Parole.

Il est difficile de dire avec précision ce qui s’est passé au Temple ce jour-là. Jésus fait comme les anciens prophètes, dont la prédication joignait les gestes à la parole (cf. Jér 13,1-11 ; 19,10-13 ; 25,15 ; 27,1 ; …).

Si l’on veut essayer de préciser vers quelle époque de la vie de Jésus la scène se situe au mieux, on tiendra compte du fait que les grands prêtres et les scribes n’osent intervenir à cause de la popularité de Jésus auprès de la foule qui l’écoute. On comprendrait donc mieux cette crainte après un certain ministère de Jésus à Jérusalem, où il semble être bien connu, et où il s’est déjà sûrement rendu plusieurs fois.

v. 19 : « Et quand le soir tombait, Jésus et ses disciples s’en allaient hors de la ville. »

Jésus a bien préparé son intervention et prévu son chemin de repli. C’était une démarche essentielle à faire pour lui. C’était une provocation lucide et courageuse, car, il le sait, ce sera « sur cela » qu’il sera condamné et qu’il mourra !

EN CONCLUSION : Quel est le sens et la portée de l’intervention de Jésus ?

Il semble que Jésus vise trois objectifs :

1.       Une purification du Temple : les commerçants avaient obtenu trop de concessions auprès des autorités au point de profaner le lieu réservé à la prière et à l’adoration. Humainement parlant, Jésus devait être révolté par ces lamentables abus. Il passe alors à l’action directe avec un courage, une autorité et un aplomb étonnants !

2.       Une critique de la religion : une religion « abâtardie »… par un ensemble de trafic organisé et tarifé de marchandises et de bestiaux. Il n’y avait plus de place pour un culte « en esprit et en vérité »(Jn 4,24). Jésus réaffirme les exigences vraies d’une religion de la foi et du cœur, en ce jour de fête religieuse !

3.       Une mise en cause des autorités : Il s’agit du haut clergé de Jérusalem : c’est lui que Jésus vise directement, beaucoup plus que les petits marchands du Temple, à qui il expliquait ce qu’il faisait (11,17). La citation (Is 56,7 ; Jér 7,11) a été adressée aux prêtres qui ont fait du Temple un lieu de commerce qui a bien peu à voir avec le service de Dieu. La suite du texte de Jérémie est encore plus sévère : « Je vais traiter ce Temple qui porte mon nom et dans lequel vous mettez votre confiance comme j’ai traité Silo » (Jér 7,14). Or Silo fut détruit et rasé. Jésus évoque ainsi comme châtiment la destruction éventuelle du Temple et finalement le rejet par Dieu du peuple qui refuse de se repentir.

 

Cette mise au point de Jésus reste toujours vraie pour nous aujourd’hui !...

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Publié dans MARC

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