Mc 14,17-21 L'ANNONCE DE LA TRAHISON DE JUDAS
Mc 14,17-21 L’ANNONCE DE LA TRAHISON DE JUDAS
( voir aussi Matthieu 26,21-25 et Luc 22,21-23 et Jean 13,21-30 )
Un intime de Jésus le trahira : le thème est accentué dans cet épisode. En effet, la mention des Douze, par deux fois (vv.17.20), désigne les intimes de Jésus. Deux expressions (vv. 18.20) montrent que le traitre mange à la même table que Jésus…L’union de cœur qu’établit, surtout en orient, le fait de manger ensemble, se trouve brisée d’une manière révoltante.
Le plan de Dieu se réalise : second thème majeur. L’intime qui trahira Jésus accomplit le Psaume 41(40),10, auquel se réfère le v.18 de Marc. De plus, si Jésus sait quelle personne le trahira, c’est que Dieu le lui a révélé (Mc 14,18). Enfin, tout se passe selon ce qu’il est écrit du Fils de l’homme (v.21a). Dieu a conçu un plan selon lequel s’opérera la pâque ou la libération de l’homme ; Jésus connaît ce plan (14,13-15), et le suit fidèlement.
v. 17 : « Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze ».
v. 18 : « Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus leur déclara : “Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer ».
v. 19 : « Ils devinrent tout tristes, et ils lui demandaient l’un après l’autre : “Serait-ce moi ? ”
v. 20 : « Il leur répondit : “C’est l’un des Douze, qui se sert au même plat que moi” ».
v. 21 : « Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet : mais malheureux celui qui le livre ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né ».
Jésus unit de nouveau le titre Fils de l’homme à la souffrance qui vient vers lui (8,31 ; 9,31 ; 10,33). En Jésus s’uniront la figure du Fils de l’homme du Livre de Daniel (Dn 7) et celle du “serviteur souffrant” d’Isaïe (Is 52,13 à 53,12).
Bien que le geste de Judas contribue à réaliser le plan de Dieu, il demeure libre, porté au compte de son auteur. À travers l’exercice libre des volontés humaines, Dieu poursuit son dessein de salut. Jésus aurait pu être tout aussi bien arrêté sans la trahison de Judas.
Ce verset 21 n’est pas une malédiction, mais la constatation attristée du malheur dans lequel le traître s’est précipité.
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR CETTE ANNONCE DE LA TRAHISON DE JUDAS
Quand cette annonce a-t-elle été faite ?
À lire le récit de Marc, Jésus annonce la trahison pendant le repas pascal. Or le détail du (v.20) : « au même plat que moi » [tradition très ancienne] s’y oppose : au cours du repas pascal, chaque convive a son propre plat. Il s’agirait d’un autre repas ; lequel ? Jean peut nous éclairer ; il confirme que c’est au cours d’un repas (Jn 13,2) ; mais si c’était le repas pascal, pourquoi l’aurait-il quitté pour aller acheter ce “qu’il fallait pour la fête” (Jn 13,29). Donc sans doute, quelques jours avant la Pâque ; peut-être au cours du repas (ou d’un repas) à Béthanie ?
Comment s’est-elle faite ?
La tradition la plus ancienne rapporte le fait sans commentaire (Mc 14,18). « L’un de vous »…Un ami ! Un proche ! Jésus sait qu’on le cherche et qu’il peut être trahi. Il l’annonce en termes voilés, pour faire réfléchir le traître : il en est encore temps. Le v.19 est une rédaction postérieure (est-ce psychologiquement vraisemblable ?) ; à plus forte raison, le v.21, lourd de signification, qui donne sans doute le sens de cette annonce.
Pourquoi Jésus a-t-il annoncé cette trahison ?
Le verset 41 rappelle que l’heure de la rédemption est venue… Peu importe la manière dont Jésus sera livré aux mains des pécheurs… l’essentiel étant de montrer que son amour, quoique rejeté, l’emportera sur leur refus. Jésus a choisi ce chemin de fidélité : Mc 14,21a. Pour l’homme, qui devient l’instrument de ce projet divin, c’est évidemment un malheur ! Cet “homme-là” voit sa vie perdre tout sens : il n’était “pas fait pour cela” ! D’où le v.21b, qui reflète très certainement le mépris de la communauté chrétienne pour celui qui fut le traître. Il faudrait éviter de voir dans ce verset une sentence explicite de condamnation, par Celui même qui est “venu donner sa vie en rançon pour une multitude” – donc pour tous (Mc 10,45).
Essayons d’en dégager quelques conclusions :
Ø Jésus, en son humanité, est engagé, comme nous, dans les événements ; il les sent venir ; il en manifeste comme une sorte de prescience.
Ø Le Père, dont il est le Fils bien-aimé, mène ces événements où il est engagé, pour qu’en Jésus se révèle son amour aux hommes face au péché.
Ø Judas consomme et porte à son comble le péché, en livrant Jésus à la mort, tout en montrant que le péché le plus odieux peut encore être pardonné.