Mc 8,11-13 LES PHARISIENS DEMANDENT UN SIGNE
Mc 8,11-13 LES PHARISIENS DEMANDENT UN SIGNE
( voir aussi Matthieu 16,1-4. 12,38-39. Lc 11,16.29 ; 12,54-56 )
C’est dans un contexte de portée eucharistique qu’il faut comprendre pourquoi Marc introduit ici la demande, que font les pharisiens, d’un signe venant du ciel. Marc, en contexte non juif, se démarque de Matthieu parlant du signe de Jonas (Mt 12,39). « Demander un signe », un prodige, quand on refuse par avance de croire, c’est tout simplement “mettre à l’épreuve” c’est-à-dire, tendre un piège ! Que de « résistances » Jésus a rencontrées dans sa mission auprès des hommes ! Marc souligne ici le climat d’hostilité qui se renforce autour de Jésus.
v. 11 : « Les pharisiens survinrent et se mirent à discuter avec Jésus : pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient un signe venant du ciel. »
En donnant du pain à la foule qui l’avait écouté toute la journée, Jésus vient de refaire le même prodige que Dieu pour son peuple dans le désert : le don de la “manne” quotidienne. Mais les pharisiens n’ont rien vu, rien entendu. Ils se bouchent les yeux et les oreilles. Ils demandent même à Jésus un nouveau signe, comme s’il n’avait rien fait.
On pense volontiers au récit de Jean 6,30-31 : « Quel signe vas-tu nous faire voir, pour que nous croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ? Nos Pères ont mangé la manne au désert, selon le mot de l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain du ciel. »
On peut discerner dans ce passage l’intérêt catéchétique du rédacteur de l’Évangile : les chrétiens, lecteurs de saint Marc, n’imitent pas le manque de foi des pharisiens avides de signes. En ce qui concerne la réalité du Corps du Christ, sacramentellement présent sous l’apparence du pain, dans l’Eucharistie, les chrétiens ne demandent pas d’autre garantie que la seule parole de Dieu. C’est ce que déclarera plus explicitement saint Jean (Jn 6,60-63).
A l’inverse, les pharisiens ne viennent pas rencontrer Jésus pour s’éclairer, pour discuter vraiment, mais pour « tendre un piège », pour « tenter », pour s’opposer. Le mot grec utilisé ici par Marc est le même que celui de la tentation au désert : “Il fut tenté par Satan” (Mc 1,13). « Les pharisiens l’interrogèrent pour le tenter ».
« Ils lui demandaient un signe venant du ciel ». C’est bien la même tentation qu’au désert : « fais que ces pierres deviennent des pains… jette-toi du haut du Temple… ». C’est-à-dire : Montre qui tu es ! Fais des miracles pour gagner du prestige ! Utilise ta puissance divine pour t’imposer ! Force les gens à croire en toi !...
Cette tentation, toute proportion gardée, rapproche Jésus de notre condition humaine : merci Seigneur, d’avoir connu ces difficultés, ces tentations, et de les avoir surmontées. Saint Paul, dans l’épître aux Philippiens, exprime bien ce qu’a vécu Jésus intérieurement : « lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu : mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes… » (Ph 2,5-6). Chaque fois que dans nos vies, nous voudrions supprimer les difficultés, nous rencontrons cette même tentation.
v. 12 : « Jésus soupira au plus profond de lui-même et dit : “Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? Amen, je vous le déclare : aucun signe ne sera donné à cette génération. »
v. 13 : « Puis il les quitta, remonta en barque, et il partit vers l’autre rive ».
Nous avons déjà rencontré ce « soupir » de Jésus, au moment de la guérison du « sourd-bègue » (Mc 7,34). Il faut essayer d’imaginer ce « gémissement », cette plainte exprimée dans une sorte de découragement : « ils ne comprendront donc jamais ! ».
Les sommaires mis à part, Marc a déjà présenté onze miracles de Jésus. Il vient de nourrir 4000 hommes avec 7 pains et il y eut 7 corbeilles de restes ! Avouons qu’un tel aveuglement, un tel endurcissement du cœur, est plutôt décourageant !
Jésus refuse donc à ceux qui ont déjà vu tant de signes de l’action de Dieu, un nouveau « super-signe » qui les dispenserait de faire un acte de foi, tellement l’évidence serait grande. L’acte de foi est une démarche libre (cf. 8,29) ; mais on ne peut la remettre indéfiniment à demain, sous prétexte que ce n’est pas encore assez clair.
« Cette génération » dans la bouche de Jésus, est un terme de condamnation ; elle fait allusion au passé d’Israël (Gn 7,1 ; Jér 8,3), et tout particulièrement à la « génération du désert » qui a contesté Dieu et qui le mettait à l’épreuve en réclamant toujours de nouvelles preuves de sa puissance divine : « Quarante ans leur génération m’a déçu (dégoûté)… quand vos pères mon tenté et provoqué… et pourtant ils avaient vu mon exploit ! » (Ps 94(95),9-10). En fait, c’est l’ensemble d’Israël que Jésus condamne dans son refus de tout signe.
« Amen, je vous le déclare ! » : parole de déception, portant le poids de toute la révolte de l’histoire d’Israël ! Jésus souffre : il a devant lui des cœurs fermés. Il n’y a aucune place pour une sereine discussion. Alors Jésus préfère prendre le large et partir vers l’autre rive…