Mt 9,1-8 JÉSUS GUÉRIT UN PARALYSÉ
Mt 9,1-8: JÉSUS GUÉRIT UN PARALYSÉ
Les textes qui précèdent posaient, à propos de Jésus, la question : « Qui est-il ? » (8,27). Le chapitre qui commence invite à répondre dans la foi, en reconnaissant en Jésus le Fils de l’homme qui remet les péchés, le médecin de l’humanité, l’Époux qui ouvre la fête dans le monde des hommes, et celui qui donne la vie au monde.
Mais ce chapitre montre aussi que certains refusent de croire, et s’enferment ainsi dans un tragique aveuglement.
Pendant son ministère sur la terre, Jésus a dû guérir des centaines de personnes, et chaque cas, dans ses détails, aurait pu devenir un passionnant récit. Le Saint Esprit a guidé Matthieu à n’en retenir que quelques-uns pour montrer que Jésus avait toute autorité dans les cieux, sur la terre et sur la mer. Jusqu’à maintenant nous avons contemplé l’autorité de Jésus sur la maladie, sur la nature et sur le surnaturel. Le récit qui suit nous révèle le plus grand de ses pouvoirs : son droit de pardonner le péché, de réconcilier l’homme avec Dieu.
v. 1 : « Jésus monta en barque, traversa le lac et alla dans sa ville de Capharnaüm ».
Jésus quitte le pays des païens et revient en territoire juif. La guérison de cet homme paralysé eut lieu dans la ville de Capharnaüm, dans la maison où était hébergé le Seigneur (cf. Mc 2,1). Luc nous apprend que « des pharisiens et des docteurs de la loi étaient là assis, venus de tous les villages de la Galilée, de la Judée, et de Jérusalem » (Lc 5,17). Leur réaction aux paroles de Jésus indique qu’ils le surveillaient et cherchaient sans doute des sujets de controverse contre lui.
v. 2 : « Et voilà qu’on lui apportait un paralysé, couché sur une civière. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : “Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés” ».
Le récit de Matthieu va directement à l’essentiel : le pardon des péchés. C’est la première fois que Matthieu note ce pouvoir-là chez Jésus.
Les récits de Marc (2,1-2) et de Luc (5,17-25) nous indiquent de quelle manière “leur foi se voyait”. Ce paralytique était en effet porté sur son lit par quatre hommes. Ne pouvant pas atteindre Jésus à cause de la grande foule qui se trouvait devant la porte de la maison, ils montèrent sur le toit, en défirent une partie pour descendre leur ami avec des cordes devant Jésus. La foi que le Seigneur honore ne trébuche pas devant les obstacles, mais elle est prête à affronter toutes les difficultés pour s’approcher de lui.
La réponse de Jésus était inattendue : au lieu de guérir la paralysie, il pardonne les péchés du paralytique. Il s’attaque ainsi à la racine de toute maladie, le péché. Il vient au secours du malheureux dans sa détresse la plus profonde.
Ce récit nous fournit l’évidence la plus claire de la divinité de Jésus, et ses ennemis avaient raison de dire que Dieu seul a le pouvoir de pardonner les péchés. Le psaume 103,3 l’assurait déjà en parlant du Seigneur : « Car il pardonne toutes tes offenses, et te guérit de toute maladie ». Jésus pardonne et guérit, accordant à cet homme la vie éternelle et la santé avant même qu’il les lui demande.
Notons aussi l’ordre des paroles de Jésus : Jésus pardonne les péchés de cet homme avant de le guérir.
Nous sommes aujourd’hui entourés de toutes sortes de souffrances, et les problèmes les plus gaves ne sont pas toujours les plus visibles. Jésus s’attaque à la racine du mal avant de se tourner vers les symptômes.
v. 3 : « Or, quelques scribes se disaient : “Cet homme blasphème” ».
v. 4 : « Mais Jésus connaissant leurs pensées, leur dit : “Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises ? »
Pour les Scribes et les Pharisiens, Jésus blasphémait parce qu’il s’appropriait des droits qui n’appartenaient qu’à Dieu. Les “mauvaises pensées” de ces hommes provenaient d’un cœur déjà disposé contre Jésus, qui faussait leur interprétation de ce qu’ils voyaient et entendaient. Il est triste de constater que cette même attitude existe trop fréquemment en nous aussi. Combien de fois condamnons-nous une personne selon de faux préjugés enracinés dans notre cœur, selon de mauvaises pensées qui lui portent préjudice !
Jésus connaissait leurs pensées. Pas un mot n’avait été dit. Le Seigneur pourtant connaissait leurs pensées. Nous avons besoin de ce rappel. Nous jugeons selon les apparences. Nous cachons notre pensée derrière une façade sans reproche, mais le Seigneur sait tout ce qui est dans notre cœur, et Dieu jugera un jour, par Jésus-Christ, les actions et les pensées secrètes des cœurs (Rm 2,16 ; Ps 33,14-15 ; Ps 139,2-6).
v. 5 : « Qu’est-ce qui est le plus facile de dire : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi et marche” ?
N’importe qui peut dire qu’il pardonne les péchés, car les résultats du pardon ne sont pas visibles. Jésus, par l’acte divin de la guérison, confirme l’acte divin du pardon.
La solution de la controverse viendra avec le miracle physique, qui se contrôle plus facilement que le pardon des péchés. Le miracle ne fera pourtant pas changer d’iodée aux Scribes : leurs dispositions mauvaises les empêcheront de voir (« Vous dites « nous voyons » : votre péché demeure » Jn 9,41).
v. 6 : « Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés… » alors, il dit au paralysé : « Lève-toi, prends ta civière, et rentre chez toi ».
Tout ce récit a pour thème central la question du pouvoir (v.6) de Jésus. Sa prétention de remettre les péchés est-elle une atteinte à la majesté divine (un blasphème, v.3), ou la révélation de son être profond ?
La question est importante pour Matthieu et ses contemporains, car il y avait sans doute dans leur communauté des hommes qui remettaient les péchés, avec l’autorité de Jésus (v.8).
v. 7 : « L’homme se leva et rentra chez lui ».
v. 8 : « En voyant cela, la foule fut saisie de crainte, et elle rendit gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes. »
La foule comprenait ce que les docteurs de la Loi ne pouvaient pas saisir, et elle se tenait respectueusement dans la présence de Dieu, reconnaissant en l’homme présent devant elle l’autorité de Dieu.