Mc 7,24-30 LA FOI D'UNE SYRO-PHÉNICIENNE

Publié le par GITANS EN EGLISE

  Mc 7,24-30  LA FOI D’UNE SYRO-PHÉNICIENNE

( voir aussi Matthieu 15,21-28)

 

D’ici jusqu’à 9,29, Marc se situe aux frontières de la Galilée. Jésus retourne chez les païens, mais cette fois l’atmosphère est beaucoup plus positive et sereine qu’en 5,1. Le texte qui précède (sur le pur et l’impur) a préparé ce changement de climat.

Quel va être l’intérêt catéchétique de ce passage ? Sans doute d’instruire les lecteurs de Marc, issus du paganisme, de l’attitude que Jésus a eue jadis envers les païens, et de ranimer par là leur confiance en la miséricorde du Seigneur. Jésus ouvre symboliquement une brèche dans le rejet et l’incompréhension entre juifs et païens et officialise, pour ainsi dire, l’appel des païens au salut.

Le souci chez Marc de ne pas heurter ses destinataires apparaît assez clairement dans ce récit de la guérison de la fille de la syro-phénicienne, surtout si on le compare au récit parallèle de Matthieu qui, s’adressant à des juifs, n’avait pas les mêmes raisons de prendre de telles précautions.

Matthieu a éprouvé visiblement quelque répugnance à relater un miracle opéré chez des païens… Par contre Marc omet ce qui pourrait laisser entendre que Jésus a hésité à exaucer cette femme… Ces petites nuances sont précieuses : elles nous renseignent sur la façon dont les évangélistes « relisent » les paroles de Jésus et leur donnent un éclairage particulier, choisi en fonction de leurs destinataires.

v. 24 : « En partant de là (Capharnaüm), Jésus se rendit dans la région de Tyr. Il était entré dans une maison, et il voulait que personne ne sache qu’il était là ; mais il ne réussit pas à se cacher. »

La région de Tyr se situe au nord de la Galilée, dans le Liban actuel. Il y avait là une population mélangée, faite surtout de païens. Marc ne nous indique pas le motif de ce voyage de Jésus. Il semble qu’il voulait rester là incognito. On est toujours dans la logique du “secret messianique”…

v. 25 : « En effet, la mère d’une petite fille possédée par un esprit mauvais avait appris sa présence et aussitôt elle vint se jeter à ses pieds. »

Jésus est vite repéré… même en territoire étranger !

L’expression « esprit mauvais ou impur » est utilisée près de 30 fois dans le Nouveau Testament. La plupart du temps il est cause d’un déséquilibre physique (Mc 1,23), bien que le malade ne soit pas considéré comme particulièrement mauvais ou souillé. Les esprits font partie des forces de Satan ; Jésus et ses disciples leur ont résisté et les ont vaincus (Mt 5,8 ; 10,1).

Combien de mamans, dans le monde entier, imitent cette femme, et viennent confier à Jésus les soucis que leur donnent l’éducation ou la santé de leurs enfants… Que de prières touchantes et ferventes, qui ne sont connues que de Dieu seul…

v. 26 : « Cette femme était païenne, de nationalité syro-phénicienne, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. »

Marc souligne clairement que cette femme était étrangère et païenne.

Jésus vient de rencontrer et de rejeter le légalisme des maîtres juifs venus de Jérusalem, cœur du judaïsme (Mc 7,1). Voici qu’il rencontre dans un pays païen typique, celui de Tyr, une païenne authentique (grecque, syro-phénicienne de naissance) possédant une foi d’une telle grandeur, d’une telle humilité (cf. Mt 11,25-27), qu’il va faire une exception à la tâche qui était alors la sienne et celle des Douze : aller vers les seules brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15,24 ; 10,5-6).

Au moment où Marc rédige son Évangile, à Rome, en plein cœur du paganisme, cette rencontre de Jésus prend de l’importance. Cela montre que Jésus est véritablement le fondateur de la « mission vers les païens ». L’Église de Rome était appelée, elle aussi, à cet effort d’ouverture, comme nous le sommes encore aujourd’hui, pour rejoindre les personnes qui « ne sont pas de chez nous »…

v. 27 : « Jésus lui dit : “Laisse d’abord les enfants manger à leur faim, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. »

Dans le judaïsme, on désignait volontiers les Juifs comme les fils ou les “enfants” de Dieu, tandis que les païens étaient parfois désignés avec mépris comme des “chiens”. Cette parole dure montre que si Jésus refuse certaines déviations du judaïsme, il reconnaît l’élection du peuple et les promesses de Dieu. Il considère qu’il “est bien” que Dieu réalise ses promesses d’abord en faveur de ceux à qui il les a faites. Le mot « d’abord » suggère que les païens seront aussi admis au Royaume par leur foi, ce qui rejoint la situation des lecteurs de Marc.

Il y aura un « ensuite » où toutes les nations auront accès au salut (Mt 8,11-13 ; 21,43 ; 28,19-20), qui avait d’abord été offert aux fils des prophètes et de l’Alliance (Ac 3,25-26 ; 5,31). Le présent épisode préfigurait et justifiait le comportement des missionnaires de la primitive Église, Pierre (Ac 3,25-26) et Paul en particulier (Ac 13,46 ; 18,6 ; 26,20 ; 28,28).

La Parole de Jésus n’est donc dure qu’en apparence et provisoirement. Il met cette femme de foi à l’épreuve : c’est ainsi que souvent Dieu semble repousser nos prières, pour que celles-ci soient plus insistantes et plus humbles.

v. 28 : « Mais elle lui répliqua : “C’est vrai, Seigneur, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des petits enfants. »

La grande foi de l’étrangère (Mt 15,28) s’exprime dans son attitude : elle ne conteste pas la réponse de Jésus, elle ne se laisse pas rebuter par l’humiliation ; avec beaucoup de respect elle lui dit “Seigneur”, et elle le surprend par sa logique toute simple ! Elle montre ainsi qu’elle croit d’emblée que Jésus peut libérer sa fille et qu’il va faire quelque chose. Jésus ne résiste pas ! Quelle chance d’avoir conservé une telle réponse !

v. 29 : « Alors il lui dit : “À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille ».

v. 30 : « Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. »

Jésus fait donc ce que demande cette femme en soulignant la qualité de sa foi. Et la femme croit sans hésiter à la libération de sa fille effectuée à distance par Jésus. À la foi est lié le salut.

Ce n’est pas innocent de la part de Marc, d’avoir choisi une femme païenne comme exemple de foi pour les croyants de son époque et de sa communauté, encore en proie à des tiraillements et des conflits à ce sujet. Jésus veut une Église qui s’ouvre aux païens et qui ne se referme pas sur ses trésors.

Marc écrit pour des chrétiens chez qui le pain évoque l’Eucharistie. L’entrée des païens dans la communauté par le baptême leur ouvre une place au repas eucharistique. C’est souvent au cours de ces assemblées eucharistiques que ces textes d’Évangile étaient lus devant tous.

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Publié dans MARC

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