Mt 4,4-11 JÉSUS EST TENTÉ AU DÉSERT (2)

Publié le par GITANS EN EGLISE

Mt 4,4-11 : JÉSUS EST TENTÉ AU DÉSERT (2)

                                                                                                                              Deutéronome

Matthieu

Dt

Exode

tentations

v. 3-4

1e  TENTATION :

le pain

8,3

16,14

Messianisme terrestre

v. 5-7

2e  TENTATION :

le pinacle du Temple

6,16

17,1-7 ; (cf.15,22-27)

Messianisme magique

V. 8-11

3e  TENTATION :

la haute montagne

6,13

23,20-30 ; 34,11-14

Messianisme politique

 

            4,5-7 : Seconde tentation : La Tentation du Pinacle du Temple. Changement de décor. Nous voilà dans la Ville sainte, la ville de Dieu, au faîte du Temple de Jérusalem. On devine par-là que la tentation va porter sur le rapport entre l’homme et Dieu. C’est pourquoi on l’a parfois qualifiée de « tentation religieuse ». Et, en effet, il va être proposé à Jésus de défier la nature « sur le lieu de Dieu », ce Temple où Dieu a établi sa présence. Tentation du « prestige ».

            Observons le geste suggéré, d’abord : se jeter dans le vide. Pour quoi, pour qui ? – Pour rien, sinon pour de la vaine gloire personnelle, de l’autoglorification sans aucune dimension de service à autrui. Remarquons que le thème de la tentation, la « rivalité avec Dieu », avance “masquée” : Dieu accorderait par ses anges, son soutien aux justes. C’est ce qu’exprime la citation du Psaume 91(90) : « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres » (versets 11-12). Et, comble de la ruse, le diable cette fois, cite lui-même l’Écriture ! La tentation n’épargne donc pas ceux qui s’adonnent à l’Écriture. Dans les tableaux anciens des Tentations, il est fréquent de voir un “moine” muni de cornes, servant de déguisement au tentateur.

            Jésus, comme la fois précédente, répond par une citation de la Bible tirée du livre du Deutéronome : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » (Dt 6,16), qui fait référence au temps du désert, à Mara, lorsque le peuple eut soif et ne trouva que de l’eau amère (Exode 15,22-27 ; 17,1-7 ; Ps 78,18 ; Ps 95,8-9). Comme Moïse, à qui est attribuée cette parole, Jésus refuse de “singer” Dieu, et de le prendre pour un magicien qui résout les petits problèmes ordinaires. Il n’est ni invulnérable, ni surnaturel. Il reste “homme” et fidèle à Dieu. « Mettre Dieu à l’épreuve », « tenter Dieu », c’est exiger de sa part un acte que nous voulons, c’est prétendre pouvoir lui commander. Jésus a sans doute été tenté toute sa vie d’échapper à sa condition humaine, d’aboutir au succès de sa mission par les moyens faciles du « miracle » (cf. Mt 16,1 ; 12,39 ; 24,3). Il a choisi librement d’être le Messie pauvre, humilié, écrasé par les foules et les autorités de son temps.

            4,8-10 : Troisième tentation : La tentation de la haute montagne. Petit détail : au seuil de cette troisième tentation, nous sommes maintenant sur une haute montagne. Les anciens la situaient au mont de la Quarantaine qui surplombe la ville de Jéricho, dans le désert de Juda. C’est une situation inhabituelle, en surplomb du monde. Il y a dans ce choix presque une tentation à soi toute seule, celle de s’extraire du commun.

            Le cœur de cette troisième tentation, c’est celle de l’avoir, de la toute-puissance matérielle qui conduit au pouvoir : posséder tous les royaumes de ce monde (la propriété du « prince de ce monde ! »). On l’a appelée la « tentation politique ». Cette évocation d’un « royaume » est d’autant plus suggestive que Matthieu, au chapitre précédent, rappelle le mot de Jean Baptiste parlant de la venue de Jésus : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3,2).

            Mais Jésus refuse la tentation idolâtrique : « si tu te prosternes pour m’adorer », à laquelle le peuple avait cédé en adorant le Veau d’or (Exode 32). Cette fois, il repousse vigoureusement le diable et, dans une dernière citation, il répond en proclamant sa foi : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est Dieu seul que tu adoreras ! » (Dt 6,13 ; cf. Ex 23,24-25). Il ne veut rien pour lui, tout revient à Dieu. (Dieu d’ailleurs lui a déjà donné ce pouvoir universel : Ps 2,8 et Ps 110,2.)

Rien ne mérite de “culte”, sinon Dieu. Adorer et servir vont ensemble ! Celui qui adore, sert tout naturellement ; et celui qui sert, adore spontanément.

            4,11 : « Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient ». A travers ce récit des tentations, Jésus révèle la vraie nature de son messianisme : il est l’Homme véritable, le nouvel Adam, le premier-né d’une humanité libérée. Ces trois tentations de Jésus mettent en lumière trois grands dangers qui guettent ses disciples :

1.    Agir indépendamment de Dieu, par manque de confiance.

2.    Agir de manière insensée, par fausse confiance.

3.    Compromettre notre relation avec Dieu par l’appât d’un gain facile, jusqu’à l’idolâtrie.

Le diable laissa Jésus, mais sans abandonner le combat. Dans Luc 4,13, nous lisons qu’il s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable ; il reviendra à l’action au moment de la Passion.

      Après avoir refusé de se servir et de compter sur les anges, Jésus bénéficie maintenant de leurs soins. Dieu est en effet fidèle à ses promesses, et au moment qu’il choisit ; il sert ceux qui le servent.

 

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Publié dans MATTHIEU

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