Mt 2,16-18 Le massacre des enfants de Bethléem

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 2,16-18 : Le massacre des enfants de Bethléem

 

            Rappelons qu’Hérode le Grand régna sur l’ensemble de la Palestine pendant 36 ans. Né en 73 avant Jésus-Christ, il était le fils de l’Iduméen Antipater II (d’origine édomite) qui avait été nommé procurateur de Judée par Jules César en 47 av.J.C.  Quand les Parthes envahirent la Syrie et la Palestine et mirent Antigone sur le trône de la Judée en 40 av.J.C., le Sénat romain désigna Hérode comme roi et il lui fallut trois années de luttes pour conquérir son trône. Peu à peu il se débarrassa de la famille rivale et des grands-prêtres asmonéens (descendants d’Asmon Mattathias qui déclencha la révolte juive de 167 av.J.C.). Il épousa une princesse asmonéenne, Mariamme, pour faire excuser son origine. Il joua constamment la carte de Rome. Il annexa peu à peu Gaza, Jéricho, une partie de la Décapole et de la Transjordanie.

            Devenu l’égal de Salomon par l’étendue des territoires possédés, il effectua les plus grandes constructions de l’histoire d’Israël, après celles de Salomon, bâtisseur du Temple. Il reconstruisit la ville de Samarie (renommée Sébaste), ainsi que le port de Césarée. Il édifia un théâtre, un amphithéâtre, une piste de course, le palais royal, des temples en l’honneur de son ami et protecteur Auguste et la tour Antonia, d’où une garnison romaine, après la destitution de son fils Archélaüs (en 6 après J.C., cf. Mt 2,22), garantira la sécurité de Jérusalem. Il restaura les murailles de Jérusalem et surtout, en 20 av.J.C., il entreprit la reconstruction complète du 3e Temple de Jérusalem dont les travaux durèrent 46 ans (Jn 2,19). C’est en contemplant ce temple tout neuf que Jésus dira à ses disciples : « Il ne restera pas ici pierre sur pierre : tout sera détruit » (Mt 24,2). Sa destruction sera effective 40 ans plus tard en l’an 70 par Titus et les troupes romaines.

            Mais pour assurer son pouvoir et trouver le moyen de financer ses magnifiques travaux, Hérode le Grand met en vente la charge de grand-prêtre, si rémunératrice et condamne à mort les principaux membres du Grand Conseil (jusqu’à 45 !) quand il les estime susceptibles de s’opposer à sa volonté. Sa cruauté va encore plus loin : il fait massacrer sa femme préférée, la seconde, Mariamme (il en eut une dizaine…), et deux de ses fils, trop bien élevés par Rome, donc dangereux pour lui, ainsi qu’un troisième fils, son successeur désigné, quarante-huit heures avant sa mort.

            C’est cet homme cruel, aux mains couvertes de sang, qui n’hésite pas à faire massacrer les enfants de Bethléem ! Connaissant sa triste histoire, on s’explique un peu mieux sa violence…

            Mais derrière l’histoire d’Hérode, Matthieu nous laisse deviner celle du Pharaon d’Égypte, assassin lui aussi ; pour éviter l’accroissement du peuple hébreu qui s’était développé en Égypte après les années glorieuses de Joseph (fils de Jacob) devenu l’intendant de Pharaon (Genèse Ch. 37-50), il avait ordonné à tout son peuple de jeter dans le Nil tous les garçons des Hébreux dès leur naissance (Exode 1,15-22). Moïse échappa miraculeusement à la mort parce qu’il avait été placé par sa mère dans une corbeille de papyrus enduite de bitume et de poix. Recueillie par la fille de Pharaon il grandit auprès d’elle (Exode 2,1-10). Devenu adulte, il dut s’enfuir pour échapper au Pharaon qui voulait le faire mourir (Exode 2,11-25). Moïse persécuté par Pharaon, libérateur d’Israël, annonce Jésus persécuté par Hérode, Sauveur du monde entier. C’est la toile de fond du récit de Matthieu.

            En relisant ces textes aujourd’hui, on ne peut oublier les innombrables massacres pour raison d’État qui ont eu lieu à toutes les époques et dans presque tous les Pays et qui ne sont pas terminés : répressions, tortures, emprisonnements, persécutions, droits civils restreints… Quand donc prendra fin cette violence humaine ? Quand est-ce que la paix triomphera de la guerre, et l’amour de la haine ? Le poète anglais Byron a défini les hommes, hélas, de façon bien réaliste : « des êtres à l’amour éphémère et à la haine tenace »… Quand est-ce que le pouvoir sera l’expression d’un service ?...

            2,16 : Hérode, ne voyant pas les Mages revenir, comprend qu’il n’aura pas l’information précise qu’il attendait. Lui, l’Édomite, l’étranger de naissance a fort à craindre d’un roi né en Israël et annoncé par les Écritures. Il a peur. Il réagit violemment. Ce rival ne vivra pas. Il donne l’ordre barbare à ses soldats d’aller « massacrer tous les enfants de Bethléem de moins de deux ans ». Il avait pris soin de se faire préciser par les Mages la date où l’étoile leur était apparue (2,7). Ainsi, il en est sûr, ce nouveau-né va périr et le danger sera écarté. Ce sont des morts inutiles, puisque Jésus n’était plus à Bethléem. Hérode aurait dû penser que Dieu protègerait son envoyé dont la venue était depuis si longtemps annoncée. On a beaucoup écrit sur le nombre des enfants massacrés à Bethléem. Il ne faut peut-être pas le majorer : c’était un petit village, il pouvait y avoir peut-être une dizaine, une douzaine d’enfants de moins de deux ans… Mais c’est déjà beaucoup trop ! Ces enfants innocents, victimes de la violence des adultes, restent le symbole de tant d’enfants exterminés froidement dont les noms ne sont cités dans aucun registre d’archives des répressions, ni dans ceux d’Amnesty International… Ils ne figurent que sur le « livre de vie » de Dieu.

            2,17-18 : En citant le livre de Jérémie (31,15), Matthieu évoque au sujet de ce massacre des enfants, la tragédie que fut la conquête de son Pays par Babylone six siècles auparavant, et aux atrocités commises à cette époque à Rama. Rama en Benjamin est un village situé à quelques kilomètres au Nord de Jérusalem ; c’est là qu’eut lieu le rassemblement des déportés sur la route de l’exil (Jér 40,1). Rachel, épouse de Jacob, mère de Benjamin, dont le sépulcre se trouvait non loin de Bethléem (Gen 35,19) représentait pour les Israélites la mère de leur pays, la figure du peuple tout entier. Jérémie, de la part du Seigneur, la consolait en ces termes : « Ainsi parle le Seigneur, cesse de sangloter, sèche tes larmes, car il y aura une récompense pour tes actions… Ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a de l’espoir pour ton avenir… tes fils reviendront dans leur territoire. » (Jérémie 31, 16-17). Cette épreuve de l’Exil à Babylone fut la grande épreuve du peuple juif ; l’occasion aussi de purifier sa foi. Jésus pourchassé revit donc l’exil de son peuple ; mais il en reviendra pour accomplir sa mission jusqu’au don de sa vie, lui dont l’innocence fut reconnue et affirmée trois fois par Pilate (Jn 18,38 ; 19,4.6), et pourtant condamné dans une incompréhensible unanimité. La clé, Jésus lui-même la donnera : « Personne ne m’enlève la vie, je m’en dessaisis de moi-même » (Jn 10,18), car « c’est lorsque je serai élevé de terre que j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).

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Publié dans MATTHIEU

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