Mt 10,16-23 LES DANGERS QUI GUETTENT LES DISCIPLES

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 10,16-23 : LES DANGERS QUI GUETTENT LES DISCIPLES DANS LEUR MISSION

            A compter du verset 16, le ton change. Il va être question de l’environnement hostile dans laquelle s’exerce la mission d’évangélisation. Ces versets rappellent la persécution que les Juifs infligèrent surtout aux disciples de Jésus durant les décennies qui ont suivi la Résurrection (cf. vv. 17-18). La description de la persécution reproduit exactement l’ordre selon lequel les mauvais traitements en question furent infligés à Jésus lors de sa Passion. Ainsi, cet ensemble de paroles laisse entendre que l’envoyé, qui participe à la mission et au pouvoir de Jésus, participe aussi à son destin tragique, y compris sa mort (v.39).

v. 16 : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… »

            La brebis est innocente et sans défense ; le loup est cruel et féroce : il est l’ennemi naturel des brebis. Les Apôtres sont avertis clairement : eux qui sont doux et humbles et dépouillés, comme leur maître, l’Agneau de Dieu, ils vont ainsi lui ressembler doublement dans la manière dont le monde va les traiter. Dans la grande prière de Jésus à son Père, avant d’entrer dans la Passion, on peut relever ces paroles : « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » (Jean 17,18).

            Le Royaume de Dieu se révèle dans la faiblesse de Jésus et de ses messagers. Saint Paul dira aussi par expérience que « la puissance de Dieu donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12,9). Toute l’histoire de l’Eglise est remplie de cette vérité : ce sont les petits et les humbles qui ont réalisé les œuvres les plus grandes. Bernadette Soubirous était la plus faible de Lourdes quand Dieu l’a choisie pour transmettre le message de Marie. Mais ce « chemin » suivi par Jésus, reste difficile à vivre ! Savoir qu’en servant le Seigneur on s’expose à rencontrer difficultés et oppositions, alors que nous sommes plongés dans une société qui juge sur la réussite, en a découragé plus d’un ! Rappelons-nous que nous ne serons jamais seuls et que Celui qui nous envoie nous accompagnera jusqu’au bout, jusqu’à la Résurrection qui est au bout du chemin : « Ma grâce te suffit ! » (2 Co 12,9).

            Suis-je personnellement convaincu que la force de Dieu est capable de faire de grandes choses à travers ma propre faiblesse ?

v. 16 : « Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes. »

            Jésus prend des comparaisons dans le monde animal environnant. S’il annonce des persécutions à ses Apôtres, il leur fait deux recommandations essentielles. La prudence d’abord, car si le disciple doit être innocent, il ne peut pas être naïf ou insensé dans ses rapports avec les hommes. Il n’a pas à aller se jeter dans la gueule du loup, à s’exposer maladroitement ! Être « prudent » signifie, astucieux, adroit, intelligent, habile, fin… comme semble l’être le serpent ; ou pour tout dire, « plein de bon sens » ! Nous avons besoin de la sagesse de Dieu pour éviter les pièges des hommes sans scrupules (v.17), et pour savoir comment réagir dans les situations difficiles ou délicates. La simplicité que le Seigneur recommande aussi est une conduite pure, sans ruse, sans arrière-pensée, sans dissimulation, candide… comme le symbolisent les colombes.

            Il faut qu’on sente que les messagers de l’Évangile ne sont occupés que de Dieu, sans rechercher en quoi que ce soit leur propre profit. Saint Paul écrivait aux Romains : « Je veux que vous soyez avisés pour le bien, et sans compromission avec le mal ». (Rm 16,19).

v. 17 : « Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues ».

v. 18 : « Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens ».

            Jésus ne cache pas la vérité à ses Apôtres : l’Évangile provoque parfois l’opposition et la persécution. Et Il a été le premier servi, puisque l'on retrouve dans ses paroles le déroulement de sa propre Passion : Pilate, Hérode… L’opposition aux disciples de Jésus est générale : le pouvoir légal : les tribunaux ; le pouvoir religieux : leurs synagogues ; le pouvoir politique : les gouverneurs et les rois ; et même les attaches familiales (v.21).

            Dans le verset 17, Matthieu emploie l’expression « leurs » synagogues, ce qui montre bien qu’avec la persécution, la synagogue n’était plus le lieu de prière des chrétiens : ils en étaient chassés.

            «  A cause de moi ». Souffrir à cause du nom de Jésus devient un privilège (Actes  5,41) inhérent à la mission d’envoyé : « Tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution ». (2 Tm 3,12). C’est un témoignage qui ne trompe pas et qui n’a jamais cessé dans l’Église.

v. 19 : « Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. »

v. 20 : « car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous ».

            « Ne vous tourmentez pas… L’Esprit parlera… » : même verbe et même idée qu’en Mt 6,25-34. Dans la persécution il faut se soucier de témoigner plutôt que d’assurer sa propre défense. Dieu s’occupera de défendre son témoin. Les Apôtres n’ont pas à s’inquiéter : l’Esprit de Dieu habite en leur cœur : il est leur avocat qui assure leur défense et plaide leur cause. En même temps il donne le courage de témoigner (Mc 13,11-12 ; Lc 12,11-12 ; Jn 14,26 ; 15,26-27 ; 16,7-8). On en a un bel exemple avec Pierre et Paul : Ac 4,8 ; 13,9.

v. 21 : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. »

v. 22 : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ».

            L’opposition et la persécution vient même parfois de sa propre famille… Cela montre à quelles extrémités la haine et le refus de Jésus-Christ peuvent conduire l’incroyant (cf. Jérémie 12,6). Jésus nous suggère une seule solution : « tenir bon » ! Rester fidèle !

            Les sentiments envers Dieu sont plus forts que les liens familiaux, qu’ils soient pour lui (v.37) ou contre lui.

            « Persévérer » = tenir bon ! souffrir avec patience ! (Mc 13,13 ; Rm 12,12). La persévérance est une authentique garantie de salut (Rm 2,7 ; Ep 2,23 ; He 3,6 ; 10,36-39 ; Ap 2,7.11.17…).

            « Jusqu’à la fin » : la fin qui est en vue désigne la mort, probablement celle du martyre (Mt 24,13 ; Mc 13,13).

            « Sera sauvé » : la “salut” promis n’est pas la délivrance de la persécution, mais le salut dans l’au-delà, le salut définitif.

v. 23 : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Amen, je vous le dis : vous n’aurez pas encore passé dans toutes les villes d’Israël quand le Fils de l’Homme viendra »

            La première mission des Apôtres sera d’évangéliser, non de souffrir ! De fait, très tôt ils seront « dispersés dans les campagnes de Judée et de Samarie » (Actes 8,1), ce qui leur permettra « d’aller de lieu en lieu, annonçant la Bonne Nouvelle de la Parole » (Ac 8,4).

            « Le Fils de l’Homme viendra » : Jésus annonce sa venue : la vraie consolation, c’est cette promesse. Jésus promet qu’il « vient », que nous le verrons et que et que nous vivrons avec lui. Au milieu de l’obscurité et de l’échec, nous sommes sûr de cela.

            « Je ne te promets pas de te rendre heureuse en ce monde, mais en l’autre » disait Marie à Sainte Bernadette.

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Publié dans MATTHIEU

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