Mc 14,22-25 L'INSTITUTION DE L'EUCHARISTIE

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mc 14,22-25  L’INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE

( voir aussi Matthieu 26,26-29 et Luc 22,15-20 )

            Le texte de Marc n’est pas exempt de difficultés… Deux au moins sautent aux yeux ! La première se rapporte à la coupe du vin. En Mc 14,23b on peut lire : “Ils en burent tous”. Et c’est seulement après que Jésus dit : “Ceci est mon Sang”… La seconde est encore au sujet de la coupe de vin que l’on vient de boire. Jésus en parle, comme s’il avait oublié qu’il vient de dire : “Ceci est mon sang”, pour ne plus évoquer que le “fruit de la vigne”… On peut en conclure simplement, qu’il y a ici encore deux versions qui n’ont pas été harmonisées, l’une décrivant un repas pascal, l’autre l’institution de l’Eucharistie.

            Le récit d’un repas pascal (Mc 14,17-18a + 23 + 25-26). C’est à peu près ce que rapporte Luc avant l’institution de l’Eucharistie (Lc 22,15-20). Jésus y annonce à la fois sa mort prochaine et un revoir après sa mort. Cela correspond à ce qu’il a dit à Béthanie et dans l’annonce de la trahison.

            Le récit de l’institution de l’Eucharistie (Mc 14,22-23a-24). Ce récit a été transmis à Marc à partir d’une tradition liturgique ancienne. C’est en effet ce que dit st Paul, avec des paroles un peu différentes (1 Co 11,23-26).

            Marc aurait alors fusionné ces deux récits qui étaient de traditions différentes. On peut en conclure ceci : d’une part, Marc a vu dans le repas d’adieu de Jésus, un repas pascal. Donc un repas tout à fait juif, avec des compléments chrétiens postérieurs. Le déroulement du repas pascal avec ces compléments impose donc la fraction du pain au début et la coupe eucharistique à la fin ; d’autre part cependant, le texte décisif de l’institution eucharistique ne contient aucune indication du repas pascal proprement dit. L’institution de l’Eucharistie n’est pas interprétée dans un sens pascal. Il n’y a aucune allusion à la sortie d’Égypte et à l’agneau immolé.

            À partir de Marc, on ne peut donc pas décider si, historiquement et en réalité, l’institution de l’Eucharistie était liée au repas pascal. Je dis bien : à partir de Marc, car historiquement et en réalité, ce repas fut un repas pascal. Il en découlait une conséquence pastorale importante.

            Dans la première annonce chrétienne – faite ici surtout à des païens – ce qui était mis en relief, c’était l’aspect nouveau de repas dit du Seigneur. Son rapport avec le repas pascal, même s’il fut réel, était à l’arrière-plan. C’est encore cet aspect typiquement chrétien de Repas du Seigneur (1 Co 11,20) qui doit ressortir avec évidence de nos eucharisties. Cet aspect constitue ce qu’il y a d’essentiel dans le récit de Marc.

v. 22 : « Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : “Prenez, ceci est mon corps ».

v. 23 : « Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous ».

Jésus reprend (pour leur donner un nouveau sens) les gestes du chef de famille juif qui, dans le repas pascal, bénissait le Dieu qui donne le pain et le vin, puis partageait avec les convives ces aliments.

Dans le pain qu’il distribue, c’est son propre corps, c’est lui-même que Jésus donne à manger comme source de vie (1 Co 10,16 ; 11,24-32).

v. 24 : « Et il leur dit : “Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude ».

De même, le sang que Jésus donne à boire, c’est son propre sang, sa propre vie (Lv 17,11-14) qu’il versera en mourant sur la Croix (1 Co 11,26). Comme au temps de Moïse (Ex 24,8), dans le sang de Jésus sera scellée une nouvelle alliance (Jér 31,31) où, d’abord, l’homme sera purifié grâce au sang de Jésus mourant pour expier les fautes de tous (He 2,17 ; 9,13-22 ; 1 Jn 2,2).

v. 25 : « Amen je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de Dieu. »

L’Eucharistie annoncera la mort expiatrice de Jésus jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11,26) établir le Royaume où Dieu sera tout en tous (1 Co 15,28).

Le contenu essentiel de ce récit est exprimé dans les deux déclarations de Jésus : « Ceci est mon corps – Ceci est mon sang ». Jésus prend un repas avec les siens, scellant ainsi cette communauté d’amis. Il distribue le pain et tend à ses amis une coupe pour que tous y boivent. Trois thèmes spirituels s’en dégagent : le thème du rassemblement, le thème de la nourriture et le thème de la mort et de la résurrection.

Le texte de Marc est tellement bref et compliqué qu’il nous laisse sur notre faim.

Que s’est-il passé en cette dernière soirée du Seigneur ?

Essayons une reconstitution à partir d’autres sources historiques sûres…

 

AVANT LE REPAS

 

Jésus, avec ses disciples, entre à Jérusalem discrètement en fin d’après-midi.

Il gagne une maison où il est attendu : une grande pièce à l’étage, préparée.

On se range autour des tables, debout par petits groupes.

On mange des hors-d’œuvre de fruits séchés : dates, figues, raisins.

On se passe des coupes de vin, avec des formules de bénédictions.

C’est probablement à ce moment que Jésus a dit ; « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir, car je vous dis que jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu » (Lc 22,15-18)

Alors on se met à table (peut-être une dispute pour les places ? Lc 22,24).

PENDANT LE REPAS

Jésus a certainement expliqué, d’après les Écritures, ce qu’on allait faire.

Puis il a improvisé une longue prière d’action de grâces en évoquant d’abord le “passé” d’Israël ; puis le “présent” : sa venue dans le monde pour le sauver : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aimerait jusqu’au bout », résolu à sacrifier sa vie pour tous ; et aussi “l’avenir” tourné vers le Père : « je ne vous laisserai pas orphelins… je vous prendrai un jour avec moi… » (cf. le discours de Jean après la Cène, Jn 14-17).

Le moment est venu de manger l’agneau pascal avec les pains azymes.

C’est probablement alors que Jésus a fait don de son Corps Eucharistique : « Tandis qu’ils mangeaient, il prit du pain, le rompit et le leur donna en disant : “Prenez, ceci est mon corps” » (Mc 14,22).

Après avoir mangé, il y avait comme un interlude suivi d’une conclusion.

APRÈS LE REPAS

La nuit était tombée, on allumait les lampes, on brûlait des parfums.

On se lavait les mains, après avoir mangé avec ses doigts.

Jésus prit une coupe de vin, la dernière coupe. À cette coupe, solennellement bénie, tous devaient boire.

« Et il leur dit : “Ceci est mon sang, celui de l’alliance,

versé en faveur d’une multitude” » (Mc 14,24)

Ce repas ainsi partagé devenait le “signe” d’une union mystérieuse avec le Maître, pour toujours. C’était un repas pascal.

On chantait alors les Psaumes d’action de grâces appelés “Hallel” :

« Rendez grâces au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour » Ps 136

« Et après le chant des Psaumes, ils partirent pour le Mont des Oliviers » Mc 14,26

 

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Publié dans MARC

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