Mc 8,1-10 SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS

Publié le par GITANS EN EGLISE

  Mc 8,1-10  SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS

( voir aussi Matthieu 15,32-39)

 

 

La section de Mc 8,1-26 forme un parallèle assez net avec la section antérieure qui va de 6,31 à 7,37. Des scènes et des enseignements semblables se retrouvent dans ces deux longs développements.

Ce deuxième récit de la multiplication des pains (vv.1-10) vient sans doute d’une communauté de chrétiens issus du paganisme. C’est pourquoi Marc le situe dans un contexte géographique païen. Le contexte eucharistique (v.6) est aussi bien marqué que dans le premier récit (6,41). On y apprend que personne n’est exclu des bienfaits de Dieu et que la table eucharistique est ouverte à tous, y compris aux païens.

Comme ce récit est peut-être une seconde version de l’événement rapporté en 6,32-44, il est intéressant de comparer les deux récits pour mieux distinguer leurs orientations propres.

Première multiplication

Seconde multiplication

En territoire juif, pour les juifs

En plein territoire païen de la Décapole

Jésus « dit la bénédiction » : terme familier aux juifs.  [ « eu-logein » en grec ]

Jésus « rend grâce »… : terme familier aux païens.  [ « eu-charistein » en grec ]

Ils étaient cinq mille hommes…

Ils étaient environ quatre mille…

Il reste « douze » paniers, mot utilisé surtout par les juifs.

Il reste « sept corbeilles », mot utilisé surtout par les grecs.

« Douze » est le chiffre des « douze tribus d’Israël »… La première communauté « judéo-chrétienne » «était organisée autour des « Douze », comme les « douze patriarches » du premier peuple d’Israël.

« Sept » est le chiffre des « sept diacres » qui organisèrent la première communauté héllénistique (événement extrêmement important pour introduire les païens dans l’Église et leur donner l’impression d’être à la même table. Actes 6.)

v. 1 : « En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule de gens et qu’ils n’avaient pas de quoi manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : »

Ce récit accentue le rôle de Jésus et, par le fait même, diminue celui des disciples. Jésus prend l’initiative de signaler le besoin des gens (voir 6,35-36) ; son mouvement de pitié sera souligné (8,2) ; lui seul paraîtra capable de nourrir ces gens en plein désert (8,4 ; voir 6,36-37) ; la foule est restée près de lui trois jours (8,2).

v. 2 : « J’ai pitié de cette foule, car depuis trois jours déjà ils sont avec moi, et n’ont rien à manger. »

La pitié que ressent Jésus n’a pas d’explication théologique, comme en 6,34, où la foule était « comme des brebis sans berger ». Le besoin physique des gens est accentué : ils ont faim (8,1.2.3) ; ces gens sont venus de loin (8,3) ; ils sont restés avec Jésus depuis trois jours, au point qu’ils pourraient défaillir en route (8,3). Jésus rassasiera d’abord des gens physiquement affamés (8,4.8).

v. 3 : « Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route ; or, quelques-uns d’entre eux sont venus de loin ».

« Certains sont venus de loin ». Sur le sens purement spatial de l’indication peut se greffer une signification théologique. Ceux qui vivent au loin, dans l’Écriture, ce sont souvent des païens (Is 49,12 ; 57,19 ; Jér 46,27 ; Jos 9,6.9 ; 2 Ch 6,32 ; Ep 2,13.17 ; Ac 2,39). Or, bien des indices laissent voir que ce récit de multiplication des pains vient du monde hellénistique et touche une foule venant du monde païen : une analyse philologique du texte le montrerait aisément, ou des indications géographiques telles que Décapole (7,31) et probablement Dalmanoutha (v.10).

v. 4 : « Ses disciples lui répondirent : “Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert ?” »

v. 5 : « Jésus leur demanda : “Combien de pains avez-vous ?” Ils lui dirent : “Sept”

Les Apôtres sont associés à Jésus pour nourrir les foules. Jésus les lance avec lui dans l’action. Ils voient très bien ce qu’il faudrait faire, mais ils n’en ont pas les moyens. Jésus va s’en charger. Il prend les choses en main.

v. 6 : « Jésus ordonna à la foule de s’asseoir par terre.  Puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent ; et ils les distribuèrent à la foule. »

Bien des éléments de ce verset rappellent le récit de l’institution de l’Eucharistie qu’on lit en 1 Co 11,24 (récit non juif). Comme cette foule venue du monde païen fut rassasiée par Jésus (Mc 8,8), ainsi les communautés chrétiennes issues du monde grec – comme l’était celle pour laquelle Marc écrivait – sont nourries de l’Eucharistie, destinée à tous les hommes.

v. 7 : « On avait aussi quelques petits poissons. Jésus les bénit et les fit distribuer aussi. »

v. 8 : « Ils mangèrent à leur faim, et, des morceaux qui restaient, on ramassa sept corbeilles. »

Il y a des « restes ». Cela signifie que la nourriture distribuée est surabondante. C’est le symbole d’un acte qu’il faudra continuer de faire pour les pauvres, pour ceux qui ont faim. Une nourriture à mettre sans cesse, sous forme de partage et d’attention aux plus démunis, à la disposition des autres.

v. 9 : « Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya.

v. 10 : « Aussitôt, montant dans la barque avec ses disciples, il alla dans la région de Dalmanoutha.

« Dalmanoutha » : ce nom de lieu, au bord du lac de Galilée, à consonance araméenne, n’a pas encore été réellement identifié. Il en va de même pour Magadan en Mt 15,39.

Ainsi se termine la longue séquence touchant l’appel des païens au salut. Cet appel, l’Église primitive l’avait compris, non sans beaucoup de difficultés. Marc a essayé ici d’en faire remonter le dessein à Jésus lui-même, ce qui est bien vrai.

Publicité

Publié dans MARC

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article