Mc 14,12-16 LES PRÉPARATIFS DU REPAS PASCAL
Mc 14,12-16 LES PRÉPARATIFS DU REPAS PASCAL
( voir aussi Matthieu 26,17-20 et Luc 22,7-14 )
Il semble que dans ce passage il y ait deux récits parallèles : un fond commun à Mt et à Mc et un apport propre à Mc et à Lc.
Premier récit (v.12+14b+16).+ (Mt 26,17-19). Ce sont les disciples qui prennent les devants. On ignore qui est envoyé. Jésus ne donne aucun signe à ses disciples. Il les envoie chez “un tel” : ceux-ci transmettent la décision de leur Maître. On a l’impression que tout est déjà conclu, et que tout est déjà prévu. Récit sobre et simple.
Second récit (v.13+14a+15) + (Lc 22,7-13). La rencontre de l’homme à la cruche est inspirée de l’AT : 1 S 10,1-7. Le propriétaire est inconnu, mais la salle aussi est toute prête. Repérer la pointe du récit : Ils trouvèrent les choses selon ce qu’il leur avait dit. Affirmation d’une certaine prescience de Jésus, accentuée par le fait que Jésus semble se décider au dernier moment (“quand on immolait la Pâque” v.12). Pourtant Jésus dit : “ma salle” (v.14) (Lc dit “la”…), ce qui laisserait entendre que ce n’était peut-être pas la première fois…
v. 12 : « Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? »
Ce verset 12 doit être rapproché du verset 1. Le récit qui a été intercalé a laissé entrevoir l’issue fatale en parlant d’ensevelissement (v.8) et de trahison (10-11). Marc nous invite à voir dans le dernier repas de Jésus la signification que les Juifs donnaient au repas de la Pâque. Il veut nous faire partager la conviction que les événements de la mort et de la résurrection du Christ sont une nouvelle Pâque, une nouvelle libération effectuée par Dieu, l’agneau pascal étant Jésus offert pour le salut du monde, sacrifice qui rend caducs tous les autres. Ce repas sera un repas pascal.
v. 13 : « Jésus envoie deux disciples : “Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. »
Un homme portant une cruche d’eau est un fait plutôt rare, car la corvée d’eau est d’ordinaire laissée aux femmes.
v. 14 : « Et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? »
v. 15 : « Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
v. 16 : « Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque. »
Préparer le repas pascal consistait à trouver un local et à faire des achats.
Trouver un local : les pèlerins qui venaient à Jérusalem étaient nombreux. Ils devaient célébrer le repas liturgique dans une maison, au cours de l’un des huit jours que durait la fête des Azymes. Les habitants de la ville devaient donc, forcément, leur prêter une salle.
Faire des achats : les salles prêtées étaient meublées, mais il fallait acheter ce qui était nécessaire pour le repas : pain azyme, vin, fruits, parfums, huile pour les lampes et surtout l’agneau pascal qui devait être immolé au Temple, mais préparé à la maison.
Jésus a chargé ses disciples de faire ces préparatifs…
Le mot Pâque se lit quatre fois dans le bref épisode des versets 12 à 16. C’est tout le drame de la Passion de Jésus qui se trouve mis sous le signe de la Pâque, c’est-à-dire du grand événement historique où Dieu, fidèle à son amour et aux promesses faites aux pères de la nation, avait délivré d’Égypte Israël en vue de se l’associer dans le cadre d’une alliance éternelle (Ex 12,15).
Jésus s’apprête à délivrer de l’esclavage du péché tous les hommes. Son propre sang sera versé ; il permettra aux siens d’échapper à la colère vengeresse du Dieu saint, comme l’avaient fait les Juifs grâce au sang de l’agneau immolé, sang appliqué sur le linteau et les deux montants de la porte (Ex 12,21-27).
“Le Christ, notre Pâque, a été immolé” (1 Co 5,7). Les préparatifs du repas pascal nous acheminent vers cette signification de la mort-résurrection de Jésus.
Enseignement de Marc : ces deux regards sur Jésus, donnent de Lui une meilleure connaissance.
Dans le premier récit, Marc serre de plus près l’événement. Jésus y apparaît dans une humanité toute semblable à la nôtre. Jésus est un “rabbi” qui a autorité sur ses disciples, mais qui se soumet aux usages, aux rites religieux et aux nécessités banales de l’existence.
Avec le second récit, on entre dans l’intérieur de Jésus, à la manière biblique qui aime le merveilleux, mais simplement pour montrer que Jésus domine les événements. En cela il se soumet au Père, en communion avec l’Esprit, en vue du “Repas du Seigneur” qui le rendra présent au monde jusqu’à la fin des siècles.